Deauville 2014, ép. 2 : JOHN McTIERNAN, Chef, Juillet de sang…

Deauville 2014, ép. 2 : JOHN McTIERNAN, Chef, Juillet de sang…

jon-favreau-in-chef-movie-4Dimanche 7 septembre (hier donc, oui je sais on est à la bourre) : 2e journée de festival avec deux nouveaux films en compétition : le bizarre polar Juillet de sang (qu’on a vu) et Things People Do (qu’on a raté). L’après-midi fut aussi marqué par l’arrivée sur les planches de deux invités de renom : le jovial panda Jon Favreau, venu présenter sa comédie culinaire Chef et le lion renaissant John McTiernan, honoré par le Festival avant de filer sur Paris cette semaine pour un autre hommage à la Cinémathèque, samedi prochain.

 

CHEF8h45… Projection de Chef, écrit et réalisé par Jon Favreau. Avec lui-même dans le rôle de Carl Casper, chef d’un restau couru de L.A. dont la réputation personnelle va s’effondrer suite à la chronique désastreuse d’un blogueur gastronomique. Fragilisé par la missive qui a fait tâche d’huile sur Twitter, Carl se crée un compte et s’engage dans une joute virtuelle perdue d’avance avec le bretteur culinaire. Sommé par son patron (Dustin Hoffman) de s’en tenir au menu traditionnel qui assure à l’établissement son succès, Casper refuse de plier et souhaite prendre plus de risques. Viré, il va repartir à zéro en redécouvrant l’inspiration en ouvrant un food truck spécialisé dans les sandwiches cubains.

Un petit air d'Over the top...

Un petit air d’Over the top…

Arrrrgh, quel dommage ! Pourtant savouré jusqu’au trognon par une critique américaine en pâmoison (le film recueille un score de 88% au tomato-meter sur Rotten Tomatoes), Chef passe à côté du merveilleux feel-good movie qu’il aurait pu être. La faute à un montage bien trop long et un script qui délaie inutilement l’action : Chef dure deux heures quand 90 minutes eurent été amplement suffisantes. Le film met un temps interminable à rentrer dans le vif du sujet, soit plus d’une heure avant que Carl Casper investisse bel et bien son food truck et débute son road trip initiatique.

Vraiment regrettable, d’autant plus que Chef ne manque pas d’ingrédients goûtus : des seconds couteaux plutôt attachants (Sofia Vergara pour une fois en épouse cool, John Leguizamo en cuistôt tchatcheur et ami fidèle…), des cameos sympas (Hoffman, Johansson, Downey Jr…), un bon fond et un amour de la bouffe communicatif. Sans oublier une super B.O latino/groove (pourtant pas la came de votre serviteur) fichtrement entraînante. Bref, Chef est à l’évidence mitonné avec le cœur, mais le service aurait gagné à plus de nervosité.

Cold-in-July-affiche-111h : découverte de Juillet de sang, 4e long métrage de Jim Mickle (dont le We are what we are a tellement plu au Daily Mars qu’on organise un jeu-concours pour sa sortie DVD, dites donc !), projeté en compétition. L’action se situe en 1989, dans un bled du Texas. Réveillé en pleine nuit par un cambrioleur, le vendeur de cadres Richard Dane abat ce dernier par accident. Héros local involontaire, Dane se voit menacé par le père de la victime (Sam Shepard), repris de justice bien décidé à venger son fils. Mais une machination impliquant le FBI va faire prendre aux événements une tournure inattendue…

Bizarre, ce machin. Le cul entre plusieurs chaises (polar néo-noir, drame familial, vigilante movie…), Juillet de sang louvoie pas toujours adroitement entre premier et second degré, traitement auteurisant et méta-film amoureux des codes visuels et sonores eighties. Le virus des années 80 parcourt tout le film, de sa musique hautement Moroderio-Carpenterienne jusqu’à un point du scénario impliquant des cassettes VHS. Le personnage outrancier de Don Johnson (excellent dans un registre auto-parodique et foutrement séduisant malgré ses 64 piges) indique sans l’ombre d’un doute que Juillet de sang ne se prend pas vraiment au sérieux, tout comme l’atroce combo mulet/moustache naine de Michael C. Hall, que les groupies de Dexter auront bien du mal à reconnaître. Curieux objet en tout cas, pas vraiment abouti mais vaut le coup d’oeil !

