Dans ton #PIFFF 5 : Opéra

Dans ton #PIFFF 5 : Opéra

Note de l'auteur

Avant sa sortie en Blu-ray l’année prochaine, le PIFFF a projeté une copie restaurée et intégrale d’Opéra de Dario Argento. Une œuvre mineure qui confine parfois au grotesque.

 

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« Opéra est un chef-d’œuvre », a déclaré doctement Fausto Fasulo sur la scène du Max Linder, lors du PIFFF. Quant à Dario Argento, il est resté jusqu’à la fin de la projection, et a assuré – extatique – qu’il était très content de son film. Cette présentation en copie restaurée et en version intégrale était exceptionnelle puisqu’Opéra n’est jamais sorti en France et que le fanboy n’avait pu découvrir le film que sur des VHS pourries, ou en DVD. Sauf que 30 ans plus tard, Opéra a pris un sale coup de vieux, perdu sa flamboyance et – entre deux meurtres hardgore – provoqué l’hilarité générale de spectateurs, incrédules devant une série de séquences au mieux grotesques.

 

opera-3Nous sommes en 1986. Surnommé le « Visconti de l’horreur », rock star du genre, Dario est encore au sommet du monde. En dix ans, il a enchaîné Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Inferno, Ténèbres et Phenomena. Bref, le bonhomme a inscrit son nom en lettres rouge sang au panthéon de l’épouvante et il a révolutionné le genre avec une poignée d’œuvres baroques et sanglantes, entre transe vaudou et shoot de drogue. « Il ne faut pas avoir peur de l’horreur, avait déclaré le maestro à l’époque. L’horreur, c’est l’avenir, c’est ce qui nous attend tous. Alors, autant chercher à l’apprivoiser, à découvrir ses trésors cachés et à célébrer sa beauté. » Mais on sent bien que Dario commence à montrer des signes de fatigue… Avec Opéra, c’est malheureusement le début de la fin et Dario, qui devait monter Rigoletto sur scène, signe un nouveau « giallo » hyper-sanglant, un retour aux œuvres séminales de ses débuts (L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat a neuf queues…). Dans les coulisses d’un opéra qui présente Macbeth, une jeune chanteuse lyrique est persécutée par un psychopathe masqué, ganté et très zinzin (traumatisme, traumatisme) qui l’oblige à devenir le témoin de ses meurtres crados. On sait que Dario se fout de ses scénarios (en gros, la trame ce résume à cette question : qui est le tueur ?). D’ailleurs, son coscénariste Luigi Cozzi avait expliqué leur recette pour développer un script : « On créait quatre ou cinq crimes impressionnants et puis après on les reliait entre eux. On mettait aussi du sexe parce qu’on savait que les films seraient interdits au moins de 16 ans. » Ici, il imagine quelques meurtres assez sadiques qu’il lie avec un fil narratif plus que ténu. Il n’y a plus la folie de Suspiria, la transe d’Inferno ou les pièges optiques de Profondo Rosso, juste des situations de plus en plus débiles (la fille agressée trois fois, même pas mise sous protection de la police), une interprétation catastrophique (mention spéciale à Cristina Marsillach qui s’est engueulée avec Dario pendant tout le tournage), du hard-rock saturé et une post-synchro anglaise absolument désastreuse.

operaReste la mise en scène, la chorégraphie de meurtres ritualisés. Le serial killer d’Opéra aime bien ficher des aiguilles sous les paupières de sa victime préférée pour l’empêcher de fermer les yeux quand il découpe un quidam. Une idée repompée à Stanley Kubrick dans Orange mécanique, mais néanmoins une belle parabole sur le cinéma de Dario. À part cela, Dario, doté de son plus gros budget, collabore avec le chef opérateur Ronnie Taylor, un vétéran qui avait déjà bossé comme caméraman avec Kubrick (Barry Lyndon), sur Phantom of the Paradise ou encore La Guerre des étoiles. Les deux hommes font mumuse avec une caméra aérienne, explorent tous les recoins de cet opéra hanté par ce Fantôme sadique, balancent une nuée de corbeaux (sans drone) et cisèlent une série de meurtres cruels (trachée ouverte, œil arraché…), parmi les plus spectaculaires de la carrière de Dario. La mise en scène est hystérique, mais la machine tourne à vide car toute cette virtuosité, ce sens de l’espace, sont au service de… rien. Le film se termine dans la montagne, en pleine nature, avec l’héroïne qui rampe au milieu des petites flefleurs. C’est carrément grotesque et on se dit que ça aurait fait un bon spot pour alerter les enfants sur les ravages de la drogue.

 

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