#critique Sonic Forces

#critique Sonic Forces

Note de l'auteur

Cette année aura vu le grand retour de Sonic, celui qu’on n’attendait plus et qui a su créer la surprise. Sonic Mania (dont la critique est disponible sur le site) est parvenu à redorer le blason d’une saga qui s’était totalement perdue, ironiquement en confiant ce revival délicieusement rétro à une équipe de fans désireuse de ne plus laisser le carnage continuer ainsi. On pensait donc que ce sursaut allait motiver la Sonic Team à mettre les bouchées doubles sur Sonic Forces, dernier né de la saga et nous offrir cet épisode 3D que tout le monde attend. Mais la réalité rattrape bien davantage les rêves humides des joueurs qu’elle ne les comble et Sonic Forces devient la preuve tangible que Sega ne sait plus quoi faire de son hérisson bleu.

Sonic au forceps

Dans le monde de Sonic rempli d’animaux humanoïdes au design douteux, Eggman va une nouvelle fois bouleverser l’ordre des choses en instaurant le chaos grâce à une nouvelle expérience capable de rivaliser avec la vitesse du hérisson bleu. Mais alors que tout le monde croit notre héros mort, ses acolytes se rebellent en intégrant à l’équipe une recrue toute fraîche, dont le joueur aura la lourde tâche de choisir son apparence avec des paramètres prédéfinis dont le bon goût est apparemment exclu. Les screenshots qui parsèment l’article vous permettront d’admirer mon fabuleux avatar, doté de paramètres choisis essentiellement pour tenter d’instaurer la peur chez mes adversaires – ce qui n’a pas fonctionné mais il a au moins le mérite de s’intégrer parfaitement dans le roster des personnages. L’histoire et les cinématiques de Sonic Forces deviennent alors un mètre-étalon sur les capacités de la Sonic Team, parvenant sans difficulté à réévaluer le mauvais goût visuel sur le domaine du character design. On comprend difficilement la volonté de faire revenir tous les personnages des épisodes précédents, qui ont déjà subi les affres de l’humiliation partout sur Internet.

Oubliez également tout intérêt dans l’histoire : dans une volonté de raconter un scénario digne des films catastrophes américains, les musiques fort dramatiques sont en total décalage avec ce qui se passe à l’écran, comme si le compositeur des films Transformers s’était retrouvé à travailler sur le prochain Toy Story (sans le génie visuel des studios Pixar, malheureusement). On se régalera également des dialogues, savoureux dans le mauvais sens du terme, et en particulier Sonic, totalement bloqué dans les années 80 avec ses répliques parfois crétines, souvent gênantes. Mention spéciale à son doubleur français, absolument insupportable. Et on ne remerciera jamais assez les développeurs pour avoir rendu muets les deux autres personnages jouables du jeu.

Car oui, Sonic Forces propose trois personnages différents. À l’instar de Sonic Generations, l’un des Sonic récents potables, vous alternez entre le Sonic moderne, pour des phases de jeux dont la base s’inspire des Sonic Adventures, et le Sonic du passé, reprenant les niveaux en 2D avec tout le gameplay qui va avec (comprenez : comme dans Sonic Mania). Quant au troisième personnage, qui est donc le héros muet dont vous aurez choisi l’apparence, on reste sur une approche purement 3D, ajoutant un grappin lui permettant de s’accrocher à des points précis pour atteindre certaines plate-formes, et une arme spéciale aux effets différents suivant ceux que vous débloquerez au cours du jeu. Entre un lance-flammes, un fouet électrique qui permet aussi de foncer sur des lignes d’anneaux et autres gadgets de types élémentaires, il y aura de quoi faire.

