#Critique : une faim de Drew (Santa Clarita Diet / Netflix)

#Critique : une faim de Drew (Santa Clarita Diet / Netflix)

Note de l'auteur

La deuxième saison de Santa Clarita Diet a été diffusée voici une semaine tout rond sur Netflix. Une nouvelle fournée de 10 épisodes toujours aussi bien écrits, énergiques et gore juste ce qu’il faut. Un véhicule parfait pour Drew Barrymore et Timothy Olyphant.

La première saison de Santa Clarita Diet, créée par Victor Fresco pour Netflix, avait ce je-ne-sais-quoi de Desperate Housewives meets The Walking Dead qui tiltait instantanément. Pas sûr que la série survive à la deuxième saison lâchée comme un troupeau de non-morts sur des spectateurs en victimes consentantes. Pas question de bouder son plaisir, cependant, tant le feu d’artifice est permanent.

Les acteurs, d’abord, sont excellents, Drew Barrymore en tête. Cette vieille spécialiste des films d’horreur et fantastique – Altered States à cinq ans, E.T. à sept, Firestarter à neuf, Cat’s Eye à dix, et bien sûr Scream à vingt-et-un ans, sans oublier qu’on lui doit la sortie en salles de Donnie Darko, ce qui lui vaut notre reconnaissance éternelle – est en terrain connu. Ceci dit, la dimension gore de la série n’est qu’une facette supplémentaire du comique, un motif prétexte à surprises burlesques et répliques décalées. Un motif surtout présent pour souligner le propos réel : comment une famille, dans un monde où le lien social se désagrège, lutte pour rester soudée.

L’appétit insatiable de Sheila Hammond (Barrymore, donc), son besoin d’absorber l’autre ne revêtent pas ici les atours d’une critique de la société de consommation comme on peut en trouver dans Last Man on Earth, par exemple. Il s’agit surtout d’un besoin de vivre plus intensément, plus sincèrement aussi. D’abandonner ses peurs et ses blocages, de sortir du train-train quotidien, de voir le monde avec une acuité retrouvée. Et, en affrontant l’adversité (le risque permanent d’être découverte et emprisonnée, voire pire, étudiée et disséquée comme une espèce étrange et menaçante), de redécouvrir l’instant. Et l’autre.

Car Barrymore n’est pas seule en piste. Timothy Olyphant (Scream 2, tiens tiens, mais surtout Deadwood) est parfait dans le rôle de Joel, mari de Sheila. Support inconditionnel de son épouse, cet agent immobilier à la recherche désespérée d’une « petite journée sans histoire » a le côté dense et burlesque d’un Billy Bob Thornton ou d’un George Clooney en version Cohen Brothers. Le couple est secondé par leur fille Abby (Liv Hewson, déjà croisée dans Top of the Lake 2) et leur voisin Eric (Skyler Grisondo).

Les répliques fusent sans vrai temps mort, mais surtout – et c’est encore plus appréciable – sans recourir aux clichés du genre ni aux excès référentiels. Santa Clarita Diet joue sur le 2e et le 3e degré sans effort. Même dans sa construction, elle recèle de belles choses cachées. Le début de la 2e saison répond ainsi en miroir au début de la 1ère, sans que cela soit trop appuyé. Elle n’a pas (encore ?) adopté ce rythme banalisant de la sitcom que Desperate Housewives a pu afficher au bout de quelques saisons.

On s’identifie d’emblée à la famille Hammond. Sans doute parce qu’elle répond, avec humour et finesse, à des préoccupations très actuelles. Là où les grands classiques de la SF comme Invasion of the Body Snatchers ou The Thing parlaient en réalité de la guerre froide ou de la désintégration du noyau familial, Santa Clarita Diet appuie là où ça fait du bien. Sans être nunuche. Beau travail.

SANTA CLARITA DIET (Netflix) Saison 2 en 10 épisodes
diffusée sur Netflix le 23 mars.
Série créée par Victor Fresco.
Épisodes écrits par Victor Fresco, Clay Graham, Michael A. Ross, Chadd Gindin, Leila Cohan-Miccio, Ben Smith, Aaron Brownstein et Simon Ganz, notamment.
Épisodes réalisés par Ruben Fleischer, Mark Buckland et Ken Kwapis, notamment.
Avec Drew Barrymore, Timothy Olyphant, Liv Hewson et Skyler Gisondo.

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