Découvrir… Battlestar Galactica (après tout le monde) par Stéphane Chéreau

Découvrir… Battlestar Galactica (après tout le monde) par Stéphane Chéreau

Nous voilà arrivés au terme d’un mois de collaboration avec l’équipe du Daily Mars (merci les gens). Pour la dernière édition de cette rubrique « J’ai découvert … après tout le monde », j’ai choisi une série qui fera peut-être moins l’unanimité que les précédentes. Enfin, disons que le public de Friday Night Lights, des Soprano ou de Buffy est sans doute plus large que celui de Battlestar Galactica. Les fans n’en sont pas moins fans mais ils sont peut-être moins nombreux. Et pourtant quel bijou que cette série !

Alors pour ceux qui, comme moi, avaient d’énormes aprioris (que je vais énoncer) sur BSG, je dois vous prévenir : je n’ai pas vraiment choisi de mater cette série. On m’a offert les DVDs et je n’avais donc pas tellement d’autre possibilité que de la regarder, histoire de ne froisser personne (d’autant que ce sont mes colocs’ de l’époque qui me les avaient offertes et que l’un d’eux avait quand même bien envie de se les taper avec moi). Et ben vous savez quoi ? J’ai drôlement bien fait !

Ce que je pensais trouver dans BSG

BSG 1Des vaisseaux : bon, faut pas être un génie pour savoir que Battlestar Galactica se passe dans l’espace. Donc forcément, je m’attendais bien à voir quelques vaisseaux spatiaux par-ci, par-là. Et ben j’ai pas été déçu. Pour le coup, on en bouffe du vaisseau ! Mais on en bouffe joliment parce qu’il faut admettre que pour une série tv, les effets spéciaux sont remarquables. Les maquettes sont impressionnantes et la réalisation parfaitement adaptée au format de la télévision : tournées à la manière d’un documentaire avec des zooms et des dézooms parfois un peu bruts, les images spatiales donnent l’impression d’avoir été prises sur le vif. Cela donne un coté très réaliste à la série (si,si) et puis ça permet d’être un peu moins tatillons sur des effets spéciaux très couteux. Malin.

Des robots : Contrairement à Star Trek ou Babylon 5 (que je n’ai jamais vus), je savais qu’il n’y aurait pas d’extraterrestres dans BSG. Je savais que les humains seraient opposés à des robots, appelés Cylons. Mais j’ignorais totalement que la majorité d’entre eux avaient un aspect humain. Là encore, ça évite à la production d’avoir à multiplier les effets, mais ça apporte surtout une belle dose de paranoïa à la série et avec elle tout le sel de l’histoire : qui est un robot, qui n’en est pas ? En qui peut-on faire confiance ?

De la politique : Alors oui, on m’avait dit « Tu verras, BSG, c’est trop bien, on croit que c’est du space opera (nom donné aux séries du genre), mais en fait non, ça parle vachement de politique. ». Ok, je suis obligé d’admettre que tout ça me laissait vraiment très sceptique. Si ça parle de politique comme dans Star Wars, le fan de The West Wing que j’étais risquait d’être déçu. Mais en fait, non, j’avais tort. Et bien tort. BSG, ça parle vraiment de politique. Et ça en parle même de façon très actuelle avec des débats fascinants sur la définition et le bienfondé d’une démocratie, le rôle de l’armée, les dérives totalitaires, la place des femmes au pouvoir, la question de la torture… Bref, BSG, c’est presque pas de la science-fiction, finalement. Presque pas, j’ai dit.

BSG 3Mary McDonnell : de tout le casting, c’est la seule comédienne que j’avais retenue avant de lancer le pilote parce que c’est la seule que je connaissais. Pour moi, c’était évidemment la bouleversante héroïne de Danse avec les Loups, tellement juste, tellement touchante (bon c’était aussi la First Lady dans Independance Day, mais ça, ça compte moins, quoiqu’elle y était touchante aussi). J’avais donc hâte de retrouver cette comédienne au timbre de voix si particulier et au charisme évident. Et là encore, j’ai pas été déçu. Son personnage de Laura Roslin, propulsée à la présidence de l’humanité (rien que ça) compte à coup sur parmi les plus réussis de la série.

