Découvrir… Buffy (après tout le monde) par Stéphane Chéreau

Découvrir… Buffy (après tout le monde) par Stéphane Chéreau

Buffy Après Friday Night Lights et Les Soprano, il est temps de passer en revue un nouveau chef d’œuvre jugé unanimement culte par la planète séries, mais que je n’ai personnellement découvert que très récemment (il y a un an et demi pour être précis) : Buffy contre les Vampires (ou Buffy, The Vampire Slayer pour les puristes, ou BTVS, pour les accros du hashtag). Avant de démarrer ce billet, je tiens à préciser que j’ai 31 ans (ouais, ok, quasi 32, c’est bon, ça va, quoi !) et j’assume parfaitement : Buffy rocks !

Ce que je pensais trouver dans Buffy :

Des maquillages tout pourris : pardon d’avance, mais le premier truc auquel je pensais avant de regarder Buffy, c’était ces masques en latex tous moisis sortis directement d’un film de série B. Et en y regardant de plus près, je dois quand même avouer que ça reste en partie vrai. Alors, d’accord, le travail effectué sur les vampires est finalement très réussi (et entre nous, ces maquillages qui font peur sont toujours bien plus parlants qu’un vampire qui brille – suivez mon regard) et leur traitement s’est même amélioré au fil des saisons – notamment le morphing leur permettant de passer de leur état normal humain à leur état vampirique. Mais alors, le reste du bestiaire reste quand même très laid, très grossier. Les démons qui pullulent dans la série sont majoritairement assez risibles. Perso, je n’accroche pas du tout à cette direction artistique. Mais bon, je ne me suis pas laissé démonter par ça : on ne juge pas un livre à sa couverture. En plus de cela, en dehors des maquillages, le reste des effets spéciaux sont plutôt franchement réussis, avec une mention spéciale pour l’effet de décomposition des vampires, vraiment bien trouvé (et bien moins sale que dans True Blood).

De la castagne : pour le coup, je n’ai pas été déçu. Ça se fighte bien comme il faut dans Buffy. Et c’est fun.

Une Sarah Michelle Gellar en mode barbie-pouf’ : pour moi, c’était quand même une actrice de slasher movies pour adolescents (Scream 2, Souviens toi… l’été dernier). Et même si j’avais adoré ces films en leur temps, ce n’était pas vraiment pour la performance de Sarah Michelle Gellar. Pour moi, elle jouait les bimbos un peu monodimensionnelles et basta, exception faite de Sexe Intentions. Sur ce point, je suis obligé d’admettre que je me suis trompé. D’abord, SMG est drôle, très drôle. Elle a un sens de la comédie que je n’attendais pas. Et puis, elle est touchante aussi. Mais elle ne tombe pas dans le sentimentalisme exacerbé, ce qu’on aurait pu craindre quand on voit le nombre de merdes qui lui tombent sur le coin de la gueule en sept saisons. Non décidément, SMG déchire en Buffy.

Une série pour ados : quand j’ai entamé la première saison, j’avais au fond de moi ce petit sentiment honteux qui me faisait dire que je cédais à une envie d’adolescent refoulé. Pour moi, Buffy, ce n’était plus de mon âge. Je n’aurais pas pu être plus éloigné de la vérité. Le génie du programme est d’avoir réussi à trouver un équilibre entre la teen-série et le divertissement toute génération. Évidemment, comparé à Breaking Bad ou à True Detective, c’est un peu plus léger. Mais ce n’est pas parce que BTVS se prend moins au sérieux que c’est une mauvaise série.

Au final, je partais donc avec des a priori plutôt négatifs, imaginant une série de bien piètre qualité, réservée aux ados addicts à la trilogie du samedi, avec des monstres ringards et des superpouvoirs kitschs. Bref, j’imaginais Charmed (c’est dire la gravité du truc). Mais c’est pas ma faute parce qu’on avait oublié de me mentionner certains points.

