#Critique Styx: Shards of Darkness

#Critique Styx: Shards of Darkness

Note de l'auteur

Développé en partenariat par les studios français Cyanide et Spiders, Of Orcs and Men avait déjà posé les bases d’une licence inattendue et pleine de promesses. Sortit en 2012 sur la old gen, le jeu était une agréable surprise et explorait un univers fantasy à la fois original et mature. Menacée d’extinction, la race des Peaux-Vertes (orcs et gobelins) est victime d’un génocide impitoyable de la part des hommes et des elfes. Dans un dernier baroud d’honneur pour stopper ce massacre, les orcs décident d’envoyer leur meilleur guerrier, Arkail, derrière les lignes ennemies pour assassiner l’Empereur des Hommes. En cours de route, il fera la paire avec Styx, un gobelin sournois et surtout intelligent. En faisant le pari osé de vous mettre dans la peau d’un duo de traditionnels vilains, Of Orcs and Men avait brillamment inversé les rôles classiques de la fantasy.

En 2014, un prequel entièrement dédié au gobelin roublard voit le jour avec pour titre Styx: Master of Shadows. Au lieu de proposer un Action RPG comme c’était déjà le cas pour Of Orcs and Men, Cyanide décide de changer de cap en tentant une nouvelle approche. Cette fois, c’est l’infiltration à l’ancienne qui est au cœur du gameplay avec un Styx qui n’a rien à envier au légendaire Sam Fischer. Malgré quelques petits défauts de jeunesse, Styx: Master of Shadows reçut un accueil chaleureux de la part des joueurs, mais aussi de la presse spécialisée. Trois ans plus tard, Cyanide remet le couvert avec une suite qui se veut plus belle, plus grande et surtout plus ambitieuse. En reprenant les codes de son aîné, Styx: Shards of Darkness ne prend pas énormément de risques. Mais grâce à ses mécaniques bien huilées et sa superbe ambiance, ce second volet a déjà tout pour plaire aux fans d’infiltration.

 

Un anti héros atypique

Après les événements relatés dans le premier opus, Styx est de retour plus en forme que jamais dans les bas fonds de Thoben. Toujours aussi fourbe et avide d’or, le gobelin est un voleur hors pair (et assassin occasionnel) qui aime les contrats juteux et les babioles qui brillent. Lors d’une mission, Styx se fait piéger par des hommes du C. A.R.N.A.G.E, une unité spéciale chargée de l’extermination des gobelins et de la peste verte. Au lieu d’une mort certaine, Styx se voit chargé d’une mission un peu spéciale par la capitaine Helledryn. En échange d’une grosse quantité d’Ambre, le gobelin doit s’infiltrer discrètement dans un aéronef pour dérober le sceptre d’un mystérieux ambassadeur. Rapidement, le pauvre Styx se retrouve dans une affaire qui le dépasse complètement où se mêlent trahisons et complots. Contrairement à Styx: Master of Shadows où l’aventure était cloisonnée dans la fameuse tour d’Akenash, ce nouveau volet nous embarque dans un tour du monde surprenant à la rencontre de nouvelles races comme les elfes noirs ou les nains.

Si le scénario est relativement bien ficelé et constitue un parfait prétexte pour avancer dans le jeu, c’est bel et bien Styx qui reste la véritable vedette. Son humour noir et son cynisme font de lui un personnage attachant quoique parfois un peu ennuyeux. Pour faire la comparaison, Styx ressemble énormément à Deadpool. Tout comme ce dernier, le gobelin globe-trotter n’hésite pas à briser le quatrième mur en s’adressant directement au joueur, soit pour se moquer de lui entre deux game over, soit pour balancer sans arrêt des commentaires faisant référence à la pop culture.

 

Un gameplay aux petits oignons

Tout comme le précédent opus, Styx: Shards of Darkness est avant tout et surtout un jeu d’infiltration pur et dur. Dans même la lignée du récent Hitman (critique ici) et des anciens Thief, le titre de Cyanide ne laisse que très peu de place à l’action. Notre petit gobelin préféré n’est clairement pas un guerrier et il faudra donc à tout prix éviter des combats direct ultra punitifs. Avec Styx, vous n’aurez par conséquent qu’une seule et unique option : l’infiltration. Mais rassurez-vous, si le gobelin est en effet un piètre combattant, il n’en reste pas moins un véritable acrobate et maître des ombres. Les habitués de la série Assassin’s Creed seront ici en terrain familier, Styx grimpe les murs et se faufile aussi bien que Ezio ou Altair. Le titre de Cyanide propose d’ailleurs un bon niveau de difficulté, tout en restant accessible pour tout type de joueurs. Si l’infiltration n’est vraiment pas votre fort, pas de panique ! Le prologue du jeu fait office de très bon didacticiel pour apprendre rapidement à contrôler Styx avec aisance.

En plus de ses capacités physiques hors du commun, le gobelin peut utiliser plusieurs compétences spéciales grâce à la consommation d’une ressource magique, l’Ambre. Dès le début de l’aventure, Styx peut « vomir » un clone que le joueur peut contrôler à sa guise. Bien que plus faible, le clone est parfait pour faire diversion et attirer les gardes à l’autre bout de la map. Le joueur aura également la possibilité de se rendre invisible pendant quelques secondes, le temps de passer incognito au beau milieu d’une patrouille. Mais attention, si Styx est bel et bien invisible, il ne disparaît pas pour autant et un bruit suspect alertera immédiatement les gardes alentour. Jeu d’infiltration oblige, le son est un élément capital dans Styx: Shards of Darkness. Si sprinter à tout va dans les jeux vidéo est votre mojo, vous risquez de vous manger des game over à répétions. Pour avancer dans les niveaux, il faudra donc miser avant tout sur l’exploration, en prenant son temps et surtout en se déplaçant en silence. Pour certains, l’expérience pourra s’avérer frustrante, Styx: Shards of Darkness étant un jeu qui demande non seulement de la patience, mais aussi d’utiliser avec intelligence son sens de l’observation.

