#Critique This Is Us, Je s’appelle Nous.

#Critique This Is Us, Je s’appelle Nous.

Note de l'auteur

Le petit miracle de NBC manque un peu sa sortie, mais reste malgré tout l’une des plus belles nouveautés de la rentrée.

© Ron Batzdorff/NBC

© Ron Batzdorff/NBC

Il n’existe pas de baromètre parfait pour mesurer l’impact d’une série, mais les réseaux sociaux constituent une chambre de résonance acceptable. Les œuvres gagnent ainsi une autre vie, une vie par procuration. On a beaucoup pleuré avec This Is Us. Chaque épisode suscitait sa petite confession d’une larme versée ou de gros sanglots. Une sorte d’extase générale, soulignant l’impact universel que constitue la vie d’une banale famille américaine. Les Pearson incarnent la perspective de passer un doux moment, ce qui n’empêchera pas la série d’être douloureuse. Semaine après semaine, nous prenons notre dose de beaux et nobles sentiments dans une ambiance vaporeuse et rassurante.

Au-delà de l’aspect émotionnellement juste de la série réside l’idée d’une œuvre très pensée, presque cartésienne dans son approche du mélodrame familial. This Is Us n’est pas une série qui étudie le genre pour le dépasser, elle le réfléchit pour mieux éviter ses pièges. C’est ainsi que son auteur, Dan Fogelman, a imaginé un dispositif narratif pour contrer les écueils réguliers du drame. Sa botte secrète ? Une utilisation malicieuse du temps comme moyen d’aérer le récit, créant aussi bien du vide, des ellipses, que resserrant la narration. D’un côté, il dilue, de l’autre il contracte, entre les deux, il s’offre le luxe de picorer. Il y a donc le présent qui fait bloc et un passé éclaté sur lequel les épisodes reviennent de façon sporadique et chronologiquement désordonnée, selon le principe classique du rétroéclairage. De ce champs/contrechamps spatio-temporel, Fogelman construit sa série selon un postulat déterministe. Mais un déterminisme nourri davantage par l’émotion que l’étude anthropologique.

© Ron Batzdorff/NBC

© Ron Batzdorff/NBC

La série nous interpelle avec son titre en forme de paradigme. Un « nous » comme l’union d’une famille très soudée, très complice malgré les vagues d’une existence un peu plus mouvementée que la moyenne ; un « nous » plus universel, renvoyant aux spectateurs son interjection bienveillante. Un « nous » intime et un « nous » général pour une communion où chacun peut vivre ses émotions de façon cathartique, que la série agisse par mimétisme ou qu’elle crée les conditions nécessaires pour nous faire fondre. Le caractère événementiel de This Is Us réside dans son savoir polymathique de nos cordes sensibles, qu’elle joue avec le naturel du mélodrame. Avec une croyance quasi aveugle, elle puise dans un romanesque familial qu’elle caresse sans embrasser tout à fait. Cette retenue ou cette distance désarme la série de tout excès, l’entraînant dans une marche où elle peut flâner en quête de ces moments qui nous feront chavirer. Et ils sont nombreux.

La facilité avec laquelle la série a su convaincre ses spectateurs rend d’autant plus incompréhensible son unique faux pas : sa conclusion. L’épisode n’est pas raté et même très juste pour exprimer avec simplicité l’imprévisibilité du destin. La rencontre inopinée entre Jack et Rebecca, au détour de rendez-vous manqués. Son épure habituelle conduit à cette forme d’évidence, tout est très écrit et en même temps coule de source. On retrouve l’écriture habituelle, sa petite musique aux mélodies qui se renvoient dans le temps. Une opposition harmonique dans laquelle s’est construite la voix de la série. Mais pour la première fois, Dan Fogelman a avancé masqué, truquant légèrement le résultat d’une attente qu’il avait placé dans l’épisode précédent : la mort de Jack. En évitant d’y répondre (et quand bien même la résolution ne nous brûle pas d’impatience), le season finale se soumet au sentiment déceptif. Une faute d’autant plus amère qu’elle intervient après deux épisodes incroyables, tsunami émotionnel porté par des acteurs touchés par la grâce. Revenir à l’intimité du couple Pearson était une bonne idée, laisser planer la tragédie familiale pour s’y dérober au dernier moment rend l’exercice roublard et un peu malhonnête.

© Ron Batzdorff/NBC

© Ron Batzdorff/NBC

Cette déception ne doit pas venir ternir l’image d’une saison exceptionnelle. Avec une simple histoire de famille, Dan Fogelman est parvenu à fédérer une large audience (12,6 millions pour le final). This Is Us n’est pas une série révolutionnaire, elle a le goût de l’artisanat et du travail bien fait. Une belle histoire, de beaux personnages, des acteurs fabuleux, un accompagnement musical au diapason, les ingrédients sont classiques, la recette simple et le résultat aurait pu être éculé. Ce sera l’une des meilleures séries de la saison et elle est diffusée sur NBC. Qui a dit que les miracles n’existaient plus ?

THIS IS US (NBC et CANAL + en France)
Créé par Dan Fogelman
Avec Milo Ventimiglia, Mandy Moore, Sterling K. Brown, Chrissy Metz, Justin Hartley, Susan Kelechi Watson, Ron Cephas Jones, Chris Sullivan,…

Partager