Daredevil au NYCC : les détails d’un panel frustrant

Daredevil au NYCC : les détails d’un panel frustrant

IMG_0076

Samedi 11 octobre 2010, 17h30 heure locale : le panel Daredevil à la New York Comic-Con. De gauche à droite : Charlie Cox (Matt Murdock), Vincent D’Onofrio (Wilson Fisk/Le Caïd), Deborah Ann Woll (Karen Page), Elden Henson (Foggy Nelson), Ayelet Zurer (Vanessa Fisk), Vondie Curtis-Hall (Ben Urich), Bob Gunton (Leland Owlsley) et Toby Moore (Wesley). Credit photo: Daily Mars.

Cerné par l’habituelle maestria de Marvel en terme de comm’ ultra contrôlée (pendant chaque extrait, une armée de vigiles patrouillaient entre les allées du Hall 1D, armés de viseurs infrarouge pour débusquer et éjecter manu militari toute personne tentée de filmer en douce), le panel Daredevil a clôturé hier le Comic Con de New York. On était dans la salle. Impressions mitigées.

 

IMG_0067

Charlie Cox : l’heureux élu pour incarner Matt Murdock/Daredevil était visiblement très intimidé…

Cornaquée par le showrunner Steven S. DeKnight (Spartacus), Daredevil fait partie de l’incroyable deal de cinq fictions (Daredevil, Jessica Jones, Iron Fist, Luke Cage et la minisérie Les Défenseurs) signé l’an passé entre Netflix et la maison des idées. Sa paternité créative revient à un « think tank » impliquant Drew Goddard, Jeph Loeb et Steven DeKnight mais, comme disent nos amis anglo-saxons, « make no mistake » : Daredevil, attendue pour le premier semestre 2015 sur la plateforme américaine de SVOD, sera bel et bien une série totalement sous la coupe de Marvel et Steven DeKnight un exécutant au service de la vision de Jeph Loeb et Joe Quesada (actuel CCO de Marvel, présent dans la salle hier).

 

LES INFOS APPRISES HIER :

 

Un hall 4D bien rempli pour un panel DD survolté

Un hall 4D bien rempli pour un panel DD survolté

– Jeph Loeb a désamorcé les rumeurs de casting concernant Luke Cage et Jessica Jones : à l’en croire, absolument aucun nom n’aurait pour l’instant été signé dans l’un ou l’autre de ces rôles.

– Daredevil évoluera bel et bien dans un univers partagé avec Agents of S.H.I.E.L.D. et le Marvel Cinematic Universe. Devant le public chauffé à blanc du NYCC, Jeph Loeb a résumé les choses par un laconique « tout est connecté » (tonnerre d’applaudissements). En aparté, il nous confie qu’il est « impensable que Marvel ne fasse pas évoluer Daredevil dans le même monde que les Vengeurs. C’est ce qui a toujours rendu l’univers Marvel fascinant en BD. Donc chaque fois que possible, sans forcément jouer la carte du crossover, oui, il y aura dans Daredevil de subtiles allusions ou des easter eggs faisant des références à Agents of SHIELD ou l’une des autres franchises cinéma ». Visiblement, cela ne pose aucun problème à Netflix (Agents of SHIELD est une série diffusée sur ABC, maison cousine de Marvel sous le chapiteau Disney), « bien au contraire » précise Loeb.

– Le huitième épisode est en cours de tournage dans deux studios distincts à Brooklyn, où sont reconstitué tous les intérieurs de la série, laquelle est tournée sur place sous un faux nom.

IMG_0093– La première saison de Daredevil sera une double « origin story » : la naissance d’un héros mais aussi celle de son nemesis, Wilson Fisk, alias Le futur Caïd. Murdock et Nelson débutent leur carrière d’avocats et exercent leur profession dans un cabinet cracra situé dans le quartier malfamé de Hell’s Kitchen (il ne l’est plus du tout dans la réalité). Fisk n’est encore qu’un exécutant, au seuil de son ascension dans la pègre. Des flashbacks dévoileront l’enfance de DD. Pas de Daredevil en costume rouge définitif avant probablement la fin de la saison.

– Rosario Dawson incarnera l’infirmière Claire Temple. C’était l’info du panel : l’actrice la plus notoirement geek d’Hollywood (elle même auteure et grande collectionneuse de comics) incarne « une infirmière de nuit » dixit Loeb. Il s’agit aussi d’un personnage bien identifié dans le Marvel Universe puisqu’elle a connu une liaison avec Luke Cage… Coucou l’univers partagé  !

– Les références les plus fréquemment mentionnées par la production comme source d’inspiration pour la série sont les runs de Frank Miller, John Romita Jr et Brian Michael Bendis.

– La série sera raisonnablement violente : « On s’amuse à dire que ce sera du PG-13 » confie un membre de l’équipe. Mais pas du « R ». Ne vous attendez pas à voir un degré de violence graphique aussi radical que dans Sin City. Malgré la grande liberté théorique dont bénéficient les séries Netflix sur le plan d’un contenu « adulte », Daredevil la série n’échappera pas à la stratégie Marvel de rester dans un giron globalement grand public.

 

IMPRESSION GENERALE SUR LE PANEL
Daredevil, version 2015 : c'est promis, c'est un costume provisoire.

Daredevil, version 2015 : c’est promis, c’est un costume provisoire.