Ce qu’on avait oublié de me dire :

spike-buffy-contre-les-vampires-10572284forjuSpike (interprété par l’excellent James Marsters) : Qui peut parler de Buffy sans parler de Spike ? Hein ? Qui ? Clairement mon personnage préféré de la série. Et de loin. Absent de la première et de la troisième saison, Spike, dès ses débuts, apporte à la série ce que, selon moi, Angel n’a jamais pu lui donner. Bien moins mièvre que son collègue, Spike est cool. Il est drôle, il est cruel, il est fou (certes, moins que sa copine Drusilla), mais on l’aime pour ça. Obligé de collaborer avec le scooby-gang (nom donné à la bande à Buffy) à partir de la saison 4, le personnage gagne en profondeur. Toujours borderline, politiquement incorrect, il s’attache malgré tout peu à peu à cette bande. Et pire, il tombe amoureux de Buffy. Et de là, il devient le personnage le plus touchant de la série. Torturé, seul, incompris, et finalement d’une loyauté à toute épreuve, il tente malgré tout de garder la face, tout en continuant à s’en prendre plein la face par le reste de l’équipe. Personnage au spectre d’émotions le plus étendu, Spike connait en 5 saisons l’évolution la plus réussie de la série. Il est à lui seul une raison suffisante de la regarder. Il est d’ailleurs celui pour qui je me laisserai presque tenter de me lancer dans Angel. Presque.

La pop culture dominante : Buffy est une création du génial Joss Whedon. Et s’il faut reconnaître une qualité à ce showrunner, c’est sa maîtrise absolue de la pop culture. Alors évidemment, pour s’en rendre compte, il faut regarder la série en VO. Pourtant bourrée de références littéraires, ciné ou télévisuelles, BTVS perd toute sa saveur dans la langue de Molière. Dommage d’avoir pensé que les Français ne parviendraient pas à saisir ces subtilités.

La drôlerie : autre victime de la traduction française, l’humour. Buffy, c’est drôle ! Et je ne le dirai jamais assez ! Et dire que je l’ignorais. Et pour cause, les rares épisodes que j’avais vus étaient ceux diffusés sur M6 dans une VF déplorable qui contourne toutes les vannes, pourtant tout à fait traduisibles dans la plupart des cas.

Spike : Ah bah non, ça, j’en ai déjà parlé. Mais c’est quand même important de le redire. Spile rules !

Le buffyverse : ce mot, connu seulement des aficionados, désigne l’univers de Joss Whedon développé dans Buffy mais aussi dans Angel et dans d’autres déclinaisons (des comics, notamment) reprenant la galerie de personnages évoluant  autour de Buffy. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Whedon maîtrise parfaitement son sujet. Toujours très cohérente d’un épisode à l’autre, la série n’est en aucun cas une accumulation d’histoires indépendantes les unes des autres, avec un monstre par semaine. Non, la série est très feuilletonnante et il est difficile d’en profiter pleinement sans voir les épisodes dans l’ordre.

Spike : je ne me souviens plus, je vous ai dit qu’il était vraiment trop cool, ce personnage ?

J’ignorais donc que Buffy est en fait une série d’une bien meilleure qualité qu’il n’y paraît. Drôle, intelligente, touchante, féministe, parfois sombre, elle est à coup sûr la meilleure série du genre. S’il ne fallait en choisir qu’une parmi toutes celles mettant en scène des adolescents et des phénomènes fantastiques (je pense à Roswell ou à The Vampire Diaries), ce serait celle-là !

Ce que j’en ai pensé, saison après saison :

Cela m’a surpris mais chaque saison de Buffy est parfaitement construite avec un « grand méchant » différent tous les ans qui permet de donner une identité très précise à chaque chapitre.

buffy201-cordeliaSaison 1 : clairement la plus faible de la série. Toi, le novice qui voudrait se lancer, te voilà prévenu. Les débuts ne sont pas bons. Cheaps, kitschs, nombre d’épisodes sont vraiment ratés. Pourtant, impossible de faire l’impasse car ils posent les bases de la mythologie de la série. Et puis certains d’entre eux seront régulièrement moqués dans les saisons suivantes.

Comme d’habitude, dès le début, je m’attache à certains personnages (Buffy et Willow) et je m’agace de certains autres : Xander n’aura jamais ma préférence. Je ne lui trouve pas d’intérêt. Et ça n’évoluera pas au cours des sept saisons.

Par ailleurs, le Maître, c’est-à-dire le méchant de la saison, n’est vraiment pas passionnant (mais bon, il a le mérite d’être le premier).

Enfin, je m’ennuie globalement en regardant l’histoire d’amour qui naît entre Buffy et Angel. C’est du déjà-vu. Et je trouve Boreanaz mauvais, monoexpressif, ennuyeux. Pardon pour les shipers.

