#Critique Superposition, un millefeuille indigeste

#Critique Superposition, un millefeuille indigeste

Note de l'auteur

À partir d’une idée de départ alléchante (un thriller SF quantique ? quand vous voulez !), David Walton livre un roman inabouti et bourré de clichés, plutôt mal écrit et franchement mal relu.

superposition coverL’histoire : Jacob Kelley, ex-chercheur en physique quantique, reçoit la visite de Brian Vanderhall, un ancien collègue qui lui révèle l’existence d’intelligences au cœur même de la matière. Pour illustrer ses dires et parce qu’une arme à feu vaut mieux qu’un long discours, Brian tire sur la femme de Jacob, fait diffracter la balle autour de celle-ci, et part. Le récit se scinde alors en deux narrations, désignées dans les titres des chapitres par le préfixe « horaire » ou « anti-horaire ». Dans l’une, Jacob enquête ; dans l’autre, il passe au tribunal pour le meurtre de Brian.

Mon avis : tout partait bien dans Superposition. Une double narration, un récit policier-slash-procédural sur fond de SF quantique, une bonne louche de Philip K. Dick (Terminal Mind, le premier roman de David Walton, a d’ailleurs reçu le prix qui porte le nom du mythique auteur d’Ubik et du Maître du Haut Château).

Dès la première page, cependant, l’horreur est là. L’horreur de la banalité. Depuis la première ligne et jusqu’à la dernière, chaque phrase est d’une platitude à hurler. Chaque motif narratif est un cliché. Chaque personnage est une mauvaise caricature, un condensé de ce que des décennies de productions télévisuelles putrescentes ont pu engendrer de pire. Le protagoniste, issu d’un milieu pauvre mais qui s’en est sorti, est boxeur et physicien quantique, sanguin et cérébral à la fois. Sa femme est belle et sexy. Il a deux filles, l’une ravissante et facile à vivre, toujours décrite comme lumineuse mais qui s’avère la plus faible ; l’autre, renfermée mais qui finalement s’ouvrira au père (elle lui ressemble trop pour qu’ils se soient vraiment entendus jusqu’alors) ; auxquelles s’ajoute le benjamin, un fils handicapé (un bras pas totalement développé), un personnage dont la seule fonction semble être de déterminer si son bras atrophié est situé à gauche ou à droite, bref s’il s’agit de l’original ou d’une copie. Le tout est emballé d’une psychologie familiale de bazar et une sentimentalité encore plus creuse qu’une sitcom de chez AB. Et puis, soyons lucides : deux filles qui réussissent ensemble une action se tapent-elles vraiment dans les mains, en dehors d’une série des années 90 ?

Un autre exemple. Lorsqu’il apprend que la fille d’une ex-collègue s’appelle Chance, cela rappelle à Jacob que sa femme, au début de leur relation, avait un chat nommé lui aussi Chance, animal qui a fini écrasé par une voiture. Un détail tout à fait époustouflant… que Jacob passe volontairement sous silence dans sa discussion avec la collègue en question. Pourquoi David Walton s’offre-t-il cette digression ? Que dit-elle de Jacob ? Celui-ci a-t-il réellement peur de faire de la peine à son ex-collègue en lui racontant cette histoire de chat écrasé, simplement à cause d’une similarité de dénomination ?

Peu ou pas écrit, Superposition n’a pas (ou peu) été relu. La maladie moderne des multiplications de coquilles, mots manquants, tournures impropres, expressions erronées et incohérences grammaticales est (quasi) la norme. Certes. Mais ici, parlons plutôt de peste bubonique. Page 79 : « comme de la lumière à la au travers d’une lentille ». Page 81 : « le seul » au lieu de « le sol ». Page 251 : « la balle lui l’a traversé ». Page 303 : « (…) pour quelle raison coopéraient-ils ? » (l’imparfait au lieu du conditionnel). Pour ne citer que ces exemples. Sans oublier une cohorte de « après que » suivis de subjonctif – et même là, second péché mortel : de l’incohérence, puisque certains « après que » sont correctement suivis d’un indicatif. On s’y perd.

Le demi-point (sur cinq) de la note attribuée ne concerne, en définitive, que le concept de base. Une idée que l’on rêve de voir reprise, remodelée et surtout racontée par un auteur plus aguerri.

Si vous aimez : les romans de Philip K. Dick et de William Gibson – mais si vous les aimez réellement, fuyez ! À moins d’être un lecteur particulièrement magnanime.

Lafayette College Alumni David Walton posed in his house with his laptop computer from which he wrote his Science Fiction novel Terminal Mind

David Walton

Autour du livre : David Walton a écrit une suite, baptisée Supersymmetry, où il explore la vie d’Alessandra, la fille adolescente de Jacob, 15 ans après les faits survenus dans Superposition. Et apparemment, une série télé basée sur Superposition serait en préparation. Pour un livre qui ressemble décidément à un (médiocre) téléfilm du dimanche après-midi, quoi de plus normal (et de plus effrayant à la fois) ?

Extrait : « Après l’avoir débarrassé de ses entraves, les matons nous laissèrent seuls, refermant derrière eux la porte transparente. L’autre Jacob me regardait, parfaitement éberlué.
– Vous connaissez cet homme ? lui demanda Sheppard.
– Il pourrait être mon jumeau.
– Tu t’es fait piéger par la fonction d’onde de probabilité du varcolac, énonçai-je.
Il ouvrit la bouche encore plus grand.
– Superposition, dit-il. Comme pour Brian.
– Tu vois mon alliance ? lui dis-je en levant ma main gauche.
– Pourquoi est-ce qu’elle est à ta main droite ?
– Elle n’y est pas.
– Nous sommes tous les deux à l’opposé de la sphère de Bloch.
– Exactement.
– Ça fait bizarre.
– À qui le dis-tu !
Nous éclatâmes de rire en même temps, comme en écho. »

(Le lecteur, lui, éclate en sanglots.)

Superposition

Écrit par David Walton

Édité par ActuSF

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