Magic in the Moonlight (critique)

Magic in the Moonlight (critique)

Note de l'auteur

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     L’infatigable Woody Allen revient en France après Midnight in Paris pour une nouvelle comédie burlesque et romantique. La magie est-elle toujours au rendez-vous ? Le titre du film (prévu en salles pour le 22 octobre) nous donne déjà un indice…

Woody Allen, « le champion du monde des poids lourds » comme le surnomme son compatriote new-yorkais Abel Ferrara (fan de Zelig !) est donc de retour. Comme chaque année, le vieux maître livre son nouvel opus avec la régularité d’un métronome, après le triomphe critique et commercial de Blue Jasmine (avec un Oscar à la clé pour Cate Blanchett).

Que vaut ce dernier cru ? Si Magic in the Moonlight n’est certes pas un millésime d’exception, cette œuvre légère et pétillante comme une bulle de champagne se consomme avec un plaisir certain. Nettement moins sombre que le précédent, ce film fitzgeraldien se présente comme une classique histoire d’antagonisme entre un homme et une femme que tout oppose et qui vont, sans surprise, tomber dans les bras l’un de l’autre avant le mot « Fin ».

Magic in the Moonlight affiche américaineL’action se déroule en 1928, sur la Riviera française, où un célèbre magicien, le très britannique Stanley Crawford (Colin Firth, comme toujours impeccable), est chargé par un ami prestidigitateur de confondre une grande médium présumée, qui se fait payer une fortune pour ses services par une riche famille : la jeune et ravissante américaine Sophie Baker (Emma Stone, parfaite heroïne allenienne). Crawford, fat et arrogant, est un monstre d’égocentrisme. Un être sceptique et rationnel, bien décidé à démasquer les tours de cette fille trop belle pour être honnête. Il ne supporte d’ailleurs pas les charlatans qui prétendent posséder des dons divinatoires. Et n’a plus aucune illusion… sur l’amour. La télépathe a, en revanche, une toute autre conception de la vie.

C’est une instinctive, à l’écoute de ses émotions, qui privilégie l’instinct à l’intellect (elle est considérée d’ailleurs comme une inculte par Crawford, qui ne jure que par la pensée nietzschéenne). Une mystique, communiquant avec les morts (très belles scènes de spiritisme éclairées à la lueur des bougies) et croyant en un au-delà. Pour un agnostique convaincu comme Crawford, miss Baker est un cauchemar en jupon.

Comme le laisse augurer la chanson de Cole Porter accompagnant le générique de début (le très signifiant You Do Something to Me), Magic in the Moonlight est l’histoire d’un sortilège. Celui jeté par une femme sur un homme, ensorcelé progressivement par son charme.

Magic in the MoonlightCrawford le misanthrope apparaît dès la première scène du film à Berlin comme une sorte de tyran : il effectue un tour de magie dans un théâtre devant un public, déguisé en cruel Fu-Manchu. Tout le film alors va tourner autour du thème de l’illusion, de la duperie. Crawford est-il vraiment un docteur Fu-Manchu (on le voit insulter en coulisses ses collaborateurs de façon odieuse) ? L’habit ne fait pas le moine. Et Sophie Baker, communique-t-elle vraiment avec les esprits ? Méfions-nous des apparences, semble dire Woody avec ce film où l’on tente de discerner le vrai du faux.

Mais quand les sentiments s’en mêlent, il est d’autant plus difficile de voir le dessous des cartes (de tarot). Avec cette comédie romantique, le cinéaste confirme en tout cas sa fascination pour la magie – un art fondé, comme le cinéma, sur la croyance -, que l’on retrouve tout au long de sa filmographie, du Complexe d’Œdipe (son segment du film à sketchs New York Stories) à Scoop, en passant par Stardust Memories, Alice et Le sortilège du scorpion de jade (sans oublier le personnage de voyante de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu).

EMMA STONECette « Magie au clair de Lune » (eu égard à une très belle scène nocturne dans un observatoire où Stanley et Sophie trouvent refuge lors d’un orage) a pour atout des dialogues incontestablement brillants. Mais aussi une photo exceptionnelle du grand Darius Khondji (qui a déjà collaboré à trois reprises avec le réalisateur sur Anything Else, Minuit à Paris et To Rome with Love) et opte ici pour le format CinémaScope en utilisant de vieux objectifs anamorphiques. Saluons enfin la beauté des décors et costumes (les sublimes tenues Années folles d’Emma Stone) qui ont dû rendre fous de jalousie James Ivory et Baz Luhrmann (Gatsby le magnifique) réunis ! Tourné à Nice, au Cap d’Antibes et à Juan-les-Pins, ce long métrage est aussi une déclaration d’amour au sud de la France et à ses décors naturels particulièrement cinégéniques.

Alors certes, ce charmant film en costumes n’est peut-être pas aussi original que son très rétro Comédie érotique d’une nuit d’été datant de 1982. Mais à 78 ans, Woody tient encore la barre, merci pour lui ! Bon pied bon œil, il enquille d’ailleurs avec un thriller avec Joaquin Phoenix où il retrouvera Emma Stone, en passe de devenir sa nouvelle égérie. Le rendez-vous est pris pour 2015.

Film écrit et réalisé par Woody Allen. Avec Emma Stone, Colin Firth, Marcia Gay Harden, Jacki Weaver, Eileen Atkins, Catherine McCormack. 1h38. Sortie le 22 octobre.

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