#Critique : The Sheepdogs – Changing Colours

#Critique : The Sheepdogs – Changing Colours

Note de l'auteur

Lorsque l’on demande au chanteur des Sheepdogs quel genre de musique ils pratiquent, sa réponse est désarmante de candeur et de simplicité… « De la bonne musique, enfin je crois… » Une affirmation confirmée par le sixième album des Canadiens, Changing Colours, qui nous offre un voyage dans le temps aussi élégant que rafraîchissant.

Pour paraphraser l’ami Jean-Pierre Sabouret, brillant journaliste à qui votre serviteur devrait reverser des droits d’auteur à force de réutiliser cette citation, « le plus étonnant reste que cet album serait pratiquement passé inaperçu il y a vingt ans (quarante maintenant ! ndlr) et que personne ne songerait à le ressortir en CD aujourd’hui ! ».

Et pour cause, chaque chanson de Changing Colours nous renvoie à une époque bénie où la seule manière d’écouter de la musique était de se procurer des disques, en vinyle qui plus est ! Cela en devient même presque gênant d’écouter cet album dans sa version dématérialisée !

En une de Rolling Stone avant même leur premier album, ça pose…

Mais à la différence de nombreux groupes vintage qui perpétuent l’héritage de la glorieuse décennie allant de 1967 (parution du Sgt. Pepper’s Lonely Heart Club Band des Beatles) à 1977 (avènement du punk et du disco), The Sheepdogs ne s’enferme pas dans un style en particulier et embrasse la modernité à pleine bouche.

Certes, les premiers albums du groupe natif de Saskatoon, province du Saskatchewan dans l’ouest du Canada, lorgnaient clairement vers un southern rock biberonné aux Allman Brothers pour la musique et évoquaient les harmonies vocales propres à Crosby, Stills, Nash & Young… Une alchimie fort respectable qui connut une (r)évolution notable à partir de leur album The Sheepdogs (2012) avec l’arrivée à la production de Patrick Carney, le batteur des Black Keys qui leur a permis de mettre un pied dans le XXIème siècle sans pour autant dévoyer leur identité.

Changing Colours se souvient de tout cela et nous offre, en dix sept titres (excusez du peu), une promenade dans tout ce que la musique en langue anglaise a pu nous offrir de mieux entre l’avènement du flower power et l’explosion des jam bands tout en n’oubliant pas que l’action du film se situe à l’ère d’internet et des smartphones avec écouteurs bluetooth.

Ainsi, le titre d’ouverture Nobody réussit la parfaite synthèse entre un blues rock millésimé mâtiné d’une légère couche de musique country et un son résolument contemporain tant dans sa production que dans son exécution. Guitares en avant, un orgue discret qui sait cependant se rendre indispensable et la voix d’Ewan Currie mixée avec juste ce qu’il faut de reverb suivant les préceptes édictés par les Black Keys en leur temps, et vous obtenez un cocktail aussi savoureux qu’efficace.

I’ve Got a Hole Where My Heart Should Be enchaîne en durcissant le ton, ambiance plus zepelinienne en conservant cette petite touche sudiste avant de lâcher les chevaux sur Saturday Night, pur rock n’ roll soutenu par des guitares arides que n’auraient pas renié les petits gars d’AC/DC à leurs débuts. Trois titres et déjà trois styles différents ? Attends, ce n’est pas fini !

Si Let It Roll s’enracine clairement dans une country music au classicisme absolu, The Big Nowhere s’aventure sur les terres de la soul, avant qu’I Ain’t Cool n’enfonce le clou en mode rhythm n’ blues urbain.

Histoire de rendre le voyage un peu plus intéressant, les Sheepdogs s’amusent également à créer un patchwork de titres, mêlant plusieurs chansons entre elles (Cool Down/Kiss the Brass Ring) au moyen de parties instrumentales qui rappellent, sans toutefois en faire des tonnes, qu’en plus d’être de brillants songwriters, ils sont également d’excellents musiciens.

Ce procédé donne à l’ensemble du disque une impression d’unité que la diversité des styles et des titres aurait pu mettre en péril. Ainsi, de Born a Restless Man à Run Baby Run qui clôt l’album, c’est six chansons qui peuvent s’appréhender comme un seul morceau aux variations harmonieuses se répondant entre elles ! Du grand art.

Un petit mot pour conclure sur I’m Just Waiting for My Time, petite « symphonie de poche » pour reprendre l’expression chère à Brian Wilson, douce complainte à la structure complexe soutenue par un mélange de cordes, la présence d’un mellotron du plus bel effet et une ambiance qui n’est pas sans évoquer Pink Floyd période Animals. Rien que ça.

Au final, Changing Colours est un album d’une incroyable richesse, probablement le plus abouti de la carrière des Sheepdogs qui méritent décidément une reconnaissance bien plus importante que celle dont ils jouissent actuellement. Peut-être l’un des secrets les mieux gardés du rock d’aujourd’hui…

 

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