Frustrant. Attention : je ne dis pas ici que ce que l’on nous a montré hier augure d’une mauvaise série. Mais les extraits choisis par Marvel n’avaient cependant rien d’icônique et nous en ont livré un minimum sur ce que sera vraiment l’univers graphique de la série. Le chef opérateur du pilote de Daredevil, Matthew J. Lloyd, a opéré sur deux épisodes de Fargo et de fait, la photo du premier segment s’avère soignée, entre réalisme et stylisation légèrement comicbook, avec une large part accordée aux ambiances nocturnes. Mais aucun « money shot » ne nous a été vraiment dévoilé et le seul extrait dévoilant Murdock en action sous le costume offre une version provisoire : une sorte d’outfit noir ninja style, avec en guise de masque un foulard noir noué autour de la partie supérieure du visage.

Daredevil version 1989 (dans le téléfilm : Le Procès de l'Incroyable Hulk)

Daredevil version 1989 (dans le téléfilm : Le Procès de l’Incroyable Hulk)

On pense immédiatement (et le gag visuel n’est pas très heureux) à la version de Daredevil aperçue dans le téléfilm Le Procès de l’Incroyable Hulk (1989), dans lequel DD jouait les guest stars, incarné à l’époque par l’acteur Rex Smith. Aucun plan icônique donc, pas de Daredevil en pleine action au dessus des toits new-yorkais, pas de Matt Murdock en pleine plaidoirie dans un tribunal, pas de lasso-canne, aucune représentation spécialement graphique du « sens radar » (matérialisé par un jeu sur la bande-son et des plans au ralenti figurant ce que perçoit Murdock). Aucune réelle « trademark » qui nous font définitivement penser que nous sommes dans une série puisant dans l’univers visuel de Daredevil, du moins dans le comic book que j’ai connu.

 

 

 

 

LES ACTEURS
Matt Murdock au naturel...

Matt Murdock au naturel…

Vincent d’Onofrio a sans conteste volé la vedette à tout le reste du cast. Le très sympathique Charlie Cox, un poil falot et balbutiant au micro lors du panel, manquait singulièrement de charisme à côté de la monstrueuse présence de l’ex-acteur psychopathe de Full Metal Jacket, lequel arborait une tête entièrement rasée et carrure d’armoire à glace.

 

LES EXTRAITS

Extrait 1 : Intérieur nuit : Karen Page (Deborah Ann Woll) rentre chez elle et se fait immédiatement agresser par un inconnu très violent. Daredevil intervient in extremis, la baston commence entre DD et l’agresseur, qui visiblement se bat aussi bien que notre héros. Baston filmée de façon très réaliste, sans effets particuliers de mise en scène ou de montage… mais dont on ne voit quasiment rien. Les deux adversaires traversent une vitre dans leur lutte et se ramassent sur le bitume quelques mètres plus bas. Gros plan sur le visage de DD sonné, sous la pluie battante.

EXTRAIT 2 : intérieur nuit. Claire Temple (Rosario Dawson) recueille Matt Murdock chez elle, dans un triste état après sa baston. C’est une longue scène de dialogue où Claire tente de percer l’identité de cet étrange individu masqué tout en lui détaillant la liste de ses blessures. Elle découvre qu’il est aveugle et lui fait aussi remarquer que son costume « est plutôt craignos », ce à quoi Murdock répond que « c’est un work-in-progress ». Ouf on respire… Les scènes avec le costume définitif n’ont vraisemblablement pas été encore tournées.

EXTRAIT  3 : intérieur jour. Le meilleur des quatre à mon sens. Il dévoile la première rencontre entre Fisk et sa future épouse Vanessa (Ayelet Zurer) dans une galerie d’art new yorkaise. Des quatre extraits, celui-ci est bien le seul qui m’a paru dégager une véritable émotion et quelques idées de mise en scène (un plan de dos de Fisk, tout en costume sombre, devant une toile blanche, très iconique). Les dialogues sous entendent que Fisk est aussi un personnage tragique, rongé par un sentiment permanent de solitude, pas juste un vilain effrayant. D’Onofrio le joue sobre et sombre, en baissant sa voix nettement à la Dark Knight. Lors du panel, D’Onofrio a précisé : « Notre Fisk est à la fois un enfant et un monstre. Tous ses actes sont dictés apr les fondations morales qu’il s’est lui-même créé. Sa rencontre avec Vanessa sera le moteur principal qui lui permettra de sortir de l’ombre. On a composé ce personnage de façon vraiment réaliste et émotionnelle et la série détaillera l’ascension de ce méchant iconique ». Assurément, ce personnage sera le plus intéressant à suivre de la série.

EXTRAIT 4 : intérieur jour : dans le cabinet Murdock/Nelson, une scène de déjeuner sur une table entre Foggy, Matt et KAren Page, qu’ils engagent à l’issue du dialogue. Suggestion très nette d’un triangle amoureux à venir.

 

IMG_0082BONUS : le premier extrait en redif’, mais dans une version plus longue où Daredevil, à terre et sonné après la chute depuis l’appartement de Page, se remémore un flashback de son enfance. Le petit Murdock est déjà aveugle. Son père le conjure de ne pas suivre sa voie, et lui demande de toucher son visage pour réaliser les ravages physiques de ses combats sur le ring. Premier aperçu pour nous du sens radar de Murdock. Retour au présent, DD se relève et la bastion continue… Ambiance Miller à fond (nuit, pluie…) mais finalement, on a davantage l’impression d’assister à une série d’action lambda avec une chorégraphie plutôt ordinaire.

Verdict :  on attend toujours une série aussi excitante qu’elle promet de l’être sur le papier et assurément, le personnage de Fisk attise notre excitation. Pour le reste, on peut regretter la relative pingrerie du panel en matière de « cadeau visuel » pour les fans. Affaire à suivre !

Partager