De la dérive partisane (BrainDead / CBS)

De la dérive partisane (BrainDead / CBS)

Note de l'auteur

En début d’année, nous ne cachions pas notre approbation quant à l’inclusion de Baron Noir dans une réalité politique franco-française (usant notamment de l’étiquette socialiste).
Outre-Atlantique, la période estivale offre au public américain – sur le network CBS qui plus est – la possibilité de découvrir une comédie où l’on cite copieusement les deux candidats s’affrontant pour les élections à venir : Hillary Clinton et Donald Trump. Et comme si l’écart avec notre production (encore un tantinet frileuse) n’était pas suffisant, BrainDead ajoute à son emprise politique, un récit fantastique débridé s’autorisant une bonne dose de satire. Ne cherchez plus, vous tenez là l’objet sériel non identifié de l’été !

Tout commence par la chute d’une météorite sur le territoire russe. Les débris – qui intéressent très logiquement la communauté scientifique – sont envoyés aux États-Unis pour analyse. Mais il se trouve que le caillou en question est habité pas une colonie de fourmis (d’origine extraterrestre, donc). Ces dernières s’échappent du Smithonian – où la roche devait être examinée – et se répandent joyeusement dans Washington D.C.
Parallèlement, nous faisons la connaissance de Laurel qui accepte un poste auprès de son sénateur démocrate de frangin, à condition que son père finance son documentaire sur les chants mélanésiens. Elle est donc aux premières loges pour assister à l’agitation du microcosme politique, surtout lorsqu’il semble subitement surenchérir de plus belle. Faut-il y voir une corrélation avec l’invasion des fourmis aliens ?

Grand écart ? Michelle et Robert King (The Good Wife) ne se refusent rien. Avec BrainDead, ils prennent le temps de dresser un décor fidèle à la machine gouvernementale américaine. Sans aller aussi loin que d’autres comédies profondément ancrées dans les arcanes de la capitale (notamment Veep et Alpha House), leur nouvelle série prend tout le soin nécessaire à dépeindre en premier lieu ce cadre réaliste, même si c’est pour mieux le désosser ensuite.

Car dans ce maelström permanent, ils ajoutent en effet une étincelle fantastique parfaitement débridée. Un principe de récit que l’on croirait issu d’un mauvais film d’horreur, sans que celui-ci vienne déséquilibrer un contexte qui reste – après 5 épisodes – un parfait miroir de l’actuel jeu politique états-unien. Si la dimension fantastique est intelligemment accrochée au récit (la chute de météore a vraiment eu lieu en Ukraine, une espèce de fourmi maligne similaire existe bel et bien), son but n’est clairement pas d’exister pour le seul objectif de plaire aux amateurs du genre, mais bien de subvertir complètement le point de vue sur le contexte politique.

Laurel Healy (Mary Elizabeth Winstead)

Laurel Healy (Mary Elizabeth Winstead)

Satire contagieuse. Par ce procédé, BrainDead devient un révélateur de l’absurdité des postures politiques en vogue. Le propos des King est éloquent : si une grossière influence extraterrestre prenait le contrôle de nos dirigeants, nous ne pourrions faire la différence tant leur comportement tutoie régulièrement les extrêmes.

Remarquez que cette approche satirique n’a pas été imaginée à la légère. Les personnes « infectées » ne basculent pas grossièrement vers le vilain. Paradoxalement, ils se mettent même à adopter une hygiène saine. Même si nous verrons qu’il y a des effets secondaires incapacitants, la seule altération apparente concernant leur point de vue partisan.

Éloge du compromis politique. On comprend alors qu’il n’est pas seulement question de se moquer de la classe politique, mais de pointer du doigt une dérive comportementale qui consiste à préférer les opinions clivantes au détriment de la diplomatie. Cette attitude que l’on range souvent sous le terme fourre-tout de « populisme » trouve dans BrainDead le procès qu’elle mérite.

Alors que la campagne électorale américaine bat son plein, que démocrates et républicains cherchent inlassablement le moindre détail pour s’opposer, il est assez courageux d’exprimer sa foi dans les vertus du compromis, en somme l’exercice d’une politique raisonnablement dépassionnée qui conduit logiquement à une meilleure gouvernance.

Dire tout cela sous couvert d’une comédie légère et corrosive à la fois n’est pas une mince réalisation. Merci à Michelle et Robert King pour un été qui s’annonce, dès lors, moins dénué de sens.

BrainDead (CBS) Saison 1 diffusée depuis le 13 juin et longue, en principe, de 13 épisodes.
Série créée par : Michelle & Robert King
Scénaristes : Les King, Larry Kaplow, Jonathan Tolins, Peter Parnell, Jacquelyn Reingold, Aurin Squire et Laura Marks (pour les 7 premiers volets).
Premier épisode réalisé par : Robert King.
Photographie de : Fred Murphy.
Avec : Mary Elizabeth Winstead, Danny Pino, Aaron Tveit, Tony Shalhoub, Nikki M. James, Johnny Ray Gill, Charlie Semine et Jan Maxwell.
Musique originale de : David Buckley
Previously musicaux par : Jonathan Coulton.

Une vidéo publiée par @braindeadcbs le

Visuels : BrainDead © Scott Free Productions, King Size Productions & CBS Television Studios.

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