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Deauville 2014 : The Disappearance of Eleanor Rigby : Them (critique)

Deauville 2014 : The Disappearance of Eleanor Rigby : Them (critique)

Note de l'auteur

the-disappearance-of-eleanor-rigby-jessica-chastain-james-mcavoy1-600x398 Inégal mais joli mélo amoureux produit Jessica Chastain, TDoERT (acronyme peu élégant je te l’accorde, mais qui prend moins de place) refuse en bloc un excès de tragédie pour appeler à la lutte dans l’épreuve. Du poncif ici et là, certes, mais une introspection finalement plutôt attachante en même temps qu’un projet d’écriture qui devrait au moins passionner les écoles.

Jessica Chastain n’aura pas fait long feu à Deauville : à peine honorée en cérémonie d’ouverture vendredi soir, la rouquine sublime s’envolait pour Toronto le lendemain pour présenter Mademoiselle Julie. Il ne restait plus aux festivaliers frenchies qu’à se consoler en découvrant samedi, sans l’actrice, The Disapperarance of Eleanor Rigby : Them, intéressante entreprise de film tricéphale, écrit et réalisé par Ned Benson et produit par Chastain. Au coeur du script : l’histoire d’un couple très amoureux, Conor (James McAvoy) et Eleanor (Chastain), dont la relation se désagrège brutalement après la mort de leur bébé, suite à laquelle Eleanor fait une tentative de suicide. Chacun de leur côté, elle et lui chercheront leurs propres solutions pour se reconstruire, au prix d’introspections douloureuses et d’un risque de séparation définitive. diapeasraence3

The Disappearance of Eleanor Rigby, titre clin d’oeil du réalisateur à une chanson des Beatles qu’on n’entendra jamais dans le film, a d’abord été écrit comme une oeuvre en deux actes. Le volet Them, découvert à Cannes dans la section Un certain regard et projeté hors compétition cette année à Deauville, n’était à l’origine pas prévu dans l’esprit de Ned Benson, parti d’abord dans l’idée de faire deux films : Him et Her. Soit la même histoire, mais montée à travers les points de vue respectifs de Conor pour Him, et celui d’Eleanor pour Her. Montrés au festival de Toronto en 2013, Him et Her ont suscité tellement de réactions de festivaliers désireux d’un 3e acte combinant les deux subjectivités que Benson s’est laissé convaincre. Avec l’aide de Kristina Boden, (co-monteuse de L’Impasse avec Bill Pankow), le réalisateur est retourné en salle de montage pour opérer un travail de précision chirurgicale et fusionner Him et Her en une troisième entité : Them.

C’est paradoxalement ce dernier qui sortira en salles en premier (pas encore de date officielle pour la France, cependant) et à la lumière de cette construction rashomonesque, on comprend mieux la structure elliptique parfois déroutante de Them. Les informations sur l’aventure tragique du couple Conor/El sont partagées entre les deux précédents films et ce troisième rejeton opère parfois des accélérés bizarres dans le déroulement des événements. Le bonheur de la première séquence, montrant les amoureux quitter en courant un restaurant sans avoir payé, est brutalement interrompu par la tentative de suicide d’Eleanor sans que nous soit délivrée l’information sur l’élément déclencheur de cet acte extrême. Jessica+Chastain+Jessica+Chastain+Viola+Davis+3yxUp2sNLmRl

Tout au long du film, le point de vue oscille entre elle et lui, les dialogues évoquant les raisons expliquant la séparation… sans nous donner à voir les faits. Des “trous” savamment étudiés pour laisser le soin à Him et Her de combler plus tard les blancs – dans le cas où nous découvrions ces deux autres volets. Dans Them, Benson alterne l’action entre les chaotiques retrouvailles de El avec elle-même auprès de sa famille, et la quête similaire de nouveaux repères par Conor. Inconvénient de l’exercice : si la construction de Them reste parfaitement fluide et d’une étonnante unité malgré son aspect “Frankenstein”, l’émotion brute pâtit de l’aspect un poil trop clinique de l’ensemble.

Benson ne commet jamais de faute de goût, évite adroitement le pathos racoleur et téléphoné qu’appelait son pitch éculé, mais parallèlement échoue à vraiment nous toucher à force de trop de retenue dans son numéro d’équilibriste. Impeccables et heureusement eux aussi nous épargnant un jeu larmoyant, Chastain et McAvoy sont à l’avenant : justes mais… le cristallin reste bizarrement sec. Autre reproche :  un excès de références à une France germanopratine toujours autant fantasmée par nos amis américains et n’évitant pas ici les lieux communs.

Reste à Them de belles qualités : la poésie des lucioles dans Central Park, une bande son diégétique distillant une immersive mélancolie et un sentiment d’authenticité incassable grâce à de parfaits seconds rôles (William Hurt, Isabelle Huppert, et Jess Weixler en soeur cadette d’Eleanor – Weixler est la meilleure amie de Chastain dans la vie). J’allais oublier le très attachant et toujours impérial Ciaran Hinds, ici employé comme papa restaurateur de Conor. Un personnage à l’image de la philosophie du film : blessé, imbibé de spleen et de regrets mais qui ne lâchera malgré tout jamais la rampe et qui, depuis sa séparation, s’est retrouvé des repères efficaces, aussi chiches soient-ils.

Au-delà de son statut d’expérience d’écriture fascinante et de son déficit d’émotion, The Disappearence of Elanor Rigby : Them reste un mélo à découvrir pour son refus des excès auteurisants et le choix délibéré de donner une chance à ses personnages cassés. Tout en maintenant jusqu’aux ultimes secondes le champ des possibles. On en ressort, sinon bouleversés, du moins charmés par cette douce-amère épopée des âmes. Souhaitons au film une distribution française – aux Etats-Unis, c’est la Weinstein qui s’en charge.

The Disappearrance of Eleanor Rigby : Them, de Ned Benson. Scénario :  Ned Benson. Durée : 2h02. Sortie française non communiquée.

 

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