La malédiction pour les nuls (Pilote automatique de Damien)

La malédiction pour les nuls (Pilote automatique de Damien)

Note de l'auteur

L’histoire : Damien Thorn, photographe reporter, vient d’avoir 30 ans. Pas de bol pour lui, des événements étranges ne cessent d’arriver depuis sa rencontre mystique avec une vieille femme lors d’une expédition en Syrie. Son passé, oublié depuis la mort de ses parents, ressurgit alors. Damien, en fait c’est l’antéchrist. Son calvaire commence. Et le nôtre aussi.

 

Autour de la série : Damien, c’est avant tout, un film. En 1977, La Malédiction, excellent métrage horrifique de Richard Donner (L’Arme fatale, Les Goonies) tétanisait son public par son ambiance oppressante aux séquences chocs. Trois épisodes relativement grotesques lui ont succédé, ainsi qu’un remake nauséeux en 2006 servi par l’infâme John Moore (Max Payne, Die Hard 5). Et comme la leçon n’a manifestement pas suffit, Damien revient hanter nos mémoires de cinéphiles dans cette énième adaptation pour le petit écran, se situant 25 ans après le premier film. L’ensemble est chapeauté par Glen Mazzara (The Shield, The Walking Dead).

 

L’avis : La chaîne A&E (The Frankenstein Chronicles, Bates Motel) continue d’expérimenter ses portages télévisuels en ressuscitant l’horreur de naguère. Nouvelle cible parmi les nombreuses resucées filmiques qui servent de réservoir à trop de mauvaises idées, c’est donc au pauvre petit Damien, antéchrist flippant issu du long métrage La Malédiction, de passer à l’échafaud de la récupération sordide. 

Quarante-deux minutes de violence à notre encontre, voilà à peu près comment d’emblée, nous pourrions résumer notre première rencontre avec Damien. Tel un running gag constant, le pilote ne nous épargne rien en dévidant le plus possible tous les clichés du genre : icônes christiques gratuites, théologie de bac à sable pour les plus cancres, récit prévisible en permanence, sont quelques éléments délétères dont Damien se prodigue dans un autodafé d’écriture rocambolesque. Tel un maléfice récurrent depuis de multiples déclinaisons, cette ultime exhumation filmique au format série semble bien partie pour procurer une longue agonie à son téléspectateur durant toute la saison.

Tout dessert absolument le récit. Déjà carambolée par une mise en scène cabossée où sfx foireux et cadrages hasardeux convolent main dans la main, la narration chiche et pathétique de Damien à des airs d’accident industriel. La série prophétise d’ailleurs une nanardise immédiate dès son introduction. Visage du christ en plan serré, reliquats ecclésiastiques pétris de chœurs lourdingues, sans oublier son héros, antéchrist en devenir, larmoyant, s’adressant au fils de dieu dans un monologue stérile… N’en jetez plus, le calice est plein. Mention spéciale pour le générique d’ailleurs, furieusement has been.

L’insupportable fardeau de Damien devient dès lors le nôtre. Pauvre garçon qui ne comprend rien à rien aux événements autour de lui (il a perdu la mémoire le fameux antéchrist, c’est vous dire si c’est la lose !), nous embarquant dans un sac mortuaire rempli d’un suspens totalement abscons : Damien deviendra-t-il (enfin) l’antéchrist ? Et surtout, l’acceptera-t-il ? La caractérisation maigrelette du protagoniste peine à nous en faire supporter davantage, nous obligeant d’ailleurs à tolérer le jeu du transparent Bradley James, ici comme possédé par l’insuffisance narrative de ce pilote.

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Damien se (con)damne donc lui-même à s’enfoncer dans une fange narrative puante au possible. La série se targue à croire qu’elle possède quelque chose d’intéressant à raconter, que son univers mérite d’être sérialisé. Néant total. Nada. Que dalle. Walou. Pas une idée, une astuce ou un semblant d’inspiration durant ces quarante-deux minutes pestilentielles d’imbécillité. Ce pilote concentre dans un effort sidérant, l’archétype même du récit lénifiant et déjà dépassé par la précarité de ses enjeux.

Mais que s’est-il donc passé chez Glen Mazzara ? Le génial producteur de The Shield et showrunner de The Walking Dead donne ici la triste impression d’être sous le coup d’un mauvais sort tant le résultat confine à l’ignominie. On l’attendait pourtant, son retour, après son éviction de la série zombiesque par le nabab Robert Kirkman, surtout après un long hiatus de trois ans. Ce come-back, s’il ne sonne pas son glas on l’espère, nous inspire malheureusement un lourd dépit, tant ce pilote provoque l’ire, ravagé par tant de nullité. Entre une attaque de chiens frisant la série Z, une mise à mort par sables mouvants consternante et monologue débilisant où un antéchrist qui s’ignore se pose en victime, la série cristallise les tréfonds de la crétinerie du genre horrifique.

Damien, c’est une véritable plongée dans la médiocratie scénaristique, gâchant les derniers oripeaux de dignité d’un excellent film d’horreur, traîné et lynché jusqu’au dixième cercle de l’enfer dans une ringardise absolue. Un superbe exemple de paresse télévisuelle, oscillant entre le nanar dégueulasse dénué d’humour et la crucifixion définitive et absolue de son œuvre d’origine. Au final, il n’en reste rien d’autre qu’un sale gosse de plus dans la taylorisation inutile des suites de films sur petit écran. La malédiction continue de plus belle…

Episode 2 ? : Vade Retro, Satanas !

Damien – A&E

Scénario de Glen Mazarra

Réalisé par Shekhar Kapur

Avec : Bradley James, Megalyn Echikunwoke, Omid Abtahi

 

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