Curse Words de Charles Soule et Ryan Browne

Curse Words de Charles Soule et Ryan Browne

Note de l'auteur

Wizord est un mage envoyé sur Terre pour la détruire. En définitive, il se pose en sauveur et décide de se faire aimer plutôt que haïr, pour changer… Pas si simple, forcément. Voici un premier tome qui, sans être un chef-d’œuvre, donne envie d’en savoir plus.

L’histoire : Un magicien fait son apparition dans les rues de New York : Wizord prétend venir d’un autre monde pour sauver l’humanité des forces maléfiques qui veulent sa destruction. Le barbu musculeux n’est pourtant pas tout à fait blanc-bleu… Sans parler de Margaret, ce koala parlant qui ne le lâche pas d’une semelle.

Mon avis : Curse Words (à la fois “gros mots” et “mauvais sorts”) est une fantaisie urbaine, au sens de “fantasy” autant que de “récit saugrenu”. Derrière sa première de couverture affichant un mage hiptser bodybuildé au doigt dressé (de prime abord, on pense qu’il s’agit du majeur, mais non), un koala expressif accroché à son épaule, et un arrière-plan dévasté, la surprise est là.

Johnny One, chanteur à la semblance de Justin Bieber, demande à Wizord un corps tout en platine. Histoire de mater la concurrence et d’asseoir sa domination sur la pop inécoutable. Après une passe magique plutôt intense, Johnny One devient Platinum Johnny. Mais son bonheur est de courte durée, puisqu’à la page suivante, explosion, effondrement : la tête de Platinum Johnny est coupée en deux par l’apparition de Cornwall, mage maléfique en tenue élisabéthaine. Combat, flash-back… Charles Soule, scénariste de cette série made in Image Comics (et par ailleurs auteur de La Mort de Wolverine pour Marvel), n’a pas peur d’éclater sa narration pour varier les plaisirs.

Dans un monde où la magie peut être tirée des pierres précieuses, Wizord doit apprendre de nouvelles façons de refaire ses réserves d’énergie. Heureusement pour lui, Margaret le koala parlant a potassé son sujet : le film Titanic, un spectacle de prestidigitation, un casino… Tous les spectacles qui emportent l’émotion du public, son enthousiasme, son implication profonde, et qui constituent des puits de magie quasiment insondables, pour qui sait les exploiter.

Dans ce premier volume publié par Glénat, l’humanité demeure plutôt passive face à ces combats de mages. Car Sizzajee ne semble pas près de renoncer à détruire la Terre : ce démon (?) avait envoyé Wizord se charger du sale boulot, mais après la défection du mage barbu, il ne cesse de lui envoyer de nouveaux ennemis.

Gageons aussi que, dans le second volume, un représentant humain plus volontariste que les autres donnera un autre fil à retordre à Wizord : Jacques Zacque d’Interpol. Au passage, on se demandera où les auteurs américains trouvent ce genre de nom “à consonance française”…

Le dessin pas tout à fait maîtrisé – les proportions des corps sont parfois problématiques – de Ryan Browne (God Hates Astronauts) est sauvé par sa couleur, toujours très vive, toujours bien vue, qui ajoute une vraie dimension au récit. Elle devient carrément un outil de narration au même titre que le scénario.

Le duo Soule/Browne pose ici les bases d’un univers intéressant, suffisamment pour donner envie d’en voir et savoir davantage – d’autant que Curse Words promet de plonger dans l’intimité de ses persos. Pas (encore) un chef-d’œuvre, mais ceux-ci sont trop rares pour bouder son plaisir quand une telle histoire au délire bien équilibré se présente.

Si vous aimez : Les histoires puisant leur magie dans une forme d’inconscient culturel mondial, comme le fantastique The Unwritten de Mike Carey et Peter Gross. Chaudement recommandé.

En accompagnement : N’importe quel album de Frank Zappa, pour son humour délirant et son talent absolu.

Curse Words (tome 1)
Écrit par
Charles Soule
Dessiné par Ryan Browne
Édité par Glénat

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