#Critique : The Jesus and Mary Chain – Damage and Joy (Warner)

#Critique : The Jesus and Mary Chain – Damage and Joy (Warner)

Note de l'auteur

Voilà près de vingt ans qu’on attendait le retour de The Jesus And Mary Chain sur album ! Qu’on attendait… Soyons justes, on ne l’attendait plus vraiment, et ceux qui s’intéressent au groupe écossais le redoutaient plus qu’autre chose. Pourtant le voilà ce Damage and Joy, tombant comme un cheveu sur la soupe qui illustre la pochette du disque dans le paysage musical de 2017 dont les plus jeunes amateurs doivent probablement ignorer tout des frères Reid… Séance de rattrapage en forme de soulagement général.

Mine de rien, The Jesus and Mary Chain est certainement l’un des groupes les plus influents des années 80. De Depeche Mode aux Pixies (qui reprirent magistralement leur Head On sur l’album Trompe le monde) en passant par Sonic Youth ou même Nirvana, la fine fleur du rock dit indépendant n’a jamais caché son amour pour la musique du groupe fondé par les frères (forcément) ennemis William et Jim Reid.

JAMC circa 1987

JAMC circa 1987

Précurseurs du mouvement noisy, théoriciens involontaires du shoegazing (les mecs sont tellement dans leur truc qu’ils jouent en regardant leurs chaussures, tout comme leur public, si vous vouliez faire tourner des serviettes c’est la pièce à côté), The Jesus and Mary Chain a offert au rock en général une certaine idée du larsen comme instrument à part entière, au moyen d’effets jusque-là utilisés à petites doses, plaqués sur des mélodies harmonieuses empruntées autant à la surf music (Beach Boys en tête) qu’aux ambiances torturées du Velvet Underground.

Ce mélange détonnant donnera naissance à une poignée d’albums cultes dont les indispensables Darklands (1987), Automatic (1989) et surtout le fondateur et mythique Psychocandy (1985), véritable profession de foi du bruit sans la fureur, emmené par le single imparable Just Like Honey.

Pourtant de la fureur, il y en a à foison dans l’histoire du groupe, entre performances sur scène mouvementées donnant souvent lieu à des émeutes, paroles provocatrices qui leur valurent d’être interdit d’antenne à la BBC (l’incompris Some Candy Talking, le très explicite Reverence) ou encore guerre fratricide entre les deux leaders qui finira par une séparation à la fin des années 90.

On a pourtant eu des raisons d’espérer lorsqu’en 2007, les frères Reid sont parvenus à recoller les morceaux pour une série de concerts, soutenus par une foule de rééditions et d’albums Greatest Hits dans les années suivantes, le pinnacle ayant été atteint en 2015 avec une tournée anniversaire aussi inattendue que réussie dans le but de célébrer les trente ans de Psychocandy. Mais d’enregistrement studio, pas un mot ou si peu, à peine un inédit en 2008 au titre évocateur, All Things Must Pass.

The_Jesus_And_Mary_Chain_-_Damage_And_JoyC’est ce titre en compagnie d’une douzaine d’autres que l’on retrouve aujourd’hui sur Damage and Joy, un album qui aurait pu n’être qu’une tentative de faire un peu d’argent sur le cadavre d’une légende, et qui se révèle bien au contraire être une mine d’or débordant de pépites d’autant plus brillantes que l’on pensait le filon tari depuis des lustres.

Amputation ouvre le bal et le ton est donné d’entrée de jeu, des guitares énormes, la voix de Jim Reid plus nocturnale que jamais, on se retrouve plaqué contre un mur du son érigé de main de maître par le producteur Youth, grand ami de David Gilmour (Pink Floyd), spécialiste du dub « made in England », accessoirement bassiste et fondateur de Killing Joke et désormais bassiste officiel du groupe.

War on Peace place la barre un cran plus haut, replongeant dans les ambiances éthérées des grandes heures de Psychocandy avant de prendre l’auditeur par surprise avec un final aux frontières du punk, enchaîné au single cité plus haut, réenregistré et rebaptisé All Things Pass, assez efficace dans son genre, du Jesus and Mary Chain au classicisme absolu. Mais la suite des événements est cependant bien plus intéressante…

Isobel Campbell, "Belle" non sans raison

Isobel Campbell, « Belle » non sans raison

Faisant appel à différentes chanteuses (toutes écossaises), le groupe accouche d’une série de chansons d’amour entraînantes qui accrochent l’oreille dès les premières notes. Isobel Campbell (Belle and Sebastian) embrasse de sa douce mélancolie les excellents Song for a Secret et surtout The Two of Us, Sky Ferreira sublime le délicat Black and Blues et, cerise sur le gâteau, la petite sœur de la famille Reid, Linda Reid (aka Linda Fox, aka Sister Vanilla) rejoint ses frères sur Los Feliz (Blues and Greens) et Can’t Stop the Rock.

Il est à noter que cette dernière chanson, tout comme Song For a Secret sont en fait des reprises de titres alors composés pour la cadette de la famille en 2005 et 2007, tout comme The Two of Us, Get On Home et Facing Up the Facts qui faisaient déjà partie du répertoire de Freeheat, le groupe fondé par Jim Reid après la séparation de The Jesus and Mary Chain en 2000.

jesus-mary-chain-stream-reunion-albumAu final, Damage and Joy ressemble à s’y méprendre à un best of augmenté d’inédits retraçant la carrière des membres du groupe pendant leur hiatus, le tout emballé d’un joli papier cadeau aux couleurs du JAMC ! Qu’importe après tout, puisque l’on est en présence d’excellentes chansons qui ne demandaient qu’à revenir dans le giron familial…

On est cependant loin du nouvel album qui prouverait au monde de l’alternative rock que la créativité n’a pas abandonné ces diables d’écossais mais face au plaisir de retrouver un groupe de nouveau uni et la perspective de les revoir très vite sur scène comme à la grande époque, c’est un bien faible prix à payer.

 

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