#Critique Tu n’auras pas peur : aucune chance, en effet

#Critique Tu n’auras pas peur : aucune chance, en effet

Note de l'auteur

Un serial-killer qui reproduit des scènes de mort du passé. Une journaliste qui bosse pour un tabloïd version Web. Un vieux briscard de la presse qui survit tant bien que mal. Des flics, des témoins, Londres… Du classique et du lourd. Un peu trop lourd d’ailleurs : tout ça manque singulièrement d’intensité et de nervosité.

Tu_naura_pas_peur_DOS_3.inddL’histoire : La jeune journaliste Lynn Dunsday enquête sur une série de crimes reproduisant des scènes de mort documentées, notamment l’accident qui causa le décès d’Otis Redding. Avec Trevor Sugden, un vieux de la vieille du journalisme, et Andrew Folsom, de Scotland Yard (et accessoirement son amoureux), elle part sur les traces du serial-killer.

Mon avis : Le premier tiers du livre parvient plutôt bien à entretenir l’intérêt du lecteur, avec un style plutôt travaillé et un évitement des écueils du genre. Un thriller doublé d’un discours sur les médias, par quelqu’un dont c’est le rayon (Michel Moatti est docteur en sociologie des médias et ex-journaliste lui-même), c’était plutôt séduisant a priori. Et, dans un premier temps, cela fonctionne.

À partir de la page 150 environ, le récit s’alourdit de longs dialogues sur les médias et leur influence (ou leur absence d’influence) sur la société, la perception de la réalité, la criminalité, sur leur moralité (ou leur absence de moralité). D’interminables discours sur la différence entre Web et papier old school, entre journalisme et voyeurisme, entre presse d’investigation et médias de caniveau.

La narration ne parvient malheureusement pas à contrebalancer cette forme de lourdeur et d’évidence (OK, on a compris, l’auteur veut dire des choses sur les médias modernes) par une histoire réellement palpitante, des rebondissements vraiment inattendus, un style particulièrement époustouflant. Tout cela s’épuise assez rapidement dans une suite d’avancées assez molles et prévisibles. Jusqu’à un final dont on se désintéresse. Reste un livre pas trop mal écrit dans l’ensemble, mais dont l’approche aurait mérité davantage d’originalité et de finesse. Et moins de clichés (« Il savait que sa vie se ferait avec cette femme », vraiment ?).

Si vous aimez : Les bons vieux thrillers vendus au kilo. Les histoires de serial-killers qui n’électrisent pas trop le lecteur. Les brumes de Londres, les réflexions (pompeuses) sur les médias et l’art contemporain, et la relation d’une histoire d’amour pas vraiment crédible.

Michel Moatti

Michel Moatti

Autour du livre : C’est le 4e thriller de Michel Moatti, qu’il a assis sur une histoire vraie proprement glaçante. À la limite, la postface où il raconte la genèse de son livre est plus intéressante que celui-ci…

Extrait : « Trevor Sugden était attablé à la manière d’un vieil aristocrate dans son club, devant une des larges fenêtres sérigraphiées de la salle principale du Green Man. Il avait devant lui un grand mug de café, un plateau de muffins largement attaqué, des ginger cakes et une liasse de papiers empilés. Lynn remarqua à quel point il avait le teint pâle, presque aussi gris qu’un tas de cendres. (…) Lynn sentit, comme chaque fois qu’elle retrouvait Trevor Sugden, à quel point elle aimait son vieux confrère. Comme un père. Une sorte de père. Mais aussi comme un copain, un copain discret, aussi calme que brillant. Et elle regretta soudain de ne pas être née trente ans plus tôt. »


Tu n’auras pas peur
Écrit par
Michel Moatti
Édité par HC Éditions

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