Bref, je ne connaissais vraiment pas grand-chose de la série, mais je ne partais avec les meilleurs préjugés du monde. Globalement, j’attendais surtout une série réservée aux geeks, férus de science-fiction et de batailles spatiales. Mais résumer BSG à ça serait vraiment passer à coté de tout le génie de cette série. Si seulement on m’en avait dit plus.

Ce qu’on a oublié de me dire

La survie de l’espèce humaine : l’histoire de BSG, c’est quand même ça avant tout. Après une attaque surprise des Cylons, robots créés par l’homme et émancipés depuis des décennies, l’humanité voit les « douze colonies », planètes sur lesquelles elle est implantée, réduites à néant. Les rares survivants partent à bord de vaisseaux spatiaux rejoindre la mythique et inconnue 13ème colonie, appelée Terre. Battlestar Galactica est donc bel et bien une histoire de survie, avec tous les problèmes matériaux que ça pose, bien sur mais aussi toutes les angoisses métaphysiques que ça génère : comment conserver la mémoire d’une civilisation disparue, comment garder l’espoir de pouvoir reconstruire ailleurs ce qui a été détruit ?… Les personnages pris dans ce cataclysme sont donc souvent obligés de faire des choix qui vont parfois à l’encontre de leurs idéaux, dans le seul but de pérenniser l’espèce humaine. Ce qui permet d’aborder de nouveaux sujets d’actualité : que faire face à une pénurie d’eau potable ? Quelle attitude adopter face à l’avortement quand l’humanité est sur le point de s’éteindre ?… Encore une fois, BSG étonne par sa faculté à traiter des débats actuels de façon si juste et si complexe.

Une réflexion religieuse : et à propos de débats, il faut préciser que les thèmes de la série ne s’arrêtent pas à la politique. Certes, celle-ci est très présente et parfaitement exploitée. Mais la question de la religion est également au cœur des conversations. Et chose étonnante, les scénaristes ont pris le parti de donner aux méchants Cylons une religion moderne, monothéiste, avec un dieu d’amour là où les humains restent fidèles à une religion polythéiste ancestrale, composée de dieux vengeurs. Fascinante idée que ce parti pris. Les Cylons en deviennent automatiquement plus intéressants.

BSG 2Gaïus Baltar et Numéro 6 : Gaïus, c’est le traitre. Celui qui a communiqué les codes des armes de destruction massives ayant sevis à anéantir l’humanité à une Cylon sexy et séduisante connue uniquement sous le nom de Numéro 6. Entre nous, je n’aime pas beaucoup Gaïus, contrairement à beaucoup de fans de la série. Mais ce que j’aime avant tout dans ce duo, c’est leur ambigüité, leur non-conformisme. A eux deux, ils prouvent à quel point la série est tout sauf manichéenne. Rejoints très vite par d’autres personnages, Gaïus et N°6 apportent des nuances dans les discours de chaque camp, remettant en cause les certitudes des uns et des autres. Et c’est fichtrement passionnant.

Jamie Bamber : Attention, beau gosse en vue. Vraiment très beau, le comédien est aussi très bon. Personnellement, entre lui et Katee Sackhoff, son binôme féminin dans la série, il n’y a pas photo. Et je sais que là, je vais me faire des ennemis. Le jeu de Sackhoff est lourd là où celui de Bamber est subtil. En plus, l’évolution de son personnage, surnommé Apollo (tiens, tiens) est bien plus intéressante que celui de sa pote Starbuck : jeune militaire ambitieux, il finit par remettre toutes ses certitudes en question et pour finalement offrir ses service à la présidente, du coté des civils. Ses rapports avec son père, le commandant Adama (joué par l’ultra charismatique –décidément- Edward James Olmos), font aussi partie des storylines émouvantes de la série. Non vraiment, Apollo, ça n’est pas qu’un plaisir pour les yeux, c’est aussi un chouette perso.

