#Critique Toukiden 2: Attack on Demons

#Critique Toukiden 2: Attack on Demons

Note de l'auteur

La célèbre licence Monster Hunter a lancé depuis une dizaine d’années des millions de joueurs sur les traces de monstres gigantesques. Ultra populaire au Japon, la série s’est rapidement imposée comme l’un des titres phares des consoles portables de Sony et Nintendo. Petit à petit, les Occidentaux sont également venus grossir les rangs des chasseurs. Devenus un genre à part entière, les Monster Hunter -like ont fleuri un peu partout, chaque nouvelle licence tentant une approche un peu différente. Profitant de l’engouement des joueurs pour la chasse virtuel, le studio Omega Force, à l’origine des légendaires Dynasty Warriors, nous a livré avec Toukiden sa vision du genre. Tout d’abord sorti en 2013 sur PS Vita, le jeu débarque un peu plus tard sur PS4 dans une version 1.5 sous le nom de Toukiden : Kiwami. Bien accueillie par la critique, la nouvelle licence de Koei Tecmo est un véritable carton au Japon, mais éprouve quelques difficultés en Occident à cause du faible parc installé de PS Vita. Pour ma part, j’étais à mon grand dam passé à côté du premier opus. La sortie de Toukiden 2 était donc l’occasion parfaite pour une session de rattrapage.

Kurosaki Ichigo, au rapport !

Plutôt qu’un monde de fantasy occidental, le studio Omega Force a préféré rester fidèle à ses racines en mettant en scène une version alternative du Japon féodal. Très inspiré par la mythologie nippone et le shintoïsme, Toukiden 2 nous raconte l’invasion massive de la Terre par des démons. Ces monstres, connus sous le nom de « Onis », se nourrissent des âmes humaines et étaient jusque là combattus à l’abri des regards par une organisation secrète, les « Slayers ». Mais face à cette nouvelle invasion à grande échelle, ces guerriers ont dû sortir de l’ombre pour essayer tant bien que mal d’endiguer la progression des Onis et protéger le reste de la population. Par son univers et son combat millénaire entre des démons et des chasseurs, Toukiden 2 ressemble curieusement au manga Bleach.

c7aq5ogwwae5frwDe la même manière que le manga Attack on Titans, c’est à partir du village de Mahoroba, bastion de l’humanité, que partent les expéditions des slayers pour essayer petit à petit de reconquérir les terres perdues. En dehors du village, le monde est encore infesté par les Onis et par un miasme ambiant qui agit comme de la radioactivité, et auquel une longue exposition peut être mortelle. En plus de devoir découper du démon, les slayers doivent donc également purifier les terres corrompues pour les rendre de nouveau vivables. Évidemment, le joueur rejoint les rangs des slayers et fera petit à petit la lumière sur son passé. Si j’attendais surtout Toukiden 2 sur son gameplay, je dois avouer que son scénario est une agréable surprise. En lorgnant du côté des Visual Novels pour la narration, Omega Force n’hésite pas à intégrer beaucoup de dialogues pour en apprendre davantage sur l’univers du jeu. Tout au long de l’aventure, le joueur fera d’ailleurs la rencontre de nombreux personnages, qui pourront soit nous donner des quêtes, soit rejoindre pendant un certain temps de notre petite bande. Même si ce n’est pas parfait, je salue les efforts des développeurs pour nous donner non seulement une histoire intéressante, mais aussi un univers cohérent et vivant.

Un pot pas si pourri que ça

À la frontière entre un Dynasty Warriors et un Monster Hunter, Toukiden 2 mélange avec brio plusieurs genres du jeu vidéo. À la fois Action RPG et Muso (mix entre Hack’n slash et Beat’all), cette suite met toujours en avant des combats dantesques contre des monstres avec toutefois une nouveauté de taille : son Open World. Plutôt bien fichu, le monde ouvert de Toukiden 2 est dans l’idée assez proche de Mass Effect : Andromeda, c’est-à-dire un système de grandes zones ouvertes connectées par un hub principal, en l’occurrence le village de Mahoroba. Au fur et à mesure de la progression dans l’histoire du jeu, les zones sont débloquées. On sent néanmoins que l’aspect Open World n’est pas encore complètement maîtrisé par Omega Force, notamment pour la qualité du level design qui est trop inégale. Un peu comme Final Fantasy XV (critique ici) qui enchaîne niveaux gigantesques véritablement ouverts et passages couloirs, l’open world de Toukiden 2 apporte un vrai plus à l’expérience du jeu, mais aurait pu être encore meilleur.

Après avoir créé votre personnage de A à Z, le jeu vous fait commencer au tout début de l’attaque des Onis sur la grande ville portuaire de Yokohama. Pendant cette bataille, le joueur se retrouve avec d’autres slayers pour combattre au milieu des ruines et des flammes. Après avoir défait sur la plage un ennemi particulièrement imposant, un Oni gigantesque fait soudainement son apparition. Happé dans un vortex ouvert par le démon, l’avatar du joueur se réveil amnésique près du village de Mahoroba. Dix longues années se sont écoulées depuis la bataille de Yokohama, et il semblerait que les Onis aient remporté la victoire. Heureusement, toute l’humanité n’a pas encore sombré et on comprend assez rapidement que le grand village montagnard est un îlot de résistance.

