#Critique Ghost in the Shell (T.1)

#Critique Ghost in the Shell (T.1)

Note de l'auteur

9782723497039-GEt de trois ! Après les cultissimes Akira et Gunnm, l’éditeur Glénat continue sur sa lancée et nous propose une toute nouvelle édition du séminal Ghost in the Shell de Masamune Shirow. Un pavé cyberpunk de 344 pages au cours desquelles nous suivons Major Kusanagi et la Section 9 luttant contre la cybercriminalité. Du haut de ses 28 ans, le titre, dont l’adaptation « made in Hollywood » sort aujourd’hui sur nos écrans, n’a pas pris une ride et semble toujours plus d’actualité que jamais. Philosophique, transhumaniste, poétique et violent, Ghost in the Shell est une œuvre de SF radicale et très exigeante qui a ouvert la voie à tout un pan de la cyberculture sur ces vingt dernières années.

 

Bien avant la version de Rupert Sanders mais également avant les séries Stand Alone Complex et Arise ainsi que les deux somptueux films animés de Mamoru Oshii, il y avait donc le manga de Masamune Shirow. Kōkaku Kidōtai, pour les initiés, voit le jour au Japon en mai 1989 et sera suivi de deux séquelles intitulées Ghost in the Shell 2: Man-Machine Interface et Ghost in the Shell 1.5: Human Error Processor. Le mangaka, à qui l’on doit entre autres Appleseed et Dominion Tank Police, nous plonge dans un futur proche, en l’an 2029 dans un Tokyo ultra-connecté où la cybernétique et les intelligences artificielles sont omniprésentes. Le Major Motoko Kusanagi, agent cyborg surentraînée et super-badass travaille pour la Section 9, groupe d’élite anticriminel luttant contre le terrorisme et la cybercriminalité. Accompagnée de Batou, Togusa et Ishikawa et menée avec poigne par Aramaki, le chef de la section, elle enchaîne les enquêtes et traque sans relâche hackers, politiciens véreux, flics corrompus et cyborgs défaillants. Ce qui frappe à la relecture de cette œuvre ô combien matricielle, c’est son incroyable actualité et modernité, même 28 ans après sa sortie. À l’aube de l’avènement du web, Masamune Shirow envisageait déjà un réseau mondial assaillit par des virus, une autoroute de l’information, un océan de données digitales dans lequel l’être humain aurait plongé corps et âme. Car c’est bien de cela dont il s’agit, GITS interroge le lecteur sur les concepts du corps et de l’âme, les fameux « Ghost » et « Shell » du titre. À partir de quel moment, cesse-t-on d’être un humain ? Qu’est-ce qui compose notre être et nous définit ? Est-ce notre savoir ? Est-ce nos souvenirs ? Autant de questions existentielles posées par Shirow et qui trouvent toujours autant d’écho aujourd’hui.

 

extrait-premieres-pages-manga-the-ghost-in-th-L-PN6Z_3Cependant, le mangaka ne fait pas dans l’abstraction totale et ancre son récit dans un contexte géopolitique tangible qui, lui aussi, résonne encore de nos jours. Chaque chapitre met en scène une enquête qui va amener la Section 9 dans de nombreux pays et les plonger dans des intrigues où les intérêts de chaque nation rentrent en jeu. Russie, Syrie, Israël ou encore Palestine, les états cités dans ce premier tome sont encore en 2017 au cœur de l’actualité. Masamune Shirow semble intarissable sur ces thématiques et nous balance des chapitres ultra-denses avec parfois, il faut bien le reconnaître, des tartines de dialogues assez techniques. Qui plus est, il accompagne ce tome de nombreuses explications en bas de page, dans lesquelles il creuse certaines thématiques et fait référence à de nombreux experts sur divers sujets tels que la physique quantique et la cybernétique. Même si l’on est tenté de lire ces explications en parallèle de l’histoire, il est grandement préférable de dissocier les deux afin de ne pas gêner le cours de l’intrigue. C’est d’ailleurs un conseil de l’auteur lui-même, en fin de tome et il a raison car ses apartés sont aussi conséquents et complets que le récit lui-même.

 

Parmi les douze chapitres qui composent ce tome, on retiendra principalement les trois derniers qui offrent un final aussi taré que philosophique rappelant celui du 2001 de Stanley Kubrick. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux, intitulé Bye Bye Clay qui a servi de base au chef-d’œuvre de Mamoru Oshii. Même si deux ou trois éléments sont piochés ailleurs, c’est essentiellement sur celui-ci que le film sorti en 1995 s’appuie avec la figure du Marionnettiste. À l’instar d’Akira, ceux et celles qui n’ont vu que le film d’animation, n’ont pas une vision d’ensemble de l’œuvre et seraient certainement surpris de découvrir le titre de Shirow. Au-delà de l’ampleur de l’univers et de sa complexité, ce qui peut surprendre, c’est notamment l’humour qui transpire à longueur de pages. Que ce soit à travers des gags visuels ou dans les répliques que se balancent les membres de la Section 9 entre eux, le mangaka n’oublie jamais d’être drôle. À ce titre, la Kusunagi de Shirow est bien plus transgressive et mordante que celle, bien plus stoïque, d’Oshii. Ici, elle s’énerve, elle taquine, elle se plaint, bref elle est tout simplement plus humaine.

 

BD_GITS_5Dans le même esprit, le quatrième chapitre, Megatech Machine 1, joue à fond la carte de l’humour, mettant en scène sur quelques pages, les Fuchikoma, les intelligences artificielles qu’utilise la Section 9. Ces robots araignées aussi appelées Spider Tank, dotés ici de parole, décident de se révolter afin de renverser le pouvoir et dominer les humains. L’occasion de nous offrir une pastille parfaitement loufoque et absurde qui montre que le mangaka sait prendre du recul sur son œuvre afin d’en rire. Après le fond, venons-en à la forme qui n’a pas vieilli même si elle reste ancrée dans une certaine esthétique d’époque. Le dessin de Masamune Shirow s’inscrit dans une mouvance graphique typique du début des années 90 avec un trait plus adulte et agressif. À l’instar d’Akira et Gunnm, Ghost in the Shell a énormément contribué à l’exportation de la culture manga à l’international. De la culture underground à la pop culture de masse, en 28 ans, le titre devenu culte a pris bien des formes, mais cette réédition montre à quel point il est parfois nécessaire de revenir aux sources. Oubliez les pilules bleues et rouges et entrez dans la vraie matrice !

 

Ghost in the Shell (T. 1)
Écrit par Masamune Shirow
Édité par Glénat

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