#Critique [Team-Up] Wolverine et Daredevil par Frank Miller

#Critique [Team-Up] Wolverine et Daredevil par Frank Miller

Avec sa deuxième salve d’albums de leur collection 20 ans, Panini Comics nous donne l’opportunité de revenir sur deux œuvres d’un des plus grands noms du comic book. Deux histoires espacées dans le temps mais qui révèle beaucoup de points commun et permettent de voir l’évolution de l’auteur.

12170_20140203222442_large1982 – Wolverine avec Chris Claremont

Frank Miller est pleinement dans son cycle sur le personnage de Daredevil, Chris Claremont (alors associé à Dave Cockrum) embarque les X-Men dans un voyage spatial à la rencontre des terribles Broods, et Wolverine continue d’être de plus en plus populaire. L’envie de développer la franchise X-Men se fait de plus en plus sentir et outre une nouvelle génération de mutants (The New Mutants), Marvel veut capitaliser sur le Canadien griffu. Désireux de garder la mainmise sur l’univers qu’il a contribué à rendre populaire, Chris Claremont va scénariser les nouvelles séries. Comme pour les X-men, c’est l’association avec un dessinateur qui aboutira sur l’alchimie unique de l’histoire. Car si la dualité homme-bête et le conflit pour sauver son aimée, Mariko Yashida, trouvent leurs sources dans la série X-Men, l’environnement même et la mise en scène portent la marque de Frank Miller.

Je suis Wolverine. Le meilleur dans ma partie, mais ce que je fais n’est pas joli

Située au Japon (alors qu’en parallèle, la série X-men se déroule au fin fond de l’espace), la mini-série Wolverine va être l’occasion pour le dessinateur de s’inspirer encore plus d’une culture qu’il adore (tout comme on pourra le voir avec son Ronin sorti quelque mois plus tard). La secte d’assassin La Main, déjà vu dans Daredevil, tient une place prépondérante ici tout comme les questions d’honneur et les combats au sabre.

Par son format (quatre épisodes) et sa déconnexion avec les autres X-men, la mini-série Wolverine est également plus violente. Si les têtes tranchées ne le sont pas de manière frontale, toujours est-il que Logan est bien plus sans pitié face à ses ennemis. Aux vieux lecteurs, on conseillera de comparer cette édition avec la première parue chez Lug pour se faire une idée du travail de censure que fit l’éditeur pour expurger la violence de l’histoire.

La dualité homme/bête, au centre du personnage, est enfin un bon moyen pour Miller de jouer avec la narration et d’accentuer les récitatifs afin d’appuyer le combat intérieur de Wolverine. On n’est pas encore dans les tours de forces de Batman – The Dark Knight Returns, mais déjà on sent les idées poindre.

 

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1993 – Daredevil – The Man without Fear avec John Romita Jr.

Né d’une discussion en 1987 entre John Romita Jr. qui désirait dessiner un graphic novel consacré à Wolverine, et Frank Miller qui, estimant le mutant griffu assez surexploité, avait dans ses cartons un projet cinématographique « Daredevil – Year One ». Romita Jr. connaît le personnage, entre 1988 et 1990. Il participa avec Ann Nocenti à l’un de ses plus grands cycles. Séduit, les voilà qui s’engagent sur un projet qui prendra plusieurs années pour aboutir à la publication d’une mini-série dont l’importance se ressent encore aujourd’hui ne serait-ce que dans l’adaptation télévisuelle de Daredevil.

Assis sous la pluie, Matt Murdock rit. Sa journée a débuté par un coup de fil d’un interlocuteur furieux. C’était son patron, il appelait de Boston. Pour lui dire qu’il était viré. Matt s’est mis à rire. Outré, son employeur lui a raccroché au nez, ce qui n’a pas empêché Matt de continuer à rire. Boston. Même s’il le voulait, Matt ne pourrait pas quitter New York. Le gamin de Hell’s Kitchen est rentré chez lui.

30879_20060421150216_largeS’il a raconté la jeunesse de Daredevil par petites touches durant sa prestation sur le titre (par exemple lors de flash-back sur la passion amoureuse entre Matt Murdock et Elektra), Frank Miller n’avait jamais compilé le tout pour en faire un récit définitif. Dernière œuvre sur Daredevil, il va s’appuyer sur l’image du père (à l’opposé de la figure maternelle, pivot de Daredevil – Born Again) pour raconter l’histoire d’un jeune garçon issu d’une classe pauvre et dont la foi en la justice grandira au fur et à mesure du temps et des épreuves. Le mariage entre un Frank Miller alors englué dans la ville putride de Sin City et un John Romita Jr. qui signe ici ce qui reste sa plus grande œuvre, fonctionne à merveille. Les deux artistes sont sur la même longueur d’onde et offre un récit complet remarquable à mi-chemin entre l’origin story et le Year One.

Devenu maître dans l’usage du récitatif (que ce soit dans son placement au sein de la case que dans son contenu), Frank Miller comble les trous de l’univers d’une série qu’il a rendue célèbre, joue savamment avec la dualité de ses personnages (Matt Murdock et Elektra en tête bien sûr) et en profite aussi pour montrer l’ascension du terrible Caïd. Si la série doit beaucoup à l’ambiance graphique distillée par John Romita Jr., la narration de Miller puisant sa source dans l’implacable Sin City va faire de Daredevil – The Man without Fear un authentique chef-d’œuvre.

Deux projets initiés par d’autres (Chris Claremont pour le premier, John Romita Jr. pour le second) mais qui deviendront de véritables œuvres grâce à l’immense talent de Frank Miller, des projets qui s’inscriront durablement dans la mythologie Millerienne. Après une première série d’albums à la pertinence moyenne, Panini Comics rectifie donc ici le tir. Outre les récits qui sont des histoires complètes, celles-ci sont surtout de grandes œuvres qui rappellent pourquoi le comic book est un moyen d’expression artistique magnifique.

 

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