Dans la tête des héros : Sherlock, Patrick et Will

Dans la tête des héros : Sherlock, Patrick et Will

Tout le mois de mars, nous reviendrons sur le genre policier à la télévision. Parce que le polar possède de nombreux visages, nous essaierons de rendre compte de sa pluralité et son importance dans l’Histoire de la télévision. Aujourd’hui, nous nous intéressons aux nouveaux polars et surtout, à ce qui se passe dans la tête des enquêteurs.

Attention, spoilers Hannibal, Sherlock et The Mentalist
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Hannibal BBC

Un bon polar, ce n’est pas seulement un bon méchant. C’est aussi un héros complexe, torturé, difficile. Souvent miroir de celui qu’il poursuit, le héros est aussi touché par ce qu’il voit, parfois il se met volontairement à l’écart des autres… Une image d’épinal du Héros solitaire, au-dessus de la foule pour mieux châtier les coupables et aider les innocents. Un chevalier moderne, oui, mais qui en paye le prix. Certaines séries ont d’ailleurs décidé de nous plonger dans la tête de ces nouveaux enquêteurs. C’est le cas de Sherlock, Hannibal et The Mentalist.

Des  « superpouvoirs »

En général dans les séries policières, ce qui rend ces personnages extra-ordinaires n’est pas un pouvoir surhumains à la Marvel, mais une intelligence supérieure, un usage de leurs sens différents des autres. Ils ont une mémoire photographique, comprennent l’âme humaine, lisent les sensations sur les visages. Sherlock dans l’épisode Le Grand Jeu (saison 1, épisode 3) prêche le faux du vrai par rapport à la compagnie Janus, et sait que la sœur de Watson est alcoolique sans jamais l’avoir vue. Patrick Jane est capable de déterminer la vie d’une personne d’un simple regard, et se faisait passer pour un médium. Si Sherlock a un palais mental (qui est d’ailleurs la représentation de l’intelligence de Hannibal Lecter dans les romans de Thomas Harris), pour Will Graham, cette façon de voir est symbolisée par un pendulum et une remontée dans le passé. Une seule vision de la scène de crime suffit à ce dernier.

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The Mentalist CBS.

Ces héros ont une intelligence qu’ils mettent au service de la justice pour différents motifs. Patrick Jane recherche l’assassin de sa famille et est donc motivé par une soif de vengeance. Sherlock s’ennuie. On ne sait ce que cherche Will, à part avoir peut-être un sens profond de la justice qui l’empêche même de se protéger de son hypersensibilité. C’est d’ailleurs ce dont se sert son supérieur, Jack Crawford, pour le mettre sur le terrain. Sans Will, il y aurait plus de morts. Peut-être que ce dernier s’ennuie aussi ?

Des personnages isolés

Mais ces pouvoirs ont un coût. Will Graham est sur le spectre autistique, ne supporte pas le contact d’autrui. Il vit seul avec des chiens abandonnés, qu’il a recueillis. Amoureux d’Alana Bloom, elle se refusera à lui, ayant peur que sa profession de psy ne la pousse à analyser son ami. Seul lien que Will tisse à l’extérieur : son psychiatre, Hannibal Lecter, un psychopathe.

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Sherlock BBC One.

Sherlock Holmes n’est pas autiste. En partie peut-être un peu. Il est surtout froid et maladroit avec les autres. Volontairement dur. Les gens qui se lient à lui, Molly, Lestrade, Mrs. Hudson et Watson le font à force de persévérance, par respect pour ses capacités et par amour. Il n’a pas de geste de tendresse véritable, sauf quand il dévoile ses sentiments au mariage de Watson ou jette par la fenêtre l’homme qui a frappé sa logeuse. Il se drogue aussi, pour peut-être échapper à sa condition de génie. Pire est son frère, qui compare le reste de l’humanité à des « poissons rouges ».

Patrick Jane a perdu sa femme et sa fille lorsqu’il s’est moqué d’un tueur en série. Il s’interdit pendant tout le début de la série tout rapprochement avec quelqu’un d’autre, se présentant comme marié aux femmes qui s’intéressent à lui. Plus souriant que ses comparses, plus proche de ses collègues que Will ou Sherlock, plus ouvert sur les autres, il est aussi le seul pour lequel on imagine un avenir plus agréable et plus conventionnel. Ce qui est peut-être dû à une volonté plus mainstream de la série.

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Sherlock BBC One

Dans tous les cas, être différent a un coût. S’ils peuvent attraper n’importe quel être malfaisant, ils se créent des ennemis redoutables, et en effet de miroir, aussi dangereux qu’eux. Mais ils sont aussi craints, voire détesté pour leurs capacités qui les place au-dessus des autres surtout dans les séries policières, où souvent les enquêteurs souhaitent être ceux qui font la découverte avant tout le monde. Qu’il s’agisse de compétition interne ou avec les média, comme le montre le personnage de Freddie Lound dans Hannibal, ou les Unes de la presse avec Sherlock.

Des personnages de doute
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Hannibal NBC.

De part ces ennemis, et leur relative solitude, ce sont aussi des personnages de doute. Ils peuvent ainsi douter d’eux-même, le principal exemple étant celui de Will Graham qui, à cause de sa trop grande sensibilité aux autres, pense devenir fou alors qu’il est réellement malade. Manipulé par Hannibal Lecter, sa némésis et son seul véritable ami, il deviendra en même temps beaucoup plus dangereux dans une seconde saison. Accusé de meurtre, il passera de nombreux épisodes derrière les barreaux. Mais dès le début de la saison 1, la journaliste Freddie Lounds se méfie de lui, le regardant comme un possible meurtrier. Volonté de faire du buzz ou véritable inanimité ?

C’est aussi le cas de Sherlock Holmes, qui trouve un ennemi à sa taille en la personne de James Moriarty. Pris au jeu, il devient de moins en moins « humain », ne s’intéressant plus qu’aux énigmes avant d’être piégé. Son intelligence et son goût partiel pour la gloire en fond une cible facile pour la presse à scandale anglaise mais aussi pour tout ceux qu’il a humilié de son intelligence et de sa supériorité, tel le sergent Sally Donovan. Il se résoudra au meurtre lorsqu’il se retrouvera piégé par Charles Augustus Magnussen.

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The Mentalist CBS

C’est aussi le meurtre qui attend le Mentaliste. Pour Patrick Jane, sa soif de vengeance va le pousser à tuer un « copycat » de John le Rouge, et d’être emprisonné, avant enfin de mettre fin aux agissements du tueur en série. Et de passer la frontière entre héros et justicier.

Si le héros des séries télés était trop parfait après tout, il n’y aurait plus de meurtrier en cavale, plus de plan presque parfait. Véritable jeu d’équilibre, c’est parfois avec un plaisir malsain que le public voit son héros maltraité par la vie, pris au piège, souffrir de ce qui le rend différent. Ce héros à part reste malgré tout, toujours aidé malgré tout par quelqu’un d’aussi normal que nous, John Watson ou Teresa Lisbon. C’est peut-être parce que la « béquille » de Will Graham est un être malsain, Hannibal Lecter, qu’il perdra plus facilement dans la saison 2 les repères entre le bien, et le mal.

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