Dash trois en un

Mais dans la pratique, tout est assez désastreux. Il suffit de comparer les niveaux 2D du vieux Sonic avec ceux de Sonic Mania pour se retrouver avec la désagréable sensation d’avoir un vieux fan game entre les mains. Alors que Sonic Mania parvenait à retrouver les sensations et le génie du level design des tout premiers épisodes, Sonic Forces perd tout cela en route, les laisse tomber sur le bas-côté et fait une marche arrière pour bien s’assurer qu’il n’en reste plus rien. Exit les idées de gameplay propres à chaque niveau, exit l’inertie particulière, elle n’existe même plus. Le personnage est d’une lourdeur sans nom, et pire encore, lors des bumps d’accélération, Sonic se retrouve à ralentir en pleine course sans que l’on ne comprenne trop pourquoi. D’abord, mettant en cause le potentiel souci de connexion sans-fil des manettes Switch, je me suis rendu compte que ce problème persistait en mode tablette. Il se trouve que la jouabilité est tout simplement foireuse : pour que Sonic garde sa vitesse lors de l’utilisation des accélérateurs, il faut relâcher la touche de déplacement avant de ré-appuyer dessus. Le jeu ne prend pas en compte cette accélération avant que le joueur ne lui donne l’indication par un bref coup de joystick – du jamais vu sur un Sonic. Pour un titre basé essentiellement sur la vitesse, un tel bug est incompréhensible.

En ce qui concerne les niveaux 3D, ce sont peut-être ceux qui s’en sortent le mieux, quand le niveau n’est pas trop pénible à parcourir. En soi, le jeu n’est absolument pas difficile (Sonic Forces vous propose même d’emblée le mode Difficile, loin d’être insurmontable), et les niveaux sont très courts. Mais le manque cruel de challenges associé à des sensations beaucoup trop rares quand le personnage parvient à enchaîner loopings et dashs sur les ennemis, fait qu’on n’a jamais le temps d’en profiter. Passons encore une fois l’inertie dont les développeurs ne connaissent a priori pas l’existence, mais pointons du doigt le manque évident d’indications visuelles sur ce qui se passe à l’écran. Mis à part les anneaux se carapatant dès que le héros est touché, il est difficile de voir ce qui se passe tellement l’action peut se transformer en un bordel sans nom. Certains passages demandent une telle capacité d’anticiper les obstacles qu’il est impossible de tenter quoi que ce soit d’un peu risqué sans terminer en chute libre dans le vide. Et le jeu aura bien du mal à vous signifier clairement ce qu’il est possible de faire ou non, là où un Mario Odyssey se révèle limpide. Je peux prendre comme exemple cette poursuite contre le grand méchant du jeu, à sauter dans tous les sens pour esquiver des lasers et à mourir bêtement, sans effet sonore, incapable de savoir où se trouve ce rayon de la mort dans l’espace qui vous entoure.

Alors certes, des joueurs un peu masochistes pourront y trouver de l’intérêt, en voulant battre quelques chronos ou en récupérant les étoiles rouges disséminées à travers les niveaux. Malgré les 30 chapitres que compte le jeu, on termine l’aventure en une petite après-midi, sans trop forcer, mais des niveaux spéciaux, un DLC avec Shadow et quelques challenges à débloquer peuvent occuper le joueur aguerri. Il faudra cependant composer avec un gameplay complètement foireux, incapable de respecter le joueur un tant soi peu et un sentiment d’amateurisme qui fait peur à voir. On se sent véritablement lessivé par toute cette médiocrité ambiante, une impression de détruire encore un peu plus une licence avec un titre incapable de procurer un peu de plaisir ludique au joueur, si ce n’est certaines sensations de vitesse encore bien présentes. Et encore, vu le désastre graphique de ce portage Switch avec des graphismes très pauvres et un framerate pas toujours au top, il faudra vraiment en vouloir pour s’aventurer là-dedans. Quand on voit la qualité du Super Mario Odyssey sorti à la même période, on se dit que le temps où Sonic bottait les fesses du plombier moustachu est bien loin. La licence va-t-elle insister dans cette direction, ou le succès de Sonic Mania va-t-il faire réfléchir les pontes de Sega sur une nouvelle direction à prendre ? Seul l’avenir nous le dira, mais ce n’est pas ce Sonic Forces calamiteux qui changera les choses.

Sonic Forces

Développeur : Sonic Team
Éditeur : Sega
Prix : 40 euros
Plate-formes : PLAYSTATION 4, XBOX ONE, SWITCH, PC

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