Critique The Evil Within (par Mickybad)

Critique The Evil Within (par Mickybad)

Note de l'auteur

Il y a 4 ans, Shinji Mikami quittait Capcom pour créer Tango Gameworks. Le créateur de la saga Resident Evil, ayant plus ou moins perdu la main sur son œuvre, décide de quitter le nid pour voler de ses propres ailes afin de renouveler le survival-horror. Cette volonté de « retour aux sources » (dixit Mikami) a donné naissance à  The Evil Within, attendu comme le Messie par les fans du genre, depuis la diffusion d’une vidéo promo pleine de sang, de fureur et… de musique classique.

Alors, ce jeu est-il le renouveau annoncé? Mikami va-t-il réussir à nous effrayer autant qu’Ariane chantant le générique de Dragon Ball Z? Réponse la semaine prochaine à 13 heures sur France 2… Non je rigole, on voit ça tout de suite.

ÇA FAIT MAL!!!

evil withinPour la petite histoire, nous suivons le périple de Sebastian Castellanos, policier de Krimson City, envoyé dans un hôpital psychiatrique afin d’enquêter sur un massacre.  Sur place, il est attaqué par un individu encapuchonné nommé Ruvik (‘s Cube, ahahahah!! Je sais, c’est nul-NDR), à l’origine de la tuerie qui capture notre bon héros. L’action débute donc avec un Sebastian pendu par les pieds dans un abattoir tenu par une créature armée d’une tronçonneuse (ça commence bien). Sebastian devra donc avancer doucement, se dissimuler, et bien observer l’environnement afin d’éviter de se faire découper en rondelle. Blessé, armé seulement d’un couteau (type Rambo quand même), désorienté, notre détective est une cible vulnérable où la moindre erreur s’avère fatale. Chaque coin et lieu recèle une créature ou un piège qui fait de vous un candidat parfait à une mort douloureuse (et frustrante).

Seul lieu de tranquillité (même si il reste inquiétant lors de certains passages) est une salle que l’on atteint à l’aide de miroirs reconnaissables à la musique spécifique qui les accompagne (le Clair de Lune de Debussy, musique qui n’est pas sans rappeler Bioshock). Il s’agit d’ailleurs du seul endroit où vous pourrez sauvegarder de vous-même, la sauvegarde automatique s’activant régulièrement, vous permettant ainsi de mourir sans avoir à refaire tout le chapitre, car mourir va vous arrivez TRÈS souvent. Vous pourrez également y augmenter les capacités de votre héros et les caractéristiques de vos armes en utilisant du gel que vous récolterez régulièrement dans le jeu, soit sur les créatures soit dans l’environnement. Vous y trouverez également des casiers dont les clés se trouvent dans des statuettes cachées un peu partout dans le jeu, vous y récupérerez du gel (il faut toujours être bien coiffé c’est important) et des munitions.

2L’histoire reste assez basique, mais elle demeure assez intéressante pour tenir le joueur jusqu’à la fin, surtout sur la deuxième partie du jeu où on commence à en apprendre un peu plus sur l’histoire de Ruvik, la fin s’avère par contre plus convenue, ce qui déçoit un peu au vu du scenario qui nous laissait espérer une fin plus surprenante.

Les développeurs, forts de vouloir casser la monotonie, multiplient les environnements différents, quelque fois en zone semi-ouverte, comme le village qui n’est pas sans rappeler Resident Evil 4, où vous pouvez explorer maisons vides et bouts de jardin, afin de trouver bonus, seringues de vie et munitions (rares dans le jeu d’ailleurs); favorisant une approche d’action plus subtile faite de dissimulation et d’exécution silencieuse à la Last of Us. D’autres fois en zone couloir, propice à une action plus soutenue dans le style Resident Evil, je vois, je tire (enfin quand je peux).

