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#Critique Twin Peaks et ses mondes : le père et ses doubles

#Critique Twin Peaks et ses mondes : le père et ses doubles

Note de l'auteur

Twin Peaks, la série, le film, les livres, le retour de la série, le réseau culturel et esthétique, la descendance infinie : l’œuvre séminale de David Lynch et Mark Frost n’a pas fini de produire du sens et du son, de l’image et du bruit. Jean Foubert en explore avec style certaines dimensions.

L’histoire : Cet ouvrage de Jean Foubert explore les réseaux tissés autour de Twin Peaks et de Twin Peaks, la petite bourgade du nord-ouest de l’État de Washington et la série/film/série créées par Mark Frost et David Lynch. L’auteur, historien de l’art et du cinéma, explore les dimensions culturelles et esthétiques de cette œuvre parmi les plus séminales, dans un ouvrage dense, d’une belle profondeur d’analyse et tout à la fois très personnel – l’auteur a lui-même grandi avec Twin Peaks.

Mon avis : Dense, Twin Peaks et ses mondes l’est résolument. Parfois trop, sans doute, à tel point qu’on peut se demander si certaines phrases n’exigent pas, du lecteur, qu’il ait décroché un doctorat préalable à toute tentative de compréhension : « Non de ce qu’on ne filme pas, mais de ce qu’on ne peut pas filmer et qui ne se reconnaît qu’à l’instant où se fait l’expérience de ce que la réalité possède un débord qui est le vide sur fond duquel elle se produit. Le mouvement d’expansion déclenché par le très gros plan ouvre dans la direction d’un infini dont le plein avènement est empêché par la limite matérielle du cadre contre laquelle il bute. »

Restent d’étonnants passages et un élargissement du scope plus qu’intéressant. Jean Foubert convoque Edward Hopper, Jacques Tourneur, Stanley Kubrick, Don Siegel (L’Invasion des profanateurs de sépultures et son « monde menacé par son simulacre », selon la belle expression de Jean-Baptiste Thoret), Roger Caillois, Dali et Buñuel, etc.

Parmi les dimensions explorées par l’auteur, on peut citer la dualité paternelle jour/nuit : « Tout comme Dorothy Vallens dans Blue Velvet, Laura Palmer obéit aux pressions contraires de la structure patriarcale du village. Son personnage est ainsi fait qu’il en dénonce la profonde incohérence et le caractère bicéphale. La nuit, le père voudrait qu’elle soit la petite pute accro au sexe et à la drogue, le jour, la jeune fille modèle et dévouée qui livre bénévolement des repas à domicile. Ces portraits de femme sont stéréotypés et irréconciliables. Les sphères du public et du privé sont divorcées, fracturées. »

BOB.

Quant au champignon atomique en première de couverture, il faut se rendre à la page 41 pour en avoir un début d’explication (du moins, si l’on n’a pas encore vu la 3e saison) : « La mélopée dissonante et grave composée par Krzysztof Penderecki en hommage aux victimes d’Hiroshima épouse le déroulé ralenti, assourdi et pesant du big bang atomique qui secoue l’erg immense et schisteux de White Sands le matin du six juillet 1945. Vu des nuages, le cataclysme dure un temps infini. Le sol tremble et moutonne. Un champignon de poussières incandescentes s’élève dans la direction du ciel. BOB, l’esprit du mal, naît dans le feu entropique de la combustion interne. Pierre-Yves Pétillon écrit qu’un scénario eschatologique a toujours tramé les fils du récit américain. D. Lynch remonte aux origines du drame pour y isoler sa finalité apocalyptique. » Référence aussi aux Profanateurs de sépulture de Don Siegel, et à cette fascination pour cet instant où tout bascule, tout change et tout finit.

Si vous aimez : D’évidence, la galaxie Twin Peaks, mais aussi les livres riches au risque d’être obscurs. Celui-ci est l’un de ceux que l’on devra probablement lire et relire encore pour en épuiser partiellement les offrandes.

Twin Peaks et ses mondes
Écrit par Jean Foubert
Édité par L’Harmattan

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