Dans ton #PIFFF 3 : The Unseen

Dans ton #PIFFF 3 : The Unseen

Note de l'auteur

Il n’y a pas que des bons films au PIFFF, il y en a aussi de TRÈS mauvais. La preuve avec cette relecture arty et foireuse du mythe de l’homme invisible.

 

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X-Men Apocalypse est, de loin, le meilleur de la série.

– T’es fou, il n’arrive pas à la cheville d’X-Men 2. Apocalypse, c’est vraiment de la merde.

– Dis pas n’importe quoi. Singer est un génie.

– J’aime pas le costume d’Angel. Et le personnage de Mystique, ça ne va pas du tout…

– Moi, j’adore Thor 2 !

– Et moi, c’est Iron Man 2. C’est mon plaisir coupable.

La soirée commençait mal… Tu es au PIFFF à enchaîner les films et soudain, un horde de geeks barbus, cheveux filasses et T-shirts moches, débarque. Et devise à l’infini et surtout à TRÈS fort volume sur… les films de la Marvel. Bon dieu, je croyais que c’était fini depuis Clerks… C’est dans ces grands moments de solitude que tu te dis que tous les goûts sont dans la nature, surtout les mauvais.

 

Après ce viol auditif, j’avais besoin d’un film, d’un bon. Pas de chance, je suis tombé sur The Unseen du Canadien Geoff Redknap, qui a bossé pendant des années sur les effets spéciaux de la série télé X-Files, mais aussi sur ceux de Deadpool ou Watchmen. Le film est une relecture du thème de l’homme invisible, chez les prolos canadiens. Solitaire et taiseux, Bob Langmore bosse dans une scierie du grand Nord. Il y a quelques années, il est venu s’enterrer dans ce trou glacé, laissant derrière lui femme et enfant. Persuadé qu’il devient lentement invisible, il songe de plus en plus au suicide et décide de faire un dernier coucou à sa fille ado (rebelle et tout et tout). Mais bientôt, celle-ci disparaît…

unseenthe16 ans après le Hollow Man de Paul Verhoeven, c’est maintenant Geoff Redknap qui s’y colle et qui essaie de faire du neuf avec du vieux. Semblable à un écorché, son héros se désagrège petit à petit : quelques doigts, un trou dans le bide qui laisse apparaître les organes, le haut de la tête qui semble avoir fondu et le réalisateur peut s’offrir de jolis plans d’effets spéciaux, sa spécialité première. À part ça ? En gros, rien. Redknap a écrit lui-même son scénario et ça, c’est une grosse erreur. Le truc est mal branlé, interminable, avec d’incroyables faiblesses. Un exemple ? Pour se marrer, des jeunes vont la nuit dans un hôpital psy désaffecté, mais le lendemain, on découvre l’hôpital peuplé de patients et d’infirmiers. WTF ! De nombreuses scènes ne raccordent pas et on se dit que le réalisateur a dû souffrir en cours de route, couper des scènes ou ne pas pouvoir tourner certains plans. Bref, ça ne tient pas toujours debout et c’est quand même un peu dommage… En plus, Redknap veut péter plus haut que son film et se fend d’une parabole sur les pères absents (si ton père a disparu, c’est qu’il était invisible, bah ouais !) naïve et pas très finaude. Tout cela n’est pas vraiment passionnant. Si Redknap a un don pour l’écriture, c’est probablement pour remplir les chèques…

Bon, sur le plan de la mise en scène, ça ne s’arrange pas. Pour ressembler à un bon gros prout arty, Redknap a tourné une bonne partie de son film à l’épaule et donc la caméra tremble la plupart du temps, sans aucune raison. La photo est dégueulasse, couleur pisse, sûrement pour donner à l’ensemble un air auteur/européen/dépressif. À l’arrivée, The Unseen s’apparente à un chemin de croix et chaque nanoseconde du film paraît durer une éternité.

Pour résumer, on pourra dire que The Unseen ressemble à l’accouplement du degré d’intelligence d’un coussin péteur avec le discret raffinement d’une crise hémorroïdaire. Ou pour faire plus court, je citerai ce grand comique qu’était François Mitterrand qui avait déclaré un jour en relisant un discours ciselé par Hubert Védrine : « C’est tragiquement nul ! »

 

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The Unseen

Réalisé par Geoff Redknap

Avec Aden Young, Camille Sullivan, Julia Sarah Stone, Ben Cotton

 

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