Une observation qui sera constamment mise à rude épreuve par un excellent level design proposant quatre ou cinq voies différentes pour arriver à notre objectif. Les niveaux notamment en extérieurs sont beaucoup plus grands que Styx: Master of Shadows, mais conservent néanmoins cette verticalité qui fait la force de la série. Les zones sont certes plus vastes, mais les développeurs n’ont visiblement pas sacrifié le souci du détail pour autant. Sans être un open world, ce nouvel opus offre assez de liberté au joueur pour qu’il progresse en fonction de son style de jeu. Sur cet aspect, Styx: Shards of Darkness n’est pas sans rappeler une autre production française, le désormais culte Dishonored 2 (critique ici). Entre deux sabotages et assassinats, le joueur peut également empoisonner la nourriture ou l’eau, cacher les corps ou les faire disparaître pour de bon avec de l’acide. Autrement dit, vous n’êtes absolument pas obligés d’utiliser vos pouvoirs spéciaux pour réussir vos missions. Les plus braves d’entre vous pourront même tenter l’aventure sans verser une seule goutte de sang, challenge corsé, mais terriblement jouissif.

Au bout du compte, le gameplay de Styx: Shards of Darkness n’a pas beaucoup de différences avec le premier volet, même si quelques nouveautés comme le crafting ou l’alchimie ont fait leur apparition. Il est maintenant important de récupérer des ingrédients ou des objets en cours de route pour fabriquer des potions, des fléchettes, des crochets ou des pièges. L’IA a été considérablement améliorée par rapport à Styx: Master of Shadows, mais reste encore trop simple pour vraiment inquiéter les joueurs les plus aguerris. Avec quatre niveaux de détections, les ennemis sont curieusement plus sensibles aux bruits qu’à la vision d’un gobelin en capuchon escaladant les murs. Le mode coop en ligne est une autre grosse nouveauté plus que bienvenue et vraiment bien fichue. Durant votre session, vous pouvez inviter un ami à vous rejoindre à n’importe quel moment pour vous donner un coup de main ou carrément faire toute l’aventure en duo. Bien équilibré, ce mode coop permet au deuxième joueur de contrôler le clone de Styx, débloquant ainsi de nouvelles stratégies intéressantes.

 

Techniquement solide

Développé sur l’Unreal Engine 4, les graphismes de Styx: Shards of Darkness représentent un gros bond en avant par rapport au premier volet. Plutôt joli, le jeu n’a pas à rougir de la concurrence sans toutefois atteindre le niveau graphique des gros ténors AAA. Les effets d’ombre et de lumière sont particulièrement maîtrisés, mais les décors manquent un peu de détails. Toutefois, Cyanide compense ce léger défaut par une superbe direction artistique et une plus grande variété dans les environnements. L’univers Dark Fantasy de Styx dégage une ambiance singulière et représente incontestablement l’un des points forts du titre. Mais si le jeu réussit si facilement à nous enchanter, c’est bien grâce à la modélisation de son personnage principal et son rapport au monde qui l’entoure. Contrôler cette petite créature verte nous donne l’impression d’évoluer dans un monde de géants. On dit d’un character design qu’il est efficace si l’on peut reconnaître le personnage en question rien qu’avec son ombre. Et c’est exactement le cas pour Styx qui vient sans problèmes poser ses valises dans le panthéon des meilleurs (anti) héros du jeu vidéo. Seul petit bémol, les animations sont parfois un peu étranges. Les déplacements de Styx ont certes été revus et sont maintenant plus crédibles, mais les sauts du gobelin restent selon moi toujours aussi bizarres.

Vu l’importance du son dans le gameplay, le sound design se devait d’être soigné et de ce côté-là Cyanide ne déçoit absolument pas. Le doublage uniquement en anglais est également de très bonne facture, on regrettera cependant l’absence d’une version française. Pour ce qui est de la bande-son, elle est du même acabit que dans Styx: Master of Shadows, c’est-à-dire sympathique, mais légèrement en retrait. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’identité sonore du titre et sur le rôle du son en général dans les jeux vidéo, je vous invite à écouter ci-dessous la très intéressante interview de son compositeur, H-PI, par le vidéaste Olbius.

 

Conclusion

Avec Styx: Shards of Darkness, les amoureux d’infiltration seront aux anges. En améliorant les bases déjà solides de Styx: Master of Shadows, Cyanide a peaufiné sa formule avec brio. Le brillant level design tout en verticalité du premier opus est de retour dans des environnements qui sont eux beaucoup plus grands. Le gameplay n’a pas connu beaucoup de changements mis à part quelques bonnes nouveautés, et c’est tant mieux. Plus beau que son aîné, Styx: Shards of Darkness profite pleinement de son passage sur l’Unreal Engine 4 et m’a agréablement surpris sur ce point. Visuellement, Cyanide a fait du bon boulot avec une plus grande diversité dans les décors et une direction artistique toujours aussi inspirée. L’intrigue est assez intéressante pour qu’on la suive avec intérêt de bout en bout. Pour ses nouvelles aventures hautes en couleur, Styx va voir du pays et nous prouver une fois de plus que la taille, ça ne compte pas. Pour conclure, Styx: Shards of Darkness est un jeu qui mérite d’être dans votre bibliothèque, à condition bien sûr d’aimer l’infiltration. Après un premier opus déjà très bon, cette suite représente enfin l’épisode de la maturité pour Cyanide.

Développeur : Cyanide Studio
Éditeur :  Focus Home Interactive
Prix : 50 euros

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