Mais la multiplication et la diversité des environnements est assez déconcertante, surtout que techniquement les lieux sont assez inégaux (un gros bémol pour les extérieurs.)  On se sent vite perdu dans cette multitude de lieux, vous allez commencer dans un hôpital psychiatrique à la Silent Hill, pour être propulsé dans un village type hispanique, pour ensuite atterrir dans un sorte de temple ancien façon Uncharted, pour vous retrouver ensuite dans un manoir type Resident Evil 1, et ce en 3 heures de jeu. Les environnements vont changer continuellement, sans logique entre eux avec des transitions, parfois assez violentes, comme par exemple des renversements de plan, passant d’une chute verticale à une réception sur un plan horizontale (du plus bel effet d’ailleurs).  Il se pourrait que soit un parti pris des développeurs, pour renforcer l’impression d’incompréhension qui habite les protagonistes, mais plus l’histoire avance et plus on découvre que c’est aussi un bon moyen pour Mikami d’intégrer dans un seul jeu tous ce qu’il peut aimer dans le cinéma et le jeu vidéo.

Techniquement insuffisant!

En termes de réalisation, la première chose qu’on ne peut pas rater, ce sont ces énormes bandes noires en haut et en bas de l’écran qui risquent, au début du jeu,  de vous faire rager contre le studio. Car même si artistiquement c’est beau, en matière de gameplay cela peut être aussi agréable qu’une paire de gifles, surtout dans les couloirs et les environnements restreints. D’autres diront que ça ne pose pas de problème, pour ma part j’ai dû attendre ma cinquième heure de jeu pour que mon gameplay soit complètement adapté. Qui plus est, ce parti pris risque d’être dommageable pour ceux qui jouent sur des écrans de taille plus modeste et qui seront les victimes d’un choix artistique discutable.

Gros bémol également concernant les extérieurs du jeu, qui manquent cruellement de finesse. Les textures bavent à certains endroit et le clipping des textures (apparition de textures) peut atteindre parfois 1s, surtout lorsqu’elles doivent apparaitre après un temps de chargement comme dans le cas des cut-scenes.  Il y a aussi quelques bug de camera qui parfois ne sait plus du tout où se mettre (enfin si, elle sait; elle va où on ne peut plus rien voir), surtout lors de phase où vous êtes harcelé par une bande de zombie ou coincé par une quelconque créature contre un mur. Face à ça et dans la plus grande panique vous martèlerez votre bouton de corps à corps  en priant plusieurs divinités païennes de ne pas mourir, ce qui vous arrivera inévitablement.

Je parlerais également de la rigidité de notre héros qui se déplace comme s’il venait de se faire opérer des hémorroïdes, ça se ressent surtout lors du demi-tour, lorsque vous voulez fuir quelques créatures ou boss, vous pouvez compter une bonne seconde pour que l’animation soit complète, ce qui laisse le loisir à votre ennemi de vous étriper sans trop courir. Je dirais également que le pathfinding (le chemin que doit suivre les créatures) est raté car certains passages ne se libèrent que par l’action d’un ennemi, et que vous pouvez attendre quelquefois 3 bonnes minutes avant que ce  derniers viennent faire ce qui est prévu pour avancer dans l’histoire.

Dernier point : le jeu est en deçà de ce qui se fait actuellement, surtout sur PC, car vous ne pouvez aller au-delà des 30 FPS. Bethesda a bien donné, lors de la sortie du jeu, accès à la console par le biais d’un rajout d’une ligne de commande dans le menu Steam, malheureusement, augmenter les FPS à plus de 30 fera régulièrement crasher votre jeu. Vous pouvez également, toujours par le biais de la console, supprimer les bandes noires, mais il s’agit en fait d’une simple augmentation du ratio visuel, ce qui rend l’action encore plus illisible qu’un livre en braille.

POURQUOI TANT D’AVARICE?!

