#critique Sonic Mania

#critique Sonic Mania

Note de l'auteur

Une prophétie maya affirme que le Sonic Cycle sera brisé l’année où l’éclipse totale apparaîtra dans toute sa splendeur sur un territoire dirigé d’une main de fer par un acteur de Maman j’ai encore raté l’avion. Cette prophétie digne d’un Kamoulox pourrait ébranler n’importe quel fana du hérisson, surtout depuis que les mayas se sont plantés dans les grandes largeurs pour 2012, avec des conséquences se limitant à l’ajout d’une œuvre supplémentaire dans la filmographie de Roland Emmerich. Fort heureusement, cette fois-ci ils ont eu tout bon, puisque Sonic Mania signe – enfin – le grand retour du hérisson supersonique.

Sonic Mania possède une genèse aussi secouée que la tête du Dr Eggman. La création du titre est surtout rendue possible grâce à un homme, Christian Whitehead. Ce développeur amateur s’est fait connaître en bidouillant les anciens épisodes. Lorsque Sega sort officiellement une version déplorable de Sonic the Hedgehog sur les smartphones, c’est Christian Whitehead qui va leur mettre la honte en leur fournissant sa propre version créée en deux jours et bien plus stable que la version officielle. Une manière polie de montrer à quel point Sega prend soin de sa licence phare. Beau joueur, au lieu de fustiger le développeur, l’éditeur préfère le débaucher pour bosser sur les portages des épisodes suivants, avec succès. Takashi Iizuka, producteur de la fameuse Sonic Team, propose donc au petit génie de développer non pas un portage classique, mais bel et bien un nouvel épisode flambant neuf (ou presque), en respectant les codes de la saga, sans toucher au moteur graphique. C’est donc Headcannon, le studio derrière les portages iOS/Android, épaulé par PagodaWest, qui s’occupe de la création de ce nouvel opus rendant hommage aux anciens épisodes.

 

Si un visiteur temporel débarquait des années 90 à notre époque, Sonic Mania serait probablement le meilleur moyen de le rassurer que non, les bonnes choses n’ont pas totalement disparu. Cet épisode reprend le moteur utilisé pour les portages (des graphismes de l’époque affinés pour les plates-formes contemporaines) sans jamais rajouter quoi que ce soit de moderne dans la jouabilité du titre. Et c’est peut-être pour ça que Sonic Mania fonctionne aussi bien : en gardant l’essentiel du Sonic que l’on aime, cet épisode réussit à revitaliser une licence en revenant à ses fondamentaux. Sonic est étiqueté à tort comme un jeu de plates-formes pur jus, il serait plus juste de le définir comme un titre de labyrinthe et d’observation : ce n’est pas le skill de plate-former assidu qui est demandé au joueur, mais bien son attention à ce qu’il se passe en face de lui pour éviter de perdre une vie bêtement. Sonic Mania garde l’essentiel : l’animal fonce à toute berzingue à travers les niveaux, alternant phases de vitesse et observation des nombreux pièges et ennemis, tous unis pour grappiller les précieux anneaux du hérisson bleu. Les allergiques de la saga pourront facilement passer leur chemin, conspuant l’aspect erratique de la progression, tandis que les férus de la mascotte de Sega se jetteront sans problème sur le titre avec un plaisir non dissimulé.

Et quoi de mieux pour parler aux fans que de ressortir les vieux stages du placard ? Véritable pot-pourri de la vénérable saga sur ses plus grandes heures, Sonic Mania brasse large et va même lorgner du côté des épisodes moins connus. Green Hill de Sonic 1, Chemical Plant et Oil Ocean de Sonic 2, Lava Reef de Sonic & Knuckles voire Stardust Speedway de Sonic CD, la majorité des niveaux ne sont pas de simples copier-coller des anciens épisodes, mais bien des réinterprétations. On croit les connaître, on pense reconnaître ce faux mur qui donne accès au bonus stage, mais on se retrouve face à une totale redécouverte du level design. Mieux encore, les développeurs profitent du deuxième acte de chaque monde pour y injecter une nouvelle idée de gameplay sans trahir l’esprit original. Des gelées rebondissantes sur Chemical Plant, des fumées grandissantes à évacuer régulièrement dans Oil Ocean, chaque monde propose un vrai renouveau qui surprendra les habitués, heureux d’y découvrir qu’on peut faire du neuf avec du vieux. Et si le joueur décide de se lancer dans l’aventure avec Knuckles, il aura la surprise de déceler de sacrées différences dans l’architecture des niveaux pour s’adapter à la bestiole aux grandes griffes.

