DANS TON PIFFF 1 : THE AUTOPSY OF JANE DOE

DANS TON PIFFF 1 : THE AUTOPSY OF JANE DOE

Note de l'auteur

Hier, c’était l’ouverture de la sixième édition du PIFFF au Max Linder. Ambiance geek bon enfant et présentation d’un thriller horrifique, viscéral et ravageur, avec une autopsie de plus d’une heure.

 

pifff2016 C’est donc la sixième édition du PIFFF, le Paris International Film Festival, oui, oui, du 6 au 13 décembre. Le festival grossit, se professionnalise et arrive cette année dans la plus belle salle parisienne : le Max Linder. L’ambiance est bon enfant, avec plein de geeks rigolards, bedonnants et bien élevés, rien à voir avec les fans déchaînés du Festival du film fantastique de Paris au siècle dernier, qui faisaient de chaque projo du Grand Rex un happening barbare.

Cette année, du bon, du lourd, du dégoulinant : un homme invisible, du cannibalisme, des serial killers, de la géronto et le diable, probablement. Parmi les films sélectionnés, quelques belles avant-premières comme 31, nouveau jeu de massacre de Rob Zombie, The Mermaid de Stephen Chow ou le très intrigant I am not a Serial Killer. Le PIFFF permet également de réviser ses classiques et j’ai quant à moi très envie de revoir le sublime et terrifiant Prince of Darkness de John Carpenter, Hardware, de Richard Stanley, que j’avais découvert à Cannes en 1991 je crois, une version restaurée de Zombie de George Romero, Opéra en présence de Dario Argento ou Twin Peaks, Fire walk with me. Pour rester dans le rayon Lynch, le PIFFF présentera également le doc David Lynch: The Art Life, sur le maestro du bizarre qui semble plus préoccupé par la peinture que par un éventuel retour au cinéma.

Il y aura également des courts-métrages français et étrangers, la présence de réalisateurs, une nuit zombie, bref, pas mal de choses croustillantes à se mettre sous la dent sur le boulevard Poissonnière, et pas seulement des burgers dégueulasses et hors de prix.

 

Mardi 6, pour l’ouverture, Fausto Fasulo avait sélectionné l’inédit The Autopsy of Jane Doe, nouveau film du Norvégien André Øvredal, auteur du sympathique Troll Hunter il y a six ans. Il adapte un scénar de deux tâcherons de la télé (Les Chroniques de Sarah Connor, tu vois le genre) et signe un putain de film d’horreur, doublé d’un véritable tour de force cinématographique.

The Autopsy of Jane Doe commence par un massacre. Plusieurs personnes ont été éparpillées façon puzzle dans une maison d’une banlieue bien tranquille. Au milieu des cadavres sanguinolents, un flic découvre à la cave le corps intact d’une jeune femme, à moitié enfouie dans le sol. La dépouille est livrée à la morgue locale, où officient le père et le fils Tilden. Ils ont une nuit pour autopsier le corps et tenter d’élucider le mystère de cette « Jane Doe » (équivalent de John Doe, surnom donné aux personnes sans identité, comme Monsieur ou Madame X). L’autopsie commence, mais le corps à priori intact révèle des anomalies de plus en plus incompréhensibles, tandis qu’une tempête se rapproche.

jane-doeThe Autopsy of Jane Doe est une équation à plusieurs inconnues. Comment construire un huis clos avec deux personnages et un cadavre, tricoter une œuvre dont la structure narrative correspond à une autopsie de plus en plus étrange, filmer un corps que l’on ouvre et que l’on dépouille de ses organes en gardant l’attention du spectateur et ciseler un final assez ahurissant et bien sûr hautement surnaturel ? André Øvredal a relevé le défi haut la main et son film est une belle mécanique horrifique, bourrée de scènes hallucinantes, même s’il foire quelques passages. Dès le premier coup de scalpel, Øvredal prend le spectateur à la gorge. C’est gore bien sûr, mais le cinéaste se lance dans un jeu de piste assez insensé, un thriller viscéral haute tension. Les poumons, la peau, la langue le cerveau, le cœur, le sang révèlent des indices, le corps supplicié se métamorphose en labyrinthe pour les deux légistes et le spectateur s’accroche à son fauteuil. C’est virtuose, sidérant, même si cela n’atteint pas l’intensité malade d’Aftermath de Nacho Cerda et son final nécrophilique insoutenable. Néanmoins, le metteur en scène joue parfaitement avec ce tabou ultime qu’est le corps ouvert. Il donne à voir un corps nu, et au-delà, comme chez David Cronenberg, la chair, un assemblage de fluide et d’organes. Et parvient même à provoquer une étrange fascination pour ce corps incroyablement sexué, offert, désirable, malgré la mort, le sang, avec les organes apparents, avec ce regard à la fois doux et pénétrant. J’ai même pensé plusieurs fois à cette citation d’Edgar Allan Poe : « La mort d’une belle femme est, indubitablement, le sujet le plus poétique au monde. » Très dérangeant !

De temps à autre, pour casser l’atmosphère mortifère, le réalisateur balade sa caméra dans les recoins sombres de la morgue, qui évoque souvent l’Overlook de Shining. Avant de retourner vers ce corps du troisième type. Pour l’épauler dans sa plongée dans la terreur, André Øvredal a embauché Christian Conrad, sound designer ultra talentueux de Bronson ou du Dernier roi d’Écosse. Chaque incision ou perforation de la cage thoracique a l’intensité d’une explosion nucléaire. Un travail exceptionnel, digne d’une œuvre de David Lynch. Et il a embauché deux très bons comédiens qui parviennent à emballer le scénario quand celui-ci montre des signes de faiblesses : Brian Cox qui ressemble de plus en plus à Marlon Brando, et Émile Hirsch, pour une fois incroyablement sobre.

The Autopsy of Jane Doe n’a pas de date de sortie française pour l’instant. Mais vous pourrez découvrir ce classique instantané au Max Linder mardi 13 à 16 h 30.

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