4Pour survivre, Sebastian devra compter sur un arsenal limité au début mais qui s’étoffera rapidement pour devenir varié bien que peu original. Les armes seront à utiliser avec sagesse car le jeu est avare en munitions (2 balles par boites trouvées en moyenne) et en seringues de vie. De ce fait, vous allez passer beaucoup de temps accroupi, avançant doucement en essayant d’éviter les pièges et les créatures qui arpentent les environs. Votre barre de vie est courte au vu des dégâts que vous pouvez subir, et la fuite sera toujours de courte durée car la jauge de sprint est aussi fine que la pudeur d’une actrice porno, si ce n’est même carrément inexistant si votre santé est trop faible.

De ce côté, le jeu est une vraie réussite, dur, très stressant de par ce sentiment de vulnérabilité qui vous habite tout le long du jeu, chaque mort vous en apprendra plus sur la façon d’éliminer votre adversaire. Vous allez vous cacher, vous faufilez pour éliminer les ennemis au couteau, les attirer dans des pièges que vous n’aurez pas désarmés exprès. Car faites-moi confiance, foncer dans le tas n’est pas la bonne solution, même si vous êtes bien équipé en munitions, ces dernières vont disparaitre aussi vite qu’un boys band du top 50. Les créatures sont très coriaces et seul un headshot (quand vous arriverez) peut les éliminer radicalement. Même couchés et dégoulinants de sang, vous devrez brûler les corps (à l’aide des rares allumettes que vous trouverez, ce qui n’est pas sans rappeler le Resident Evil sur Gamecube) pour vous débarrasser définitivement d’eux afin d’éviter qu’ils ne vous attaquent de nouveau. Vous pourrez cependant crafter des carreaux d’arbalète (explosive, électrique, harpons, glace…) à l’aide d’équipements trouvés ici et là dans le jeu, mais sachez que le concept de crafting n’est pas aussi développé qu’un Last of Us ou un Tomb raider 9. Vous aurez également des revolvers et autres fusils (pompe et précision) pour éliminer un bestiaire qui ne veut pas vous faire de câlins.

OUH!!!! La vilaine bête

5Impossible de parler d’Evil Within sans parler de son bestiaire, glauque, gore, malsain et dangereux à souhait, c’est (pour moi) la vraie réussite du jeu. Je ne veux pas trop en parler pour ne pas gâcher le plaisir, mais sachez qu’il est très varié, vous aurez à peine réussi à vous habituer au comportement d’une créature qu’une autre viendra vous pourrir l’existence (désolé mais il n’y a pas d’autres mot pour décrire ce que j’ai ressenti). Les boss également seront de coriaces adversaires qui useront vos neurones et votre sang-froid jusqu’à la moelle, car vous allez mourir une pléthore de fois avant de comprendre comment vous en débarrasser. Sachez cependant, que pour chaque boss, il y a une technique qui vous permet de les éliminer en utilisant un minimum de ressources.  Je n’en dirai pas plus.

En conclusion, The Evil Within est un jeu prenant, long (une vingtaine d’heure pour finir les 15 chapitres) et, malgré ses défauts (je n’ai pas parlé des dialogues peu inspirés), le jeu possède des atouts qui plairont à bon nombre de joueur. Son côté malsain, son ambiance film d’horreur des années 90 et sa direction artistique aux petits oignons donnent une identité plaisante au jeu que j’espère quand même plus marquante si suite il y a. Avec un peu plus de finition et d’audace, le jeu aurait pu être une référence. Il reste cependant un excellent jeu qui plaira à tous les nostalgiques des premiers Resident evil et Silent Hill. Je conseillerai quand même de faire ce jeu avec un pote secouriste qui pourra à tout moment vous réanimer, ou finir le jeu à votre place en cas de décès avéré.

Disponible sur PC-PS3-Xbox 360-PS4-Xbox one. Studio de développement: TANGO GAMEWORKS. Editeur: BETHESDA. PEGI: -18 ans (les enfants au lit).

 

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