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#Critique Valkyria Revolution : Qu’on lui coupe la tête !

#Critique Valkyria Revolution : Qu’on lui coupe la tête !

Note de l'auteur

Après une longue traversée du désert, le savoir-faire nippon en matière de jeux vidéo semble faire un retour en force depuis environ six mois. Des titres exceptionnels comme le dernier Zelda (critique ici), The Last Guardian (critique ici) ou encore le mystique Nier Automata (critique ici) ont fait le bonheur des joueurs nostalgiques de l’âge d’or du jeu japonais. Mais le chemin est encore long pour que le Made in Japan retrouve définitivement ses lettres de noblesse.

Rare rescapé de la génération PS3, le Tactical RPG Valkyria Chronicles était une perle acclamée par la critique, mais boudée par les joueurs. Malgré des ventes décevantes, SEGA a réédité son jeu sur PC et sur PS4 dans des versions remastered que je vous recommande chaudement. La licence Valkyria fait partie de ces nombreuses pépites nippones souvent sous-estimées, voire carrément oubliées en Occident. Après Valkyria Chronicles II et Valkyria Chronicles III en exclusivités sur PSP qui oscillaient entre le bon et le très bon, SEGA confie le développement d’un spin-off plus orienté action au studio Media.Vision. Valkyria Revolution est un choix curieux de la part de SEGA, très curieux même. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on voit un grand éditeur se tirer une balle dans le pied et tuer par la même occasion l’une de ses plus belles licences.

Valkyria Chronicles

 

Un univers riche et cohérent

valkyria chronicles IIIL’une des grandes forces de la licence est sans aucun doute son univers fantasy moderne et atypique qui s’éloigne le plus possible des classiques du genre. La série des Valkyria se déroule dans un monde alternatif et uchronique des années 30 qui n’est pas sans rappeler celui des animes Code Geass ou Full Metal Alchimist. À la fois similaire et différente, cette version fantaisiste de notre monde mélange technologie et alchimie tout en restant cohérente. La trilogie Valkyria Chronicles se concentre sur une Deuxième Guerre mondiale fictive entre deux grosses superpuissances : la Fédération Atlantique à l’ouest et l’Alliance Impériale à l’est. Tiraillée entre les deux blocs, la principauté indépendante de Gallia maintient tant bien que mal sa neutralité dans le conflit. Mais son importante réserve de Ragnite, un minerai utilisé comme source d’énergie dans les domaines militaires et industriels, attire les convoitises. L’Alliance Impériale finit par violer la neutralité de Gallia pour s’emparer des précieuses ressources minières. Dans le premier et troisième Valkyria Chronicles, l’histoire tourne autour de la milice et armée galliane dans son affrontement pour stopper l’envahisseur tandis que Valkyria Chronicles II met en scène la terrible guerre civile qui s’en est suivie deux ans plus tard.

Valyria Chronicles III

Valkyria-Revolution 9Pour son premier spin-off, le studio Media.Vision a préféré raconter une autre histoire en situant les événements de Valkyria Revolution bien avant ceux de Chronicles. Environ un siècle plus tôt, la Seconde Révolution industrielle bat son plein et c’est durant cette époque que le précieux minerai Ragnite est pour la première fois massivement utilisé dans les industries, notamment militaires. Exit le Royaume de Galia, Valkyria Revolution nous emmène plus au sud dans une autre région d’Europa. Le Royaume de Jutland souffre énormément du blocus économique imposé par l’Empire Ruzi (les méchants russes, décidément ils sont partout !). Étant avec Galia l’un des plus importants producteurs de Ragnite, le Royaume de Jutland est menacé par l’appétit grandissant de son voisin impérial. De plus en plus asphyxié économiquement par l’embargo et dos au mur, le petit pays n’a plus qu’un seul choix : la guerre.

Valkyria Revolution 2

Derrière cette guerre se cache en réalité un plan machiavélique orchestré par un petit groupe de personnes haut placées de Jutland. Dix ans avant le début de la guerre, l’Empire Ruzi était à la recherche d’anciens artefacts dans la région frontalière de Molda. Tout près des ruines d’un ancien temple se trouvait un orphelinat qui fut brûlé par l’Empereur Klaudiusz et ses généraux, laissant derrière seulement cinq survivants. Avec patience et méthode, le « Cercle des Cinq » réussit à occuper des postes clés dans la société de Jutland tout en préparant leur vengeance contre l’Empire. L’histoire de Valkyria Revolution prend intelligemment la forme d’une série de flashbacks lors d’une discussion un siècle plus tard entre un étudiant et son professeur sur les causes réelles de la guerre.

