#Critique Secret Wars par Jonathan Hickman et Esad Ribic

#Critique Secret Wars par Jonathan Hickman et Esad Ribic

Note de l'auteur

Souvent critiqué pour ses sagas événementielles dont la grande fréquence en amoindrit l’impact, Marvel en remet toutefois une couche avec Secret Wars en promettant monts et merveilles. Le lecteur méfiant pourrait craindre légitimement le pétard mouillé. Non seulement il n’en est rien, mais le récit tient une grande partie de ses promesses.

Ça raconte quoi ?

L’univers Marvel tel que nous le connaissons est détruit. Les Beyonders, une puissance race d’extraterrestres, ont fait en sorte de détruire une à une les réalités. Face à ce cataclysme, les héros n’ont rien pu empêcher et ont vu la Terre détruite et leurs amis mourir.

 

Pourtant, après cette fin de tout, un autre monde apparaît : Battleworld. Conçu avec les derniers fragments des différents Terres, ce patchwork dans lequel cohabitent plusieurs versions des personnages que nous connaissons est gardé par la patrouille des Thors sous l’autorité du shérif Strange. Les habitants ignorent tout des circonstances réelles de leur survie mais ils savent qu’ils doivent leur existence au dieu qui est parmi eux, le créateur de leur monde : Fatalis.

 

Mais un jour des rescapés de l’ancien univers apparaissent.

 

C’est de qui ?

Au scénario Jonathan Hickman (Avengers, New Avengers) accompagné d’Esad Ribic (Thor : God of Thunder) au dessin.

 

À savoir pour briller en société

Il s’agit de la quatrième saga prenant le nom de Secret Wars. La première (et la plus connue) date de 1984 et met en scène une multitude de super-héros et de super-vilains s’affrontant sur un monde nommé Battleworld. Le camp gagnant verra tous ses vœux exaucés par une entité omnipotente : le Beyonder. Secret Wars II est sa suite directe nous montrant le Beyonder prenant forme humaine et parcourant la Terre. Enfin en 1988, Steve Englehart approfondi l’origine du Beyonder dans un arc de la série Fantastic Four.

 

C’est bien ?

S’il n’atteint pas les sommets d’un Crisis on Infinite Earths (qui demeure, trente ans après, le modèle du genre), Secret Wars est une saga événementielle qui redore le blason de Marvel en la matière. Cela tient en premier lieu à une équipe artistique stable du début à la fin et à un projet pensé sur le long terme comme l’aboutissement logique d’un travail personnel.

 

De fait, malgré un ventre mou vers le milieu de l’intrigue, Secret Wars se pose comme une œuvre solide et complète qui plus est. Nul besoin donc de lire les nombreuses séries annexes, celles-ci servant avant tout de récréation pour le lecteur curieux de découvrir des récits alternatifs d’anciennes histoires célèbres (Civil War, Avengers vs X-men, Futur Imparfait, Armors War) ou des essais prompts à devenir des séries régulières par la suite (A-Force, Old Man Logan).

 

Si le récit est dépendant d’autres œuvres, c’est avant tout des séries précédentes écrites par Jonathan Hickman. On pense bien sûr aux séries Avengers et New Avengers qui montrent la destruction progressive des univers et la chute morale des héros face à ce danger (point sur lequel on peut d’ailleurs critiquer l’approche du scénariste) mais on retrouve également des éléments issus de ses Fantastic Four. Il serait toutefois abusif de dire qu’il faille lire son cycle sur Fantastic Four avant Secret Wars, tout comme lire Avengers et New Avengers serait indispensable. Le récit tient très bien tout seul mais celui-ci prend toutefois une envergure plus importante avec ce qui précède. Car l’idée sous-jacente de Secret Wars est de confronter Fatalis à sa plus grande victoire. Déjà présent dans le final du premier Secret Wars, ce point de vue permet de décrire un personnage à la fois imposant (sa confrontation face aux Beyonders) tout en restant limité par sa haine et son égocentrisme. Créateur d’un nouveau monde, il ne peut ainsi pas s’empêcher de s’approprier la famille de Reed Richards afin de marquer sa victoire sur son plus grand ennemi quand bien même ce dernier n’est pas présent pour le voir.

Hickman continue ici de briser quelques tabous sur les personnages (ce qui pouvait faire grincer des dents sur New Avengers) conscient du caractère éphémère et dégradable de sa saga. Ici se trouve la limite de Secret Wars face à une œuvre comme Crisis on Infinite Earths. Là où cette dernière était l’occasion d’une réinvention magistrale de son univers à travers une histoire mettant en valeur tout son bestiaire, Secret Wars peine à redonner de la superbe à des personnages maltraités auparavant tout en revenant à un statut quo quasi identique avant l’arrivée de Jonathan Hickman. Si la faute n’incombe pas totalement à ce dernier mais à l’éditeur, force est de constater qu’elle amoindrit la qualité de la saga.

 

Toutefois, on ne boudera pas notre plaisir face, en premier lieu, à une histoire portée par les dessins magnifique d’Esad Ribic. Ce dernier met en valeur les personnages et des idées fantastiques (le mur, les Thors) et propose de puissantes scènes de batailles. De la même manière, Secret Wars enchante le vieux lecteur non seulement par la démesure de son action mais surtout pour avoir replacé la famille fondatrice de l’univers Marvel et son méchant emblématique au centre de tout. Décidé par Marvel, le retrait des Quatre Fantastiques se déroule ainsi de la plus belle des façons.

 

Apothéose du travail de Jonathan Hickman pour Marvel, la saga Secret Wars voit cet univers se détruire pour mieux se reconstruire. Si la suite amoindrit l’impact de son histoire, il n’en reste pas moins que l’ambition de celle-ci (surtout graphique) la place comme une des meilleures sagas de ces dernières années chez Marvel.

 

« J’ai regardé au fond de l’abysse de l’omnipotence et j’ai fui. Fatalis est resté ; puis il a sauvé tout ce qu’il restait à sauver » – Docteur Strange

 

 

Secret Wars (Marvel Now, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes US de Secret Wars #1 à #9 et Free Comic Book Day : Secret Wars #0
Écrit par Jonathan Hickman
Dessiné par Esad Ribic

Partager