#Critique Stories Untold

#Critique Stories Untold

Note de l'auteur

Stories Untold est un jeu en cinq épisodes qui surfe à la fois sur la vague actuelle des jeux indés narratifs, et sur la vague rétro eighties qui envahit la culture populaire depuis quelques années (non pas qu’on s’en plaigne). Mais son créateur Jon McKellan va plus loin que le simple revival nostalgique et exploite intelligemment tous les éléments qui composent son jeu. Si vous aimez les expériences narratives hors du commun, et si par ailleurs vous êtes sensible aux ambiances des films fantastiques des années 1980, ayez confiance et faites vous-même l’expérience de Stories Untold avant de lire la suite !

 

Le gameplay au service de la narration

Le jeu est édité par Devolver Digital, déjà habitué des jeux vintage avec les excellents Hotline Miami 1 et 2, mais là où l’ambiance des jeux de Dennaton servait de prétexte à un gameplay nerveux, ici ce dernier est entièrement au service de l’ambiance et de l’histoire, et la différence est fondamentale.

Jon McKellan avait travaillé sur l’interface utilisateur de l’excellent et angoissant Alien: Isolation. Pourtant en jouant au premier épisode intitulé The House Abandon, j’avoue avoir été dubitatif devant l’interface : le joueur est face à un bureau, un vieil écran cathodique, un clavier de console type ZX SPECTRUM, quelques photos et une lampe. L’image est en format large avec des bandes noires en haut et en bas, rappelant le format scope, propre au cinéma. Le jeu est à première vue une simulation de jeu texte type ZX SPECTRUM ou COMMODORE 64 et l’interface peut paraître superflue, surtout que le texte lui-même est réduit à une petite portion de l’écran. Mais très vite, j’ai compris mon erreur : c’est dans le hors-champ que Stories Untold excelle, et l’interface est bien plus qu’une simple mise en abîme de la place du joueur dans l’univers diégétique. La bande-son, elle aussi plus riche qu’il n’y paraît, participe grandement au malaise qui s’installe petit à petit.

Stories Untold 2

 

Less is more

La vraie force de ce jeu est son minimalisme. NoCode a bien compris que le pouvoir des jeux à base de texte réside dans la suggestion, le mystère potentiel qui se cache derrière chaque ligne, l’illusion de contrôle qui nous est donnée : on peut taper toutes les commandes qui nous viennent à l’esprit, sans vraiment savoir lesquelles ont été prévues par le jeu. Ici, l’intérêt ne réside pas dans le choix de nos actions qui est illusoire, mais dans le plaisir de l’expérimentation. On se sent tel un explorateur, et tout cela est propice à l’angoisse et au suspense… C’est là d’ailleurs un aspect qui aurait mérité d’être creusé davantage, afin de ne vraiment jamais prendre le joueur par la main et de reproduire le sentiment d’impuissance que l’on pouvait avoir devant un jeu dont on ne comprenait pas le fonctionnement, qui rendait le moment où l’on comprenait d’autant plus délectable.

Quitte à pointer quelques défauts, on regrettera quelques bugs d’affichage, notamment si vous jouez sur un écran 21:9, et quelques problèmes d’aliasing, et de textures. Dommage pour un jeu aussi minimaliste… Mais rien d’impardonnable.

Par ailleurs, chaque épisode / mini-jeu propose un principe nouveau, et nous fait nous interroger sur le lien qui peut exister entre chaque histoire, laissant à chaque fois un goût de mystère très appréciable. Chaque petit élément graphique et sonore que le jeu nous offre ouvre d’autant plus la porte de notre imagination. Malheureusement, le dénouement du jeu, bien qu’assez adroitement ficelé, donne un peu trop d’éléments explicatifs à mon sens, et on en sort avec un arrière goût de « tout ça pour ça » qui pourrait raviver des traumatismes chez les fans de Lost.

 

A trip down memory lane

L’hommage aux années 1980 est total. En plus de reproduire un gameplay propre à cette époque, tout l’univers visuel et sonore évoque les meilleures heures du cinéma fantastique des années Amblin. Le titre, le logo et le générique de début évoquent immanquablement la série Netflix déjà culte Stranger Things. Comme la série des Duffer Brothers, le jeu de NoCode est très référencé, faisant de nombreux clins d’œil à d’autres jeux vidéo, mais surtout à des films, comme 2001, l’Odyssée de l’espace, Alien, ou The Thing.

SPOILER : à partir de maintenant c’est vraiment dommage de lire la suite sans y avoir joué !

Le fait que tout cela se passe dans l’inconscient du personnage est très intéressant car cela justifie beaucoup d’éléments de gameplay, comme le fait que l’on ne puisse que très ponctuellement se déplacer, le manque d’information, etc. Cela justifie aussi que cet univers puise ses sources dans l’imaginaire d’un individu, ici ancré dans la culture populaire des années 70 à 90, correspondant à l’enfance de beaucoup de joueurs.

Comme dans Stranger Things, la nostalgie est le vrai sujet du jeu. Elle laisse un goût amer puisqu’elle est liée à la culpabilité du personnage principal. Les années 80 sont pour lui synonymes d’une époque heureuse mais révolue, une maison heureuse, une fête, une sœur taquine, une mère bienveillante, un père complice : on se croirait dans une comédie de Noël de Chris Columbus. Pourtant, la menace plane. Dans ce dernier épisode, on comprend très vite le drame qu’a vécu le personnage, et le gameplay a alors un véritable rôle narratif. Quoi que l’on tente de faire pour éviter l’accident, quels que soient nos choix, le drame est inévitable, et le joueur est conscient des conséquences de ses actions au moment de les faire, leur donnant ainsi bien plus de poids. Le jeu nous pousse a partager la culpabilité du personnage, et au-delà de la morale de mauvais clip de prévention routière, cette culpabilité nous reste, et c’est un effet narratif propre au jeu vidéo, auquel aucun film ne peut prétendre.

 

Conclusion

Stories Untold est une superbe exploitation des possibilités du texte interactif, qui donnera envie aux plus jeunes d’entre nous de se replonger dans les meilleurs titres du genre. Malgré quelques maladresses techniques et quelques limitations frustrantes, on rentre avec plaisir dans l’univers angoissant et ultra-référencé du jeu. Cela donne vraiment envie d’en voir plus de la part de ce jeune studio !

Stories Untold
Écrit et réalisé par Jon McKellan
Studio : NoCode
Éditeur : Devolver Digital
Disponible sur : PC (Steam, Humble, GOG)

 

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