En cumulant les multiples capacités héritées de Sonic 3 (boucliers aux fonctions diverses, les dash rapides lors d’un saut), Sonic Mania se présente comme un hommage malin à une saga qui aura beaucoup perdu en cours de route. Headcannon ne s’arrête pas là pour brosser le fan dans le sens du poil et ajoute même de nombreuses références comme des boss connus ou des niveaux bonus alternant ceux de Sonic 3 avec un nouveau type inspiré de Sonic R où le joueur devra poursuivre un vaisseau UFO s’il compte récupérer les fameuses Chaos Emerald, libérant la possibilité de se transformer en Super Sonic et espérer découvrir la vraie fin du jeu. Tails sera évidemment toujours là pour accompagner Sonic comme dans le second épisode et un mode compétition (avec option d’écrasement de l’écran « comme avant ») s’ajoute à une aventure plutôt longue puisque le titre possède facilement deux fois plus de niveaux qu’un Sonic classique, ainsi que quelques bonus de capacités pour s’essayer à certaines variantes. Un poil dommage de ne pas trouver plus de bonus cachés pour un épisode hommage aussi fort en nostalgie, mais le menu est déjà plutôt copieux.

C’est la différence avec toutes les tentatives de la Sonic Team de redorer le blason de la saga pendant une bonne quinzaine d’années, sans jamais y parvenir. Mario a eu l’intelligence de lancer sa licence par une base simple de la plate-forme (le saut) qui peut se décliner à l’infini : plate-forme avec lance à eau (Sunshine), saut entre planètes (Galaxy 1 & 2), casquette pour changer de capacités (Odyssey). Dès le premier épisode, Sonic the Hedgehog a été réalisé dans l’objectif de contrer la montée en puissance du moustachu, en déclinant dès le début le jeu de plate-forme via la vitesse et son level design labyrinthique. Une variable qui est difficile à décliner, et mis à part les Sonic Adventure qui ont plus ou moins réussi à passer le cap de la 3D, les multiples tentatives de varier les plaisirs (hérisson-garou dans Unleashed, chevalier dans Black Knight – sic ! – ou jeu d’équipe dans Sonic Boom) ont toutes échoué dans les grandes largeurs. Les meilleurs épisodes (toutes proportions gardées) sont ceux qui sont restés fidèles au concept de base, et Sonic Mania l’a très bien compris.

Il faut se rendre à l’évidence : la Sonic Team a perdu de sa superbe et ne parvient pas à retrouver la recette d’antan. Par bonheur, les multiples fans à travers la planète, eux, ne l’ont pas oublié et ont réussi avec Sonic Mania à retrouver la magie d’antan. C’est un titre hommage, qui parlera bien plus au trentenaire biberonné au « Sega c’est plus fort que toi » qu’au petit jeune mordu de LoL qui se découvre une passion pour le retrogaming. L’habitué (comme moi) ne trouvera pas Sonic Mania très difficile, mais sera ébloui par ce retour en enfance en ayant la sensation de jouer à un vrai nouvel épisode, souriant aux multiples références comme ce boss superbe rappelant l’un des meilleurs spin-off de Puyo Puyo. C’est un couteau à double tranchant, puisque le titre s’enferme dans son propre schéma, mais c’était la seule solution pour retrouver les vraies qualités d’une licence qui commençait à prendre la poussière, surtout quand le talent est présent et que même les niveaux totalement inédits sont de réelles réussites (et je ne parle pas des musiques). La saga des Sonic a toujours fait des concessions pour tenter de trouver un nouveau public, en vain. Sonic Mania n’en fait aucune, et récompense le fan qui croyait dur comme fer qu’un jour le hérisson reviendrait mettre quelques roustes à la concurrence, sous sa forme la plus originelle. Maintenant, il s’agit pour Sega de transformer l’essai en fin d’année avec Sonic Forces, énième tentative d’imposer un épisode 3D. On croise les doigts.

Sonic Mania

Développeur : HeadCannon/PagodaWest
Éditeur : Sega
Prix : 20 euros
Plates-formes: PS4/XBOX ONE/SWITCH/PC

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