#Critique To the Abandoned Sacred Beasts (T.01 & 02)

#Critique To the Abandoned Sacred Beasts (T.01 & 02)

Note de l'auteur

En ce mois d’octobre, l’éditeur Pika dégaine les deux premiers tomes de son nouveau seinen fantastique, le bien nommé To the Abandoned Sacred Beasts. Un récit guerrier et crépusculaire dans lequel hommes et divinités coexistent et qui, dans une certaine mesure, n’est pas sans rappeler un autre titre-phare de l’éditeur, L’attaque des Titans de Hajime Isayama. Aux commandes de ce nouveau titre qui comptera cinq tomes, on retrouve le duo Maybe, auteur de Tales of Wedding Rings et Dusk Maiden of Amnesia. Ces deux premiers tomes sont relativement convaincants même si quelques éléments paraissent maladroits ou un peu trop vite pliés. Reste un début de récit original qui tente de développer sa propre mythologie et de se construire une identité qui lui est propre. Et compte-tenu de la masse de titres qui se ressemblent, bien incapables de se démarquer, c’est déjà pas si mal.

 

En des temps immémoriaux où la guerre faisait rage et divisait le pays, l’armée du nord créa de nouveaux guerriers exceptionnels grâce à une technique interdite. Ainsi, naquirent les Divins, des hommes et des femmes ayant accepté de renoncer à leur forme humaine pour devenir des créatures mythologiques. Minotaure, Spriggan, Béhémoth ou encore Gargouille, chacun d’entre eux était unique et possédait une force incroyable. Cependant, la guerre prit fin sans que les Divins puissent faire valoir leur incommensurable puissance, et lorsque ces derniers tentèrent de rentrer chez eux, ils furent accueillis par une population apeurée qui ne voyait en eux que des monstres. Alors qu’ils avaient offert leur humanité pour sauver leur proche, ils devinrent des créatures rejetées de tous, contraints de vivre une vie de solitude et de désillusions. Charlotte Bancroft n’est autre que la fille du Divin, John William Bancroft. Le jour où elle tombe sur Hank, commandant en chef des Divins et accessoirement, celui qui a tué son père, la jeune fille compte bien se venger. Oui mais voilà, Hank, Divin lui-même, n’est pas un être que l’on peut tuer aussi facilement. Et très vite, peut-être un peu trop, Hank et Charlotte vont sympathiser et faire un bout de chemin ensemble. La mission de Hank : trouver et tuer les derniers Divins restants qui n’ont plus de raison d’être depuis la fin de la guerre. Le lecteur, tout comme Charlotte, va découvrir que derrière leurs apparences monstrueuses, se cachent des blessures et bien qu’ils n’en aient plus l’apparence, ils restent avant tout humains.

 

À mi-chemin entre la dark fantasy pour son ambiance et son bestiaire et le western pour son décor et ses vastes étendues, To the Abandoned Sacred Beasts façonne un monde aussi sombre que violent. La guerre a beau être terminée, les conditions de vie dans certains endroits sont toujours aussi dures et un sentiment de colère gronde. De son côté, la jeune héroïne à la recherche de l’assassin de son père est elle aussi animée par une colère sourde, une rancœur tenace envers ce monde qui l’a privée de son père. Le petit bémol réside dans le fait qu’elle abandonne un peu trop vite ses intentions vis-à-vis de Hank. En quelques pages seulement, elle passe d’une soif de vengeance à une forme d’affection pour lui et c’est un peu dommage que cela se fasse aussi précipitamment. Dès lors qu’ils prennent la route ensemble, on en apprend un peu plus sur les Divins, ces êtres destinés à perdre la raison. À chaque rencontre avec l’un d’entre eux, on découvre une de leurs facettes et très vite, on entrevoit leur humanité. Solitude, exclusion, repli sur soi, paranoïa ou encore désir inassouvi, ils sont tous meurtris, déboussolés, tentant de survivre dans un monde hostile. De héros divins, ils sont passés à divinités déchues et c’est là-dessus que le duo d’auteurs appuie. Comme souvent dans le manga, ils mixent différents mythes, convoquant aussi bien des créatures bibliques, que de la Grèce antique ou encore de la culture celte.

 

Dans le second tome, les auteurs passent à la vitesse supérieure, introduisant le personnage de Kane, un ancien membre de l’unité des Divins. Celui-ci a trouvé refuge dans la petite ville de Whitechurch et ne semble pas ravi que la guerre ait pris fin. La rivalité entre Hank et Kane semble alors être un enjeu de premier ordre et la fin du second tome confirme cette tendance. Il semblerait que cette chasse divine n’ai pas encore dévoilé tous ses secrets et il paraît bien difficile de savoir où nous mènera la suite. Concernant le dessin, l’ensemble est soigné et de bonne facture. Le trait est fin, le chara-design inspiré. Cependant, on peut regretter un manque flagrant d’arrière-plans. Quand ils s’en donnent la peine, les auteurs nous offrent de beaux décors mais la plupart du temps, ils se contentent de trames grises, voir carrément de vide. Manque d’inspiration, fainéantise ou volonté artistique (mouais…), toujours est-il que cela est un peu dommage. Pour le reste, pas grand-chose à redire, c’est assez maîtrisé. En deux tomes, To the Abandoned Sacred Beasts est parvenu à affirmer sa tonalité et sa singularité. Reste à voir la suite qui s’annonce plutôt énervée. Un bon début !

 

To the Abandoned Sacred Beasts (T.01 & 02)
De Maybe
Édité par Pika

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