Saison 2 : c’est pas encore tout à fait ça, mais on franchit quand même un cap par rapport à la saison 1. Et vous savez pourquoi ? Parce que Spike fait son apparition ! Les épisodes restent encore un peu légers mais la venue des deux méchants (Spike donc, avec sa dulcinée Drusilla) marque le début d’une mythologie vraiment consistante. Notamment l’arrivée d’une nouvelle Tueuse après la mort présumée de Buffy en fin de saison 1.

Dans cette saison, Angel devient un peu intéressant : il se transforme en Angelus, son alter-ego méchant et démoniaque. Enfin, le mec se rebelle un peu et cesse d’être l’amoureux transi et malheureux de Buffy.

Des personnages secondaires gagnent mon affection avec des storylines un peu plus développées : Cordelia, condensé d’humour parfaitement géré par son interprète par Charisma Carpenter (qui serait une autre raison de regarder Angel) ainsi que Giles et sa relation avec Jenny Calendar en sont de bons exemples.

La majorité des épisodes restent dans la lignée des débuts. Pas mauvais, ils manquent encore de souffle pour vraiment donner à la saison la dimension qu’elle mérite.

Saison 3 : les choses sérieuses commencent vraiment cette année (malgré l’absence de Spike). La parabole que la série entretient avec l’adolescence n’a jamais été aussi forte que dans cette saison. Buffy et ses potes doivent quitter le lycée. Ce bouleversement vécu par tout un chacun comme une rupture se traduit ici par le fait que le principal du lycée et le maire de la ville (figures ultimes de l’autorité) sont des ennemis avérés. S’émanciper pour mieux survivre. Buffy grandit et pousse les spectateurs à se poser les mêmes questions qu’elle.

La relation Angel-Buffy plus tordue, plus complexe, devient presque intéressante. Presque, j’ai dit.

Mais l’apparition de Faith, le pendant dark de Buffy, pose d’autres questions intéressantes sur le rôle de Tueuse, et avec ça, des questions sur l’émancipation et l’indépendance. Personnellement, j’ai toujours adoré Faith pour sa noirceur et sa solitude. Un peu comme Spike finalement. Coïncidence ?

Dans les rôles secondaires, deux nouveaux venus : Oz (déjà présent en saison 2) prend plus de place. Tant mieux parce que j’aime bien cette nouvelle métaphore de l’adolescence incarnée par ce jeune loup-garou qui ne maîtrise pas son corps qui change (ça a l’air lourd comme ça, mais c’est bien amené). C’est aussi l’apparition d’Anya, qui prendra plus d’importance dans les saisons suivantes. Après Spike, c’est le personnage le plus drôle de la série.

La fin de la saison continue d’apporter des réponses très intelligentes sur l’adolescence et l’apprentissage de l’âge adulte. L’étape cruciale où les héros s’émancipent en quittant le lycée pour enfin devenir des adultes devient un combat concret pour survivre dans un monde dangereux. Ça aussi, ça paraît lourd sur le papier mais ça fonctionne.

Saison 4 : changement de décor : Buffy est à la fac. Il est communément admis de dire que cette saison est ratée, mais moi, je l’aime bien. J’aime l’idée, apportée avec Riley, le gentil amoureux de Buffy, qu’il existe une branche secrète de l’armée qui se bat contre les forces occultes. J’aime beaucoup moins le « méchant » de la saison, incarné par cette créature issue des labos de l’armée, Adam. Mouais, bof. C’est dommage, ça partait bien.

Angel est parti vivre de nouvelles aventures à L.A. Bouhou. Mais bon, je ne vais pas vous faire un dessin : devinez qui revient dans cette saison pour mon plus grand plaisir ? Spike ! Et franchement, ça redonne un nouveau souffle à la série. Non ?

Autre aspect qui me plaît beaucoup dans cette saison : Willow développe ses talents de magicienne. Et même si je regrette le départ d’Oz, je me réjouis de l’arrivée de Tara, apprentie sorcière et lesbienne en herbe qui va permettre à Willow de se révéler. Au passage, il faut noter qu’avoir un personnage principal qui découvre son homosexualité à l’époque où Buffy est diffusée est un fait encore extrêmement rare. Encore une magnifique preuve que Whedon a l’art de dépeindre l’adolescence avec beaucoup de justesse.

