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Dans l’espace, personne ne vous entend ronfler (Origin / YouTube Premium)

Dans l’espace, personne ne vous entend ronfler (Origin / YouTube Premium)

Note de l'auteur

Origin est la preuve (bien peu) vivante que mélanger les influences ne donne pas forcément un cocktail intéressant – sans même parler d’être digeste. Le genre de série qui se termine là où elle aurait dû commencer.

L’erreur de la débutante ? Lorsque Mika Watkins a débuté l’écriture d’Origin, la première série dont elle soit la showrunneuse, elle n’en était pas tout à fait à son coup d’essai. La Britannique avait en effet signé l’écriture de six épisodes d’une série en ligne pour ados, Dixi, ainsi qu’un épisode de Stan Lee’s Lucky Man et un autre de Troie : La Chute d’une cité. Pas énorme, mais pas rien quand même.

Pourtant, à regarder les 10 épisodes d’Origin, difficile de ne pas se demander si, comme tout “néophyte” qui se respecte, elle n’a pas voulu trop en faire. Mika Watkins a en effet rempli sa série jusqu’à la gueule de références et d’influences, de clins d’œil appuyés à des légendes de l’écran (petit et grand).

Origin ressemble ainsi à un de ces cakes aux strates multicolores, où se mêlent sans jamais vraiment fusionner des ingrédients issus de, en vrac : Alien (la bébête extraterrestre qui s’infiltre dans le vaisseau et s’insinue dans les corps, la glaire qui s’écoule du plafond pendant des heures – et d’où vient-elle, d’ailleurs ?), Lost (les flash-back de chaque personnage retraçant le parcours qui les a menés dans cette galère), Blade Runner (le Japon futuriste sous la pluie), The Thing surtout (qui est la petite bébête de l’espace sous des atours humains ?), Le Trou noir (un vaisseau tout en longueur, à la structure très aérée), Cube (les couloirs où toutes les portes sont identiques), Hidden (la bestiole aime pratiquer le bouche-à-bouche), Heroes (le micro-générique en manière d’éclipse du soleil). Etc.

Une scène très représentative de ce défaut intervient dans le dernier épisode, où Baum se rend avec une hache pour foutre en l’air un module d’analyse du vaisseau. Ou quand le Hal de 2001, Odyssée de l’espace rencontre le Jack Torrance de Shining… N’en jetez plus ! Mika Watkins en fait trop. Et ce n’est pas la présence de Paul W.S. Anderson (Event Horizon, Alien vs Predator, Mortal Kombat) à la production exécutive et à la réalisation des trois premiers épisodes qui allège l’étouffe-chrétien.

La réalisation, justement, n’a aucune personnalité. Tout ça se traîne comme une limace emphysémateuse – on se prend même à mater le dernier épisode en vitesse x3 (pas de bol, c’est le plus intéressant de tous). Les réals multiplient les travellings pour bien nous faire comprendre que les passagers du vaisseau Origin sont cernés (par la peur, par les aliens, par l’incertitude, et nous par l’ennui), au cas improbable où on ne l’aurait pas compris tout seuls. Ils nous servent aussi le vieux coup du “cauchemar dans le lit / réveil en sursaut”… Du grand art.

Natalia Tena (c) YouTube

Restent les personnages eux-mêmes, et leurs vies passées. En embarquant sur l’Origin qui doit les mener sur la planète Thea afin de débuter une nouvelle vie, ils laissaient en principe leur existence derrière eux pour commencer avec une “page blanche”. Sauf que, bien entendu, l’arrivée de l’alien de service chamboule ce beau programme et renvoie chacun à ses erreurs, ses errances, ses sombres secrets.

L’idée n’est pas sans qualité. Peut-on décider de changer ? Peut-on effacer un passé douloureux et, en s’éveillant sur une planète inconnue (ou un vaisseau perdu au milieu de nulle part, en l’occurrence), être tout à coup quelqu’un d’autre par la force de sa volonté et la preuve d’un comportement “meilleur” ?

Malheureusement, Mika Watkins n’a pas cherché trop loin pour creuser les lignes de vie de ses persos. Tout ceci relève du cliché : le Japonais est un yakuza ; la pro de la sécurité (Natalia Tena, Nymphadora Tonks dans les Harry Potter) est tombée amoureuse du père de la petite fille qu’elle était censée protéger ; Tom Felton (Drago Malfoy dans les Potter) joue un mec nerveux, borderline, mais un peu lâche quand quelqu’un de musclé lui fait face ; une jeune femme geek est forcément allergique à tout contact humain. Etc.

Tom Felton (c) YouTube

On attend jusqu’au bout du tunnel pour savoir si, au moins, ces informations se recoupent, se rejoignent dans un final éblouissant de cohérence et de vertige. Eh bien non. Ces flash-back fonctionnent comme une anthologie d’histoires brèves, sans guère de rapport avec le présent d’un “space survival” sans réel enjeu. La dimension théâtrale est très appuyée : un lieu fixe et confiné, un groupe déterminé de personnages, une mort dès le début, une enquête pour savoir qui tue, des soupçons infondés, etc. Dix petits nègres dans l’espace.

Le dernier épisode aura presque sauvé la sauce, en offrant (enfin) une variation un poil originale sur le motif de “l’alien qui se cache parmi nous”. Dommage qu’il ait fallu s’enquiller neuf épisodes de whodunit futuriste avant d’arriver à cela. Et dommage que les créateurs de la série n’aient pas choisi d’en faire un point de départ plutôt qu’un point d’arrivée. D’autant que le pseudo-twist final s’avère carrément décevant.

ORIGIN (YouTube Premium) Saison 1 en 10 épisodes.
Diffusée depuis le 14 novembre.
Série créée par Mika Watkins.
Série écrite par Mika Watkins, Melissa Iqbal, Jack Lothian, Joe Murtagh et Jon Harbottle.
Série réalisée par Paul W.S. Anderson, Mark Brozel, Ashley Way, Juan Carlos Medina et Jonathan Teplitzky.
Avec Natalia Tena, Tom Felton, Sen Mitsuji, Nora Arzeneder, Fraser James, Philipp Christopher, Madalyn Horcher et Siobhan Cullen.
Musique originale d’Edmund Butt.

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