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#Critique spectre d’une petite ville flamande (Beau séjour / Arte)

#Critique spectre d’une petite ville flamande (Beau séjour / Arte)

Note de l'auteur

Après La Trêve (France 2) et plus récemment Ennemi public (TF1), la Belgique se dévoile à nouveau, cette fois-ci côté flamand, sur le registre très balisé du polar sériel. À ce titre, Beau séjour ne s’impose pas comme une destination sensationnelle, mais une coloration fantastique bien trouvée vient sublimer le voyage.

Beau séjour avait fait sensation lors de la dernière édition du festival Séries Mania. Nous avions eu l’occasion de définir cet engouement, qui se traduisit alors par un prix du public. Cette distinction remise ex æquo avec Jour polaire soulignait à nouveau une forte appétence pour l’influence nordique même si ces deux séries cherchaient à s’en démarquer, que ce soit sur la forme pour Jour polaire ou dans le contenu en ce qui concerne Beau séjour. Car si cette dernière emprunte les tonalités bleutées/blafardes si caractéristiques du Nordic Noir, l’ajout d’un simple paradigme surnaturel suffit à la rendre fichtrement efficace, jugez plutôt :

Dans la province du Limbourg, Dilsen est une petite ville belge séparée des Pays-Bas voisins par la Meuse. Un soir, Kato Hoeven reprend connaissance dans une chambre de l’hôtel Beau séjour (l’authentique) implanté dans la bourgade flamande.
Notre héroïne fait alors trois découvertes choquantes. Dans la salle de bain avoisinante, elle découvre le corps sans vie d’une adolescente lui ressemblant trait pour trait. Puis elle s’aperçoit avec consternation qu’elle semble être devenue invisible pour la population, ce qui confirme ainsi qu’elle fait désormais partie de l’au-delà. Pourtant et contre toute attente, elle finit par découvrir que certains de ses proches peuvent encore interagir avec elle…

Le mélange des genres est ici un beau pari. La dimension fantastique fonctionne souvent avec le plus de pertinence lorsqu’elle est délicatement insérée dans son récit. Et c’est le cas pour Beau séjour qui trouve une voie intermédiaire entre le statut fantomatique et celui du zombie. Ce parti pris de l’entre-deux fonctionne d’autant plus que le téléspectateur se trouve irrémédiablement happé par le point de vue de la victime alors qu’elle tâtonne pour définir le périmètre de sa nouvelle existence.

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Au-delà de cette découverte progressive, les éléments policiers s’enchaînent de manière plus attendue. Les dix épisodes fonctionnent comme un système à tiroir efficace, qu’il est fortement difficile d’anticiper, maintenant jusqu’au bout un suspens adroit.
À la manière d’une Broadchurch (inspiration citée par les auteurs), l’enquête permet surtout de mouiller une bonne partie des intervenants à des degrés divers, occasionnant ainsi autant de fausses pistes possibles.

Du reste, c’est à travers cet engrenage que l’on décèle l’enjeu le plus soigné de Beau séjour. En fonction de l’éventail des soupçons et surtout par le contact que Kato maintient avec ceux qui peuvent encore l’apercevoir, la série fait montre d’une réflexion touchante sur le différentiel affectif que l’on peut manifester lors de la disparition d’un proche. Les épisodes se succédant, on se prend à oublier parfois le volet surnaturel, éprouvant ainsi une conscience nouvelle vis-à-vis de la sensibilité de chacun.

En l’état, Beau séjour ne se prête pas forcément à une suite. Mais le succès aidant, il se dit qu’elle pourrait être envisagée. Ce serait aussi l’occasion de revoir Lynn Van Royen (Kato) qui illumine la série de bout en bout. Une performance impressionnante dans un récit à la croisée des genres. Voilà de quoi alimenter une franche admiration pour le format sériel en provenance du plat pays !

BEAU SÉJOUR Saison 1 en dix épisodes (52 min env.)
Diffusée sur ARTE dès le 2 mars (à raison de 2 ép./soirée)
Série écrite par Bert Van Dael, Sanne Nuyens et Benjamin Sprengers.
Série réalisée par Nathalie Basteyns et Kaat Beels.
Avec Lynn Vav Royen, Inge Paulussen, Jan Hammenecker, Kris Cuppens, Johan Van Asshe, Charlotte Timmers, Joke Emmers, Joren Seldeslachts et Katrin Lohmann.
Musique originale de Jeroen Swinnen.

Visuels : Beau séjour © De Mensen / ARTE

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