Les treize modèles : Très vite, on apprend que les Cylons humanoïdes existent sous treize modèles différents (huit d’entre eux possèdent des clones en quantité indéfinie). Comme je le disais plus haut, l’envie de connaitre l’identité des treize modèles donne envie de voir la série jusqu’au bout. Et la cadence des révélations distillées au fur et à mesure des saisons est parfaitement dosée par les scénaristes.

Frack : détail fun, dans BSG, on ne dit pas Fuck (interdit à la télé américaine) mais Frack. C’est con, mais il fallait y penser.

Au final, si j’avais su tout ça plus tôt, je me serais peut-être lancer plus rapidement dans le visionnage de la série bien plus subtile et bien plus intelligente qu’il n’y parait. Une fois commencée, je n’ai plus pu m’arrêter.

Ce que j’en ai pensé saison après saison

BSG 5Mini-série et saison 1 : BSG commence par une mini-série de deux épisodes de 90 minutes qui relate l’attaque génocidaire des Cylon contre l’humanité. En 3h, je prends une véritable claque. L’écriture de la série, l’introduction des personnages, la mise en place de leurs enjeux, les décors et costumes, tout est parfaitement maitrisé. Concrètement il ne se passe quasiment rien pendant la première moitié de ce pilote déguisé et pourtant c’est passionnant. Déjà, on devine une série verbale plus qu’une série d’action (même si les scènes de combats dans l’espace sont vraiment funs).

La première saison qui suit reste au même niveau. On assiste au début de l’organisation d’une humanité réduite à peau de chagrin, en déroute, perdue. L’alternance d’enjeu tour à tour matériels (trouver de l’eau, du fuel) ou moraux (organiser des élections) permet d’aborder une quantité de sujets très variés.
En plus des personnages de Laura Roslin et d’Apollo, je suis immédiatement séduit par celui de Sharon Valerii, une Cylon qui s’ignore. Personnage un peu injustement délaissé vers la fin de la série, cette première saison lui offre de jolis moments.

Cette saison me marque aussi par le soin apporté aux personnages secondaires comme Cally, Dee ou Billy. Vraiment mineurs, ils n’en sont pas moins profonds. La marque des grandes séries.

Autre idée intéressante et néanmoins angoissante : le décompte des survivants (ils sont 50 298 au début de la série) ne cesse de diminuer d’épisode en épisode. Flippant.

Dernier constat : le récit avance et il avance vite. C’est tant mieux. On aurait pu craindre que l’humanité flotte indéfiniment dans l’espace, mais non, elle trace sa route, récolte des indices, démasque certains traitres. Bref, ça bouge dans BSG.

Saison 2 : brillante saison.

J’en retiens surtout l’arrivée du vaisseau Pégasus avec à sa tête la dangereuse amiral Cain (interprétée par la toujours géniale Michelle Forbes, où qu’elle soit) qui remet en question l’autorité et la stratégie imposée par le commandant Adama. Grand moment pour la série.

Tigh, le second d’Adama, gagne en profondeur : l’homme est alcoolique et agressif mais n’en reste pas moins humain, comme le prouve l’affection démesurée qu’il porte à sa folle de femme.

Comme dans la saison 1, le récit continue d’avancer : les humains gagnent enfin leurs premières victoires stratégiques sur les Cylons, les identités de ceux-ci continuent d’être révéler.

Strabuck m’agace. Je suis désolé pour les fans de ce personnage, mais elle m’énerve et je comprends mal l’attachement que lui portent les Adama, père et fils. Du coup, ses amourettes avec Sam qui constitue plutôt un bon personnage par ailleurs, me gavent. Voilà.

