#Critique Yakuza 0: Mafia, Disco and Wasabi

#Critique Yakuza 0: Mafia, Disco and Wasabi

Note de l'auteur

Yakuza est une licence méconnue et largement sous-estimée dans notre paysage vidéo ludique occidental. Série ultra populaire au Japon, Yakuza reste encore aujourd’hui un mystère entier sur nos terres européennes. Commencée en 2005 sur PlayStation 2, avec à la baguette le désormais célèbre Toshihiro Nagoshi, Yakuza a toujours été une exclusivité importante de Sony, développée et éditée par SEGA. Longtemps considérée à tort comme le GTA japonais, la série s’est surtout fait connaitre en occident grâce au bouche-à-oreille. Malgré les qualités indéniables de sa licence, SEGA a toujours eu peur des marchés nord-américains et européens après les ventes catastrophiques du premier opus. Entre une localisation assez pauvre (avec des sous-titres uniquement en anglais) et une sortie des jeux qui arrivent avec plusieurs années de retard sur celles au Japon, le public occidental s’est souvent retrouvé privé d’une des meilleures licences japonaises.

Il est difficile de caser Yakuza dans une case tellement la série mélange les genres : semi-open world, jeu d’action, compilation de mini jeux (dont certains très coquins), le titre de SEGA est avant tout un titre narratif articulé autour d’une histoire souvent complexe. Mais l’aspect le plus intéressant de la série Yakuza, qui rejoint ici les J-RPG Persona, est son immersion au cœur de la culture nippone urbaine. Après pas moins de cinq épisodes principaux et de nombreux spin-off, SEGA nous livre deux ans après sa sortie japonaise un Yakuza 0 (Dragon 0 : The Place of the Oath au Japon) qui fait office de prequel pour toute la série. Il est important de le souligner, puisque chronologiquement il s’agit du premier jeu Yakuza, le néophyte peut très bien découvrir la série avec cet opus. Est-ce que je le conseille pour autant à tout le monde ? C’est ce que nous allons voir tout de suite.

 

Trahisons, crimes et complots au Pays du Soleil Levant

Yakuza 0 se déroule évidemment au Japon, mais la particularité de cet épisode réside dans son ambiance eighties de folie, juste avant que la bulle spéculative immobilière explose avec les conséquences qu’on lui connait aujourd’hui. Dans le jeu, c’est donc une époque bénie où l’argent coule à flots qui sert de cadre aux péripéties de nos deux personnages principaux et criminels. Kazuma Kyriu, bien connu des fans, est un jeune Yakuza à Tokyo, tandis que Goro Majima est un ex-Yakuza désormais gérant d’un cabaret à hôtesses dans le quartier chaud d’Osaka. Ultra-charismatiques, les deux antihéros par excellence sont non seulement bien écrits, mais bénéficient en plus d’un character design d’enfer.

Yakuza 0 prend son temps pour poser l’histoire afin de créer de l’empathie avec ses personnages. Assez rapidement, Kazuma Kyriu et Goro Majima vont tous deux se retrouver dans une machination qui les dépasse complètement. Les deux histoires se suivent en parallèle tout en étant intimement liées. Si le scénario peut s’avérer complexe, il n’en est pas moins passionnant et enchaîne guerres entre clans, coups montés et désirs de revanche. L’univers sanglant de la pègre nippone est parfaitement retranscrit à l’écran. Les amateurs de films de gangsters asiatiques se régaleront à coup sûr tandis que les autres devraient apprécier une mise en scène qui n’a pas à rougir de la comparaison avec des œuvres du Septième Art. Sur cet aspect, Yakuza 0 rejoint Mafia III (critique ici) et se pose clairement comme son pendant asiatique.

Les deux jeux sont d’ailleurs relativement proches sur d’autres points, par exemple la narration (ou storytelling comme disent les anglophones) qui est juste brillante. En plus d’un plongeon dans le monde violent de la mafia japonaise, la très bonne plume du scénariste Masayoshi Yokoyama nous offre également des thèmes intéressants comme l’importance du pouvoir ou la relation compliquée entre honneur et loyauté dans un milieu criminel. Vous l’aurez compris, Yakuza 0 est une œuvre sérieuse destinée avant tout à un public mature. Certes, le jeu est très bavard avec des tonnes de dialogues, mais c’est une spécificité japonaise à laquelle on s’habitue assez rapidement. Il faut bien comprendre que Yakuza 0 est très différent des productions occidentales auxquelles nous sommes généralement abonnés puisqu’ici, c’est l’histoire et ses personnages qui sont au centre du jeu et pas le monde lui-même. Pour cette raison, le titre de SEGA offre beaucoup moins de liberté au joueur, mais il est en même temps nettement plus efficace dans sa narration.