 

 

20131120142143-life_itself_igg_graphic14h30 : pour le Daily Mars, David Mikanowski, triomphant et la bave aux lèvres, s’engouffre dans la salle du Casino de Deauville pour la projection du documentaire Life Itself, de Steve James. Présenté dans la catégorie “Les Docs de l’oncle Sam”, le film se penche sur la vie du célébrissime critique cinéma du Chicago Sun-Times, Roger Ebert. Décédé en 2013, à 70 ans, des suites d’un cancer, Ebert a marqué plusieurs générations de cinéphiles américains (et même au-delà) par ses chroniques assassines ou dithyrambiques, parues entre 1967 jusqu’à sa mort. Life Itself est à destination exclusive des cinéphiles au moral bien accroché : Steve James aborde de front la maladie de son sujet et sa décrépitude physique, images du monsieur subclaquant à l’appui, dans les mois qui ont précédé sa mort. David Mikanowski en est ressorti en pleine dépression, la bave aux lèvres remplacée par les larmes aux yeux et il vous dira bientôt plus l’expérience émotionnelle dévastatrice du récit de Steve James.

IMG_006817h30 : masterclass John McTiernan. LE clou de la journée. Tandis que le bien portant Jon Favreau à la méga bourre (et en chemise à gros carreaux bleux et rouge) enchaîne quelques interviews à la Villa Cartier, John McTiernan offre à Deauville sa première apparition publique depuis sa sortie de prison, le 25 février dernier après 328 jours de détention. David Mikanowski, encore lui, vous livrera un compte rendu et des impressions plus complètes de cette masterclass un peu surréaliste, pas vraiment maîtrisée par un Vincent Malausa excessivement intimidé (on peut le comprendre). Tantôt absent et cafouilleux, tantôt précis et malicieux, manifestement diminué, McTiernan n’en a certainement pas fini avec le contre-coup de cette quasi-année passée en prison.

IMG_0083Des extraits d’A la poursuite d’Octobre Rouge, Predator, Une Journée en enfer et Thomas Crown ont été projetés puis commentés avec plus ou moins de précision par le réalisateur, qui est de toute façon connu depuis longtemps pour avoir en horreur l’exercice de l’interview et de l’exégèse excessivement intello de son propre travail. Le modérateur n’était visiblement pas au courant… A voir si son autre masterclass à la Cinémathèque de Paris, le 12 septembre prochain, se révèlera plus probante.

 

22h15 : Mille cinq cent spectateurs totalement affamés sortent de la première de Chef, en présence du ventripotent Jon Favreau. L’acteur/réalisateur/scénariste, sur scène, a tenu à rendre hommage à la « grande tradition culinaire française » tout en rappelant ses propres origines francophones lointaines. Bande son latino + feel good movie familial + capital sympathie élevé de Favreau + surabondance de gros plans sur des sandwiches cubains gorgés de fromage fondu = applaudissements nourris d’une salle avec l’estomac dans les talons à la fin film. David Mikanowski a cependant fort peu goûté la tarte Favreau, sans saveur spéciale selon lui.

 

PROGRAMME DE CE LUNDI 8 SEPTEMBRE : 

Pour écrire ces lignes ainsi, pour mon binôme, que pour sa critique d’Un homme très recherché, nous avons séché lamentablement la projection du long métrage en compétition Uncertain Terms de Nathan Silver, à 11 heures. Un second film de la compèt’ sera dévoilé à 15h : War Story, de Mark Jackson.

Mais pour le Daily Mars, la curiosité du jour à ne louper sous aucun prétexte, c’est bien entendu The Go-Go Boys, de l’Israélienne Hilla Medalia, documentaire sur le duo fondateur de la “mythique” Cannon, Menahem Golan et Yoram Globus. Déjà projeté à Cannes, le film est une “bio autorisée”, donc à la gloire des deux moguls mais il parait que c’est très bien donc on y sera !

Enfin, à 20h30 ce soir, Deauville rend officiellement homage à John McTiernan et enchaînera avec la projection de Camp X-Ray de Peter Sattler, avec Kristen Stewart en jeune recrue de l’armée américaine parachutée à Guantanamo…. L’actrice ne s’est pas déplacée, comme décidément beaucoup de beautiful people dont cette 40e édition manque tout de même cruellement. On revient dessus demain ! (Je parle du film hein…).

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