Les différentes versions de Sharon continuent d’être vraiment passionnantes. Et avec elle, Helo est en passe de devenir également un de mes personnages préférés.
Enfin, la fin de saison vient mettre un énorme coup de pied dans la fourmilière : les humains trouvent une planète habitable (qui n’est pas la Terre). Par un hasard de circonstances, Gaïus Baltar est au pouvoir à ce moment là. Il choisit de coloniser cette planète, réputée introuvable par les Cylons plutôt que de continuer à fuir ces derniers. L’implantation de l’humanité sur « New Caprica » se met en place, rapidement interrompue par l’arrivée de Cylons avec qui Baltar, toujours sous l’influence de Numéro 6, choisit de collaborer. Enorme final. Très couillu de la part des scénaristes

BSG 4Saison 3 : ça commence avec un choc : Apollo a grossi ! Horreur !

Plus sérieusement, la situation de ce début de saison n’est pas des plus brillantes pour les héros, mais passionnant pour moi. Les humains vivent sous l’occupation des Cylons et organisent une résistance. Finalement, le soulèvement de l’humanité et l’épuration qui s’en suit redonne un nouveau souffle à la série. Tout parallèle avec une partie sombre de notre Histoire est parfaitement assumé. Et génialement traité. Quand je vous disais que la série est intellectuellement réussie.
Baltar passe une partie de la saison dans les vaisseaux Cylons. L’occasion pour nous d’en apprendre toujours plus sur les ennemis, pas forcément si méchants. Mais la soupe un poil ésotérique qu’on nous sert parfois m’ennuie un peu.

La question religieuse prend de plus en plus de place, de façon très juste. Les premières crises de foi se font sentir chez certains. Notamment chez le chef Tyrol, que je n’ai pas mentionné jusqu’ici, mais qui se révèle magistral dans cette saison.

La révélation de l’identité de quatre Cylons me file une bonne claque. J’ai beau spoiler à fond dans cette article, je ne peux pas me résoudre à révéler leur nom ici. Mas ça en jette.

J’ai cru à un moment qu’on se débarrasserait de Starbuck, mais non. Elle revient pour le final, dans une version illuminée et encore plus tête à claque d’elle-même. Super. Elle a au moins la bonne idée de révéler le chemin vers la Terre. Chouette, on approche de la fin.

Saison 4 : pas la plus réussie, elle offre cependant une jolie fin à la série.

Les luttes de pouvoir continuent de faire rage, du coté humain comme du coté Cylon. Il n’y a plus de camp des gentils et de camp des méchants. On a maintenant des individus qui tentent de se positionner en suivant leur conscience. Forcément c’est passionnant.

On perd du monde dans cette saison. Et notamment de jolis rôles secondaires. Dommage, mais passage obligatoire pour ne pas offrir à la série un parfait happy end qui ne lui ressemblerait pas.

Le personnage de Starbuck frise le ridicule dans cette saison et la conclusion de sa storyline me reste encore un peu sur l’estomac.

Lorsqu’enfin, les héros arrivent sur Terre, ils ne sont plus très nombreux : 39 516 au dernier recensement. Mais heureusement, certains Cylons décident de venir gonfler les rangs. Même si je crois savoir que sa conclusion n’a pas fait l’unanimité, j’aime l’idée qu’on apprenne que la série s’est déroulé il y a plusieurs milliers d’années et que l’humanité terrestre que découvre nos héros en est encore à un stade préhistorique. La dernière scène, elle, est dispensable.

Jusqu’au bout, le récit aura été parfaitement mené, même si, je le répète, cette quatrième saison est la plus faible.

BSG 6

De bout en bout, Battlestar Galactica aura donc été un véritable bijou d’écriture. Bien plus qu’une histoire de bataille spatiale, la série fait preuve d’intelligence et de subtilité. On est facilement taxé de geekerie quand on avoue aimer cette série, mais qu’importe. Ceux qui savent, savent. Je ne suis pas fan du genre, mais s’il ne fallait en choisir qu’une, celle-là est véritablement la seule et unique à retenir.

Ecrire cette review m’a donné bien envie de regarder « The Plan », téléfilm sorti à la suite de la fin de la série et qui se propose de redécouvrir toute l’histoire de la série, mais du coté Cylon. Pas de très bonne réputation (les fans trouvent son intérêt limité), il pourrait quand même m’apporter une petite piqure de rappel salutaire.

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