Valyria Revolution 8

 

Un anime générique pour l’été

Valkyria-Revolution 10Plus proche d’un visual novel qu’autre chose, Valkyria Revolution est principalement composé de très longues cinématiques, non seulement très mal animées, mais également soporifiques. La pauvre narration et l’écriture bancale ne font vraiment pas justice à l’histoire du titre de SEGA. Entre les dialogues à rallonge (caractéristique des animes japonais) et la mise en scène digne d’un drama coréen, il m’est arrivé plusieurs fois de juste poser la manette et m’endormir. Pour jouer à Valkyria Revolution, préparez une bonne dose de caféine ou vous finirez rapidement dans les bras de Morphée.

Valkyria Revolution 11

Tous les personnages sont de véritables caricatures et n’ont aucun relief. De ce côté-là, les Valkyria Chronicles notamment le deuxième opus faisaient bien mieux pour construire des personnages attachants avec des backgrounds vraiment approfondis. De plus le banal character design des héros renforce cette impression d’avoir à faire à un simple anime générique pour l’été. Les thèmes du patriotisme, du sacrifice et de l’amitié forgée dans les flammes de la guerre sont certes toujours là, mais ils se retrouvent édulcorés dans un déluge de clichés et propos manichéens. Nous sommes très loin de la vision adulte de Valkyria Chronicles qui s’était largement inspiré de la série historique Band of Brothers pour donner un cachet réaliste à la guerre et ses horreurs.

Valkyria Revolution 3

 

Un gameplay hybride sans saveurs

Valkyria Revolution 5Malheureusement, le reste du jeu (environ 20 à 25 %) est de la même piètre qualité. En tant que spin-off, Valkyria Revolution s’éloigne du gameplay traditionnel de la série et se veut être un Action RPG, un genre très en vogue ces derniers temps. Je n’ai rien contre le fait que SEGA ait voulu renouveler un peu sa licence en tentant de l’aborder sous un jour nouveau, bien au contraire. Mais il ne fallait pas faire les choses à moitié. Media.Vision a trop essayé de concilier l’action frénétique d’un Muso/Beat’all et le Tactical RPG de la série avec pour résultat des combats hyper mous et un manque de dynamisme qui viennent plomber toute l’expérience de jeu.

Valkyria Revolution

Valkyria Revolution 7On se contente d’appuyer sur la touche action pour frapper, puis on attend que la jauge d’action se remplisse et l’on réappuie sur la touche action. Je caricature un peu puisqu’il y a également des attaques spéciales, mais c’est presque ça. Bref, c’est lent et on ne s’amuse (presque) jamais. Et ce n’est clairement pas l’IA bête comme ses pieds qui va changer la donne. Pourtant Valkyria Revolution ne manque pas de bonnes idées comme l’influence du moral sur les troupes, mais elles sont tellement mal exploitées qu’elles n’apportent finalement pas grand-chose au gameplay. À la manière d’un Dynasty Warriors, vous avez le choix entre plusieurs héros aux styles de combats uniques. Même si cela apporte un peu de variété et de changements sur la forme, cela ne change strictement rien sur le fond. Quelle déception et quelle tristesse, mes amis !

Valkyria Revolution 4

Valyria Revolution 12Techniquement, Valkryia Revolution est à la ramasse et semble tout droit sorti d’un vortex temporel avec ses temps de chargements longs et omniprésents. Graphiquement plus proche d’un jeu de l’époque PS3, le soft de Media.Vision souffre de son portage sur PS Vita et réussit l’exploit d’être moins beau que Valkyria Chronicles sorti il y a plus de dix ans. Pourtant d’autres titres comme le récent Toukiden 2 (critique ici) avaient parfaitement réussi à concilier sorties sur console portable et console de salon sans (trop) sacrifier la qualité technique du jeu. Même la magnifique direction artistique de Valkyria Chronicles exaltée par un cell shading et un rendu crayonné de toute beauté a été mystérieusement abandonnée, laissant sa place à d’horribles graphismes 3D avec un pseudo filtre à vomir digne d’Instagram. Comme d’habitude, le doublage anglais est mauvais et à la limite du risible, mais curieusement même le doublage japonais peine à convaincre. Heureusement, une musique épique vient sauver le titre du naufrage absolu.

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Conclusion

La question « Pourquoi SEGA ? » a résonné dans ma tête durant toute l’écriture de cette critique. Sur le papier, Valkyria Revolution avait tout pour plaire : un univers ultra riche, une histoire captivante, de l’action, de grandes batailles épiques… Manette en main, on déchante très vite face au résultat final. Récemment, des licences classiques du RPG comme Dragon Quest ont parfaitement réussi à s’adapter en de bons jeux d’action en allant à fond dans le trip MUSO. À l’opposé, Valkyria Revolution essaye de concilier deux genres inconciliables. À trop vouloir mélanger les ingrédients, le studio Media.Vision a juste rendu le gâteau immangeable. Rendez-nous Valkyria Chronicles, vite !

Valkyria Revolution

Développeur : Media.Vision
Éditeur : SEGA
Prix : 40 euros

 

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