• Home »
  • BOOKS »
  • #Critique Un abécédaire de la fantasmagorie : variations sur l’animation
#Critique Un abécédaire de la fantasmagorie : variations sur l’animation

#Critique Un abécédaire de la fantasmagorie : variations sur l’animation

Note de l'auteur

Dans ce 3e volume de son Abécédaire de la fantasmagorie (fort justement sous-titré Variations), Pascal Vimenet continue d’explorer le cinéma d’animation dans ses facettes multiples, au moyen d’articles pointus et d’inédits assez passionnants.

L’histoire : Le cinéma d’animation est à l’honneur dans ce 3e avatar de son Abécédaire de la fantasmagorie : après Prélude en 2015 et Suite en 2016, voici Variations. Où l’auteur continue de compiler ses articles (dont certains sont inédits, parus sur plus de trois décennies, de 1985 à 2017), très pointus, très riches. Avec les faiblesses et les forces de sa dimension kaléidoscopique.

Mon avis : Troisième tome d’une série (abécédaire plutôt qu’encyclopédie) consacrée au cinéma d’animation, ces Variations prolongent la compilation d’articles publiés et d’inédits rédigés par Pascal Vimenet. Expert de cette forme de création, l’auteur est écrivain de cinéma, réalisateur et enseignant spécialisé en esthétique et en histoire.

Ce volume contient certains inédits assez passionnants, tel cet entretien mené avec René Laloux à la sortie de son film d’animation Gandahar, adapté d’un roman de Jean-Pierre Andrevon avec l’illustrateur Philippe Caza, dans les années 1980. Pascal Vimenet avait rencontré le maître français dans son appartement du Xe arrondissement de Paris. « Les délais de production étant très courts – ce qui était d’ailleurs dangereux –, on a dû le faire simultanément en enregistrant et en essayant de remettre en cause toutes les idées du film, le plus logiquement possible, pour que tout cela arrive très bien, qu’il n’y ait pas d’erreurs, pas de facilités, pas d’idées paresseuses », indiquait alors René Laloux. « Il s’agissait d’être infidèle d’une façon intelligente. Est-ce qu’on l’a été ? Ça je n’en sais rien. »

De grands noms comme ceux de Laloux et de Paul Grimault (Le Roi et l’oiseau) sont évidemment de la partie, mais pas seulement, loin de là. C’est d’ailleurs l’une des forces du livre de Pascal Vimenet : emmener le lecteur non averti vers des territoires insoupçonnés ; des noms inconnus de lui, auxquels il n’aurait peut-être jamais (ou difficilement) eu accès autrement. Et l’on se prend, au fil des pages (que l’on peut consulter dans l’ordre des entrées numérotées, au hasard du feuilletage ou de l’index en fin de volume), à découvrir des univers, des noms comme Jan Svankmajer (dont on rêve de voir l’Alice) et Jiri Barta et leur version du mythe du Golem (respectivement La Leçon Faust et Le Golem), entre autres. Il ne faut d’ailleurs pas hésiter à partir de ses goûts propres (Lynch ? Lovecraft ?) pour définir la ligne de départ, avant de se perdre volontairement et voluptueusement dans ce labyrinthe thématique.

Bien entendu, la dimension « récolte de fragments » a son revers. La date de publication n’étant pas mentionnée en tête d’article, mieux vaut consulter la notice pour la connaître avec précision. Un exemple : l’entrée n° 107 est consacrée à Gandahar et débute par « Lorsque Gandahar est sorti sur les écrans en février de l’année dernière… » Il faut entendre « en février 1988 ». Une précision loin d’être anodine, 30 ans plus tard…

Pascal Vimenet

C’est à la fois la force et la faiblesse de ces Variations : leur variété, leur précision, leur côté pointu, les inédits en composent les atouts ; l’aspect parfois décousu, leur diversité exacerbée assumée, et ce soupçon d’incomplétude en forment les faiblesses. Reste un livre assez unique, que l’on devine complémentaire d’autres ouvrages plus construits et académiques.

Extrait : « Le mot et les définitions multiples qu’il [le concept de fantasmagorie] recouvrait agissaient comme un aimant dès lors que je voulais sérier l’objet cinéma d’animation. Il en était le plus petit commun dénominateur. Il était à la fois image-temps et image-mouvement. Et il permettait de tisser discrètement les liens qui les liaient à toute l’histoire de la création artistique. C’est évidemment un dialogue in petto que je poursuis dans les nouveaux textes présentés. L’organisation kaléidoscopique des trois ouvrages donne donc à voir les facettes multiples que peut revêtir le cinéma d’animation. »

Un abécédaire de la fantasmagorie – Variations
Écrit par Pascal Vimenet
Édité par L’Harmattan

Partager