#Critique Voyage of Time de Terrence Malick

#Critique Voyage of Time de Terrence Malick

Note de l'auteur

Le projet de longue date de Terrence Malick, qui débarquera dans toute la France pour une séance unique le 4 mai prochain, nous emmène  comme annoncé  dans une odyssée introspective, visuellement éblouissante, et résolument singulière.

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Trente ans. C’est le temps qu’il aura fallu au réalisateur pour voir aboutir sur les écrans son projet sur l’origine de la vie, débuté dans les années 70. Une gestation qui aura sans aucun doute permis à Terrence Malick d’accoucher d’un film plus complet, plus juste et plus proche de l’idée fantasmée qu’il avait à l’époque. À bien des égards, ce Voyage of Time est aussi la suite logique de la filmographie du monsieur, qui fut toujours captivé par la spiritualité, et par le sens de notre existence. Ce besoin de questionnement, inhérent à la plupart des personnages principaux de ses films, et thème périphérique de nombreuses de ses œuvres (La Balade sauvage, La Ligne rouge), se retrouve ici au cœur de l’expérience.

Comme il l’avait également esquissé dans quelques séquences de son Tree of Life, Malick part alors dans une succession de plans magnifiques, d’animaux, de plantes, de la Terre, de l’espace, de l’infiniment grand, et de l’infiniment petit, au rythme de la voix monocorde de Cate Blanchett, comme pour réunir ses visions sous la grande idée du cycle de la vie. Le réalisateur magnifie, cristallise, pontifie, et c’est certes un enchantement pour les rétines… mais que c’est creux !

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Libéré de tout récit cinématographique traditionnel, Malick avait le loisir d’en créer un, et de nous montrer sa maîtrise, en s’en remettant purement aux images. Ce qu’il nous livre là est un aveu d’échec. Si filmer son sujet d’une manière solennelle et pompeuse suffisait à lui insuffler un sous-texte, un propos, une âme, on le saurait. Résultat, Voyage of Time ne renvoie rien que de vagues questionnements, ayant pour seul écho une Cate Blanchett éteinte, dont la voix off dessert une expérience qu’on aurait imaginée plus efficace sans, laissée à ses images et à la réflexion du spectateur.

Ce genre d’expériences prégnantes et profondes avaient déjà été faites, bien mieux et avec une réelle maestria, par d’autres talents avant Malick. On pense bien sûr à des séquences de 2001, L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, ou plus précisément aux films de la Trilogie des Qatsi de Godfrey Reggio, sommet du documentaire introspectif et expériences sensitives et spirituelles folles, qu’on ne pourrait que vous conseiller de voir, si ce n’est pas déjà fait.

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Entendons-nous, Voyage of Time n’est pas dénué d’intérêt, et le film possède quelques moments de lucidité où le montage, les images et les sons créent un sens qu’on n’attendait plus. Mais ces rares fulgurances confirment en creux que Terrence Malick sait beaucoup mieux parler de ces idées quand elles sont les satellites des personnages en proie au doute qu’il convoque, plus que quand elles se retrouvent au cœur du processus. Tel un enfant lauréat d’une trop grosse récompense, il ne sait ici quoi en faire. Et dès lors, nous non plus.

 

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Réalisé par Terrence Malick

Avec la voix de Cate Blanchett

Hymne à la nature et à l’univers, Voyage of Time s’interroge sur le rôle de l’homme dans le futur. Après ces temps infinis, quel est le sens de notre passage sur Terre ?

En salles le 4 mai 2017

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