 

Vis ma vie de yakuza

En termes de gameplay, Yakuza 0 est avant tout un jeu d’action qui frise souvent avec le genre Beat’em all. En s’inspirant des films d’action asiatiques et surtout des animes japonais, le jeu met en scène avec brio des combats de rues violents, nerveux, et résolument arcades. Les deux personnages principaux ont des caractéristiques bien différentes avec un panel de coups qui leur sont propres. Chacun possède trois styles d’art martiaux capables de déchaîner un déluge d’hémoglobine, que ce soit avec les pieds/poings ou même des armes blanches comme le fameux katana. Mention spéciale au style capoeira de Majima qui est juste jouissif. Face aux nombreux petits truands et autres racailles qui pullulent dans les rues, le joueur peut interchanger à tout moment le style de Kyriu ou Majima pour un maximum d’efficacité. Au fur et à mesure de la progression, vous pourrez développer des nouvelles compétences et combos en dépensant non pas des points d’expériences, mais de l’argent engrangé durant les missions.

Si les combats représentent le cœur du jeu, les (très) nombreuses activités annexes se révèlent être aussi un gros morceau de Yakuza 0. Jouer au baseball, faire chauffer le dance floor, rétrogaming dans les salles d’arcades, karaoké, shogi, billard, fléchettes, pari sur des combats clandestins et bien d’autres encore, bref le contenu de Yakuza 0 est tout simplement énorme avec pour conséquence une durée de vie colossale. En plus de ces nombreux mini-jeux pour la plupart excellents, les quêtes secondaires sont importantes et à ma grande surprise relativement intéressantes. Il est important de bien explorer la carte, en prenant son temps pour discuter avec tout PNJ afin de tisser des relations utiles dans le futur et surtout débloquer de nouvelles quêtes. Le petit plus avec le personnage de Majima est la gestion de son cabinet à hôtesses très très chaud qui s’avère être prenant et chronophage. Pour faire simple, il est juste impossible de s’ennuyer dans Yakuza 0. Ce côté sandbox du titre nous permet en plus d’explorer en profondeur la culture japonaise. Mais attention au choc culturel : ce tourisme virtuel dans un univers exotique pour nous autres Européens ne se fera pas sans hausser les sourcils à plusieurs reprises.

 

Une retranscription fidèle et impressionnante

La réalisation technique est sans aucun doute l’unique point faible de Yakuza 0. Sortit à la fois sur PS3 et PS4 en 2015 au Japon, le moteur old gen affiche vite ses limites que ça soit pour la qualité de certaines textures ou des animations parfois un peu trop rigides. Pourtant malgré ses quelques lacunes techniques, Yakuza 0 réussi curieusement à nous enchanter grâce à sa superbe direction artistique et son souci du détail. Au lieu de se perdre dans un vaste et vide open world, les développeurs ont pris le parti d’environnements certes plus petits, mais beaucoup plus denses et terriblement détaillés. En parcourant les quartiers de Kabukicho et Sotenbori, on fait face à une reproduction fidèle des lieux. Plus intéressant encore, la fin des années 80 nous permet de faire un bond dans le passé en retrouvant un Japon des eighties plus vrai que nature à grand renfort de néons et couleurs flashy. Yakuza 0 est une carte postale interactive. Mieux c’est une chance unique de voyager dans le passé.

Côté son, Yakuza 0 frappe fort avec un doublage original quasi parfait par un talentueux casting d’acteurs japonais. Seul petit bémol, si vous êtes allergiques à la langue de Shakespeare, vous aurez quelques problèmes puisque le jeu propose uniquement des sous-titres en anglais. L’OST de Yakuza 0 est tout aussi bonne avec quelques morceaux qui se démarquent vraiment du reste. Mais s’il y a bien un point sur lequel le jeu excelle, c’est sur la qualité de ses bruitages et du sound design en général qui renforce encore plus l’immersion.

 

Conclusion

Yakuza 0 est une petite pépite d’or qui vaut largement le coup d’œil. À la fois réaliste par ses thématiques et son histoire, le jeu a aussi un côté complètement loufoque assumé comme si le titre de SEGA souffrait de schizophrénie aiguë. Et même si cela peut sonner comme une critique négative, c’est exactement le contraire. Toute la qualité de Yakuza 0 est de réussir à non seulement mettre en scène une sanglante histoire de gangsters de façon brillante avec une narration et une écriture digne du cinéma, mais également à nous immerger totalement dans la culture nippone à travers une pléthore de mini jeux et autres quêtes secondaires. Loin d’être un gigantesque open world, Yakuza 0 n’en reste pas moins crédible et surtout vivant démontrant une fois de plus le savoir-faire japonais en matière de jeux vidéo. En un seul mot : foncez !

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