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#Critique Sherlock Holmes aux Enfers : et les Enfers, mon cher Watson ?

#Critique Sherlock Holmes aux Enfers : et les Enfers, mon cher Watson ?

Note de l'auteur

On meurt aux Enfers : le crime vaut bien d’y mander le Détective majuscule. Le roman de Nicolas Le Breton mêle intelligemment enquête à faux-semblants et démonologie sans compromis.

L’histoire : On a tué, là où nul n’est censé mourir… Sherlock Holmes est mandé aux Enfers, où il est chargé d’enquêter sur le décès d’un damné, pourtant voué par définition aux tourments éternels. Des fragments de pomme de vie provoquent des morts en série — mais qui les offre aux victimes ? Sherlock Holmes, bientôt secondé par Watson (mais pas celui qu’on croit, et ce, doublement voire quadruplement), explore les champs infernaux en compagnie d’un chambellan démoniaque nommé Phosphoros qui, comme tout dans ces territoires maudits, cache bien son jeu.

Mon avis : Roman policier dopé à la démonologie et au tarot – chaque chapitre reçoit d’ailleurs le nom d’une lame précise– ce Sherlock Holmes aux Enfers déploie d’emblée une narration particulière. Un cocktail de contraires des plus réjouissants : la froideur calculée de Holmes face à la lave jamais solide des cercles infernaux ; l’élégance d’un style 1900 confrontée à l’ordure, à la lubricité et à la vulgarité de tout un attirail de démons, succubes et autres aristocrates de la fange.

Un monde où le temps ne compte pas, concentrant passé, présent et avenir dans un « toujours déjà » désespérant ; où seul le temps compte, quand la torture est permanente, mais où il demeure possible de créer une bulle d’espoir où cessent les tourments… avant que ceux-ci reprennent, inéluctablement. Un monde où tout est faux, mais où la vérité peut se faire connaître, au détour d’un bobard annulé par un autre bobard ; où chaque dimension, rire, coït, aide ou opposition, est un piège qui cache un autre piège.

Roman policier et plus encore, fascinant voyage dans l’Ici-Très-Bas, mâtiné d’alchimie et imprégné d’éléments religieux et culturels, voire populaires (révélations sur Moriarty assurées, sans parler de la Révélation des Révélations, l’Apocalypse), cette nouvelle « aventure » du héros de Sir Arthur Conan Doyle se lit à plusieurs niveaux qui se renforcent mutuellement. Une réussite.

Si vous aimez : forcément les romans de Conan Doyle, mais aussi La Divine Comédie de Dante, et tous ces romans qui reprennent un personnage populaire, peut-être l’un de deux qui ont atteint l’inconscient collectif, pour lui offrir une nouvelle dimension. Ajoutez à cela un soupçon de magie et vous pouvez, pourquoi pas, ouvrir le Promethea d’Alan Moore et J.H. Williams III. Mais aussi les BD Requiem, chevalier vampire et les Chroniques de la Lune noire pour leur représentation originale des mondes infernaux, ainsi que, pour les plus âgés d’entre nous (et les fans de la maison d’édition Zenda), la série 666.

Nicolas Le Breton

Autour de l’œuvre : L’auteur, Nicolas Le Breton, est guide-conférencier à l’office de tourisme de Lyon, photographe amateur et écrivain. Chez Les Moutons électriques, il a également signé, dans des registres différents, La Geste de Lyon et Pax Germanica. Soulignons aussi la belle couverture signée Melchior Ascaride.

Extrait : « “Ce sont les larves les plus dévoyées, celles-là”, commenta encore Phosphoros, glacial.
Sans que l’on puisse savoir ce qu’il advenait des submergés, quelque certitude envahissait l’esprit, que, parvenues là où le pied se perd, les larves entamaient une descente sans fin dans le froid et les ténèbres. La vision de ce lac, bouillonnant du souffle dernier de ses victimes volontaires, éteignait le cœur.
“C’est le suicide de l’esprit. La quintessence de la condition de larve — c’est-à-dire ! Le renoncement de l’âme à elle-même. Tous ceux-là, tous ceux-là dans leur vie humaine, ont préféré abrutir leur esprit, ne jamais faire un choix, toujours se reposer sur les diktats des autres, amoindrir leurs sens, ne se nourrissant que de plaisirs veules et immédiats. Larves des larves, ils sont ceux qui préfèrent l’oblitération. Ceux qui ne peuvent supporter le coût de la conscience, le prix de vivre.”
Il y avait une lame effilée de haine dans le ton du majordome. »

Sherlock Holmes aux Enfers
Écrit par Nicolas Le Breton
Édité par Les Moutons électriques

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