#Critique Sérum de Pedrosa et Gaignard

#Critique Sérum de Pedrosa et Gaignard

Note de l'auteur

Le premier qui dit la vérité doit être exécuté. Bon, là et n’en déplaise à Guytou, la peine serait plutôt de vivre avec l’impossibilité de mentir. Ce qui s’accoutume à un enfer dans ce milieu de XXIe siècle. Un récit d’anticipation politique aussi dérangeant que passionnant.

L’histoire : 2050, la vie, ça n’a pas l’air cool-cool. Le contrôle des citoyens n’est pas loin de transformer notre belle république en un régime autoritaire de zombies. Kader – et son passé de justiciable  a reçu une dose de sérum qui le contraint à ne dire que la vérité. Une vie dans les abîmes pour une société qui y va tout droit. À moins qu’une résistance ne s’organise et ne trouble ce petit jeu bien établi.

Mon avis : atmosphère pesante au possible dans une époque pas lointaine où les populations ont leur vie régentée par l’État. Le système de contrôle des citoyens est poussé jusqu’à son apogée. On ressent parfaitement l’oppression et le malaise qu’engendre ce système politique-fiction sur les hommes. C’est une absence quasi-totale de liberté. De mouvement, de pensée, voire de nourriture avec une eau rationnée et synthétique. La construction de l’ambiance est ciselée, précise et complète. C’est une des grandes réussites de cette BD qui laisse comme un sentiment de malaise quand on l’a conclue tant l’univers ressemble à s’y méprendre à un huis clos géant.

C’est aussi une alerte sur ce que la technologie peut avoir d’asservissant pour l’être humain. Avec une police ultra-présente et coercitive au possible. Bref, une société dans laquelle on n’a pas franchement envie de basculer. Le sexe y est même de plus en plus virtuel. Les mal-pensants vous diront que la nôtre est franchement sur les rails…

C’est enfin une lueur d’espoir pour conclure qui prouve qu’un autre monde est possible. À condition de savoir résister.

Si vous aimez : La vérité si je mens, le 1 et le 2, de Thomas Gilou.

En accompagnement : Surveiller et punir de Michel Foucault. Si, si, ça peut servir…

Autour de la BD : l’auteur de Portugal, Trois ombres ou Équinoxes, Cyril Pedrosa (notre photo) s’essaie à un genre nouveau : écrire pour quelqu’un. Qu’il continue !
Au crayon, Nicolas Gaignard en est à son premier véritable album. Relire l’avant-dernière phrase.

Extraits : « Je manque de place… Vous pourriez peut-être m’obtenir un autre appart’ ? J’en ai un peu marre d’être affecté en zone de transit. »

« Vous êtes positif à la zanédrine depuis combien de temps, Kader ? Trois ans ? »

« Quatre. Vous le savez très bien. J’ai eu droit à mon injection de sérum dans l’heure qui a suivi mon arrestation. »

« Quatre ans, c’est long, non ? »

« Oui. Vous voulez que je vous raconte dans le détail ? Je ne sais pas si c’est décrit dans vos manuels « la vie au quotidien sous sérum. » Vous pourriez apprendre des trucs. »

Écrit par Cyril Pedrosa
Dessiné par Nicolas Gaignard
Édité par Delcourt

Partager