C’est après cette courte introduction, que commence véritablement le jeu. Mahoroba, le village de montagne, fera durant tout le jeu office de hub avec ses forgerons, ses marchands, ses restaurants et ses temples, et leur joueur y débloquera également des quêtes et autres contrats d’élimination. Outre l’histoire principale qui est relativement intéressante, les missions secondaires sont assez réussies et encouragent l’exploration du monde ouvert imaginé par Omega Force. Plus encore que l’exploration, s’il y a bien une chose qui motivera les joueurs, c’est la course aux ingrédients rares et l’amélioration constante de leurs armes et armures. Tout le cœur de Toukiden 2 est en l’occurrence basé sur le leveling de son équipement à travers la recherche des matériaux et le crafting. Rassurez-vous, tous les types de combattants seront récompensés puisqu’au final le jeu propose pas moins de onze types d’armes (arc, arquebuse, sabre, gants de fer, masse d’arme, lance, fouet, couteaux et le combo épée courte + bouclier).

À la fois plus nerveux et moins tactiques qu’un Monster Hunter, les combats dans Toukiden 2 sont surtout accessibles pour les néophytes du genre. Face aux grosses bestioles, le joueur devra s’armer de patience et essayer de comprendre le pattern de chaque monstre. En plus des amateurs de Monster Hunter-like, les habitués de la série Dark Souls (critique ici) seront ici en terrain familier. Pour plaquer au sol les ennemis et les achever, il faudra d’abord frapper les différents membres jusqu’à découper en tranches de jambon le pauvre Oni. Chaque membre des démons est important à récupérer, puisque ces derniers servent d’ingrédients dans la fabrication d’objets et l’amélioration de son équipement. Plutôt que le leveling du personnage, Omega Force propose donc un gameplay intelligent qui met énormément en avant la préparation en amont via le crafting, le choix des armes et les skills du joueur pendant les combats.

combat_02Une grosse nouveauté de Toukiden 2 par rapport à son prédécesseur est la Main Démoniaque, une sorte de grappin magique qui permet de se propulser au sommet d’un monstre pour lui couper la tête ou les ailes en réalisant des combos dévastateurs. Très fluide et spectaculaire, cette mécanique m’a fait penser au wrap de Noctis dans Final Fantasy XV. Si la prise en main est assez facile, la courbe de progression reste, elle, importante. Les amateurs de Monster Hunter ou God Eater n’auront aucun mal à se familiariser avec les mécaniques de combats. Pour les autres un petit temps d’adaptation sera nécessaire. Il faudra par exemple bien jauger sa barre d’endurance pour éviter les coups, savoir sprinter ou exécuter une roulade au bon moment, bref une attention de tous les instants sera nécessaire. Croyez-moi, l’action frénétique ne vous laissera jamais de répit ! Un petit moment de flottement, et vous voilà propulsé dans les airs crachant du sang.

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En plus des monstres qu’il va falloir chasser pour récupérer des ingrédients, le joueur devra aussi se mettre en quête de « Mitamas », des esprits d’anciens héros tombés au combat. Pour les récupérer, rien de plus simple, il faudra éliminer encore plus d’Onis. Les mitamas sont intéressants à collectionner, puisqu’ils rajoutent des pouvoirs actifs, techniques spéciales et buff temporaires au personnage. La particularité de notre héros dans l’univers du jeu, c’est qu’il peut s’équiper avec trois mitamas en même temps : l’un pour l’arme, l’autre pour l’armure et le dernier pour la main démoniaque. Le monde fourmille de mitamas uniques, offrant ainsi d’infinies possibilités de combinaisons et permet ainsi au joueur de personnaliser au maximum son style de jeu : soutien, soin, combat à distance ou au corps à corps. Sur cet aspect, tout en restant un Beat’em all Toukiden 2 intègre avec brio les codes classiques du RPG voire du MMO.

Clairement Toukiden 2 ne brille pas pour ses graphismes, du moins sur PS4. Techniquement moyen sur la console de salon, le jeu est à l’inverse impressionnant sur PS Vita. Omega Force a su compenser une réalisation technique en demi-teinte en proposant une direction artistique qui fait honneur aux paysages enchanteurs du Japon. La musique n’est pas en reste et accompagne parfaitement notre voyage pas si paisible que ça à travers le Pays du Soleil Levant. Seul petit bémol, le jeu souffre du même syndrome que Yakuza 0 (critique ici), c’est à dire une localisation du pauvre avec uniquement des sous-titres en anglais. Même si je comprends que sortir des jeux japonais en occident soit toujours un pari risqué, il est quand même dommage de voir que Koei Tecmo ne propose même pas des sous-titres dans la langue de molière.

Conclusion

Toukiden 2 est une parfaite porte d’entrée dans ce genre si particulier. Si vous faites partie des joueurs intéressés par les Monster Hunter, mais que vous avez toujours hésité, le temps est venu de sauter le pas. Le gameplay est particulièrement soigné et satisfera petits nouveaux comme amateurs. Les développeurs auraient pu se contenter d’enrober le tout dans un monde fantasy lambda, mais ils en ont décidé autrement. L’univers de Toukiden 2, à travers sa direction artistique et sa musique, dégage une identité qui lui est propre. Il est vrai que le jeu n’est pas exempt de défauts, mais ils pèsent bien peu face aux nombreuses qualités et bonnes idées de ce nouvel opus. Au final, le dernier titre d’Omega Force n’a pas à rougir de la concurrence et se pose déjà comme une référence parmi les Monster Hunter-like.

Toukiden 2

Développeur : Omega Force
Éditeur : Koei Tecmo
Prix : 60 euros

 

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