TTT héroïnes 08

Épisode mythique : Hush (Un silence de mort) s4e10 : la population de Sunnydale est rendue muette par la faute de démons. Les trois quarts de l’épisode se déroulent sans une parole échangée. Une prouesse.

Saison 5 : la meilleure, selon moi. Sans hésitation. Et pas uniquement parce que Spike développe des sentiments amoureux pour Buffy. C’est évidemment beaucoup pour ça, mais pas que.

L’apparition de Dawn, la petite sœur de Buffy, est une superbe idée, magnifiquement introduite dans la série. Autant que la présence de Gloria, déesse maléfique qui cherche à éliminer Dawn. J’ai adoré cet arc scénaristique, bancal sur le papier, et pourtant magnifiquement géré.

Xander devient lui aussi intéressant et drôle par la relation de plus en plus étroite qu’il entretient avec Anya.

Willow montre les premiers signes de sombritude dans cette saison : l’apprentie sorcière n’est définitivement plus la gentille geek des débuts et ça me plaît. Vivement la suite.

Suite qu’on a failli ne jamais voir. La fin de la saison, triste au possible, met en scène la mort de Buffy. La série qui a manqué de peu de s’arrêter à ce stade, aurait pu finir ici, dramatiquement. Et ça aurait été couillu. Mais non, Buffy renaîtra sur une chaine concurrente pour deux saisons supplémentaires.

Episode mythique : The Body (Orphelines) s5e16: Joyce, la mère de Buffy et Dawn, meurt. Cet épisode est l’un des plus dramatiques et des plus tristes de la série. Et pourtant Joss Whedon décide d’en faire l’un des plus normaux. Ici, point de magie, de fantastique. C’est tout juste si on voit un vampire montrer le bout de son nez. Non, face à la mort, même les superhéros ne peuvent rien. Bouleversant.

Saison 6 : loin d’être un mauvais cru, la saison 6 souffre surtout de passer après la parfaite saison 5. Mais elle nous offre quand même de grands moments. Et notamment le retour à la vie de Buffy, pas si ravie que ça de quitter le paradis qu’elle semblait avoir atteint. Buffy devient subitement beaucoup plus sombre. Et forcément plus intéressante. Entre autres parce qu’après avoir connu les affres de la mort, elle se rapproche un peu plus de Spike, au point d’entamer une relation amoureuse contre nature avec lui.

Le côté sombre de la série est renforcée par la mort de Tara qui exacerbe les pulsions démoniaques de Willow. Le vrai ennemi de cette saison, c’est elle. Encore une jolie manière pour Whedon de traiter le deuil. Bien vu l’artiste.

Les méchants de l’année, originaux au possible, sont à mille lieux des créatures maléfiques qui ont hanté les saisons précédentes. Il s’agit ici d’un trio de geeks qui inventent des machines et des sortilèges pour gagner en popularité. La série n’a jamais été aussi riche en référence pop. Brillant.

À noter que la saison 6 est celle qui marque le départ de Giles, le précepteur-formateur de Buffy. Il ne me manquera pas beaucoup.

Épisode mythique : Once more with feeling (Que le spectacle commence) s6e7: opus chanté à la façon d’une comédie musicale, il permet aux personnages de révéler par le chant ce qu’ils n’osaient pas se dire jusque-là. Une nouvelle prouesse d’écriture.

Saison 7 : sans doute la plus faible avec la saison 1. Dommage, Buffy rate sa sortie de scène. La saison se résume globalement à la formation que Buffy offre à de jeunes recrues, appelées à devenir d’éventuelles futures tueuses. Et le problème vient surtout de là. Je m’ennuie fortement à assister à ce camp de JI Jane en puissance. C’est long et ça n’avance pas. Et pourtant, Buffy est censée affronter la Force, représentation ultime du Mal. So what ? Ce grand méchant n’a pas le charisme de Spike ou de Gloria.

La saison n’est pas totalement mauvaise pour autant mais comparée aux saisons précédentes, elle ne fait pas le poids.

Le dernier épisode, vraiment pas le plus réussi de la saison, me déçoit profondément sur un point. Je vous laisse deviner qui y laisse sa vie… Crime de lèse-majesté.

En conclusion, il est regrettable que Buffy contre les Vampires souffre encore de sa réputation de teen-show en France parce qu’il s’agit incontestablement d’une œuvre majeure du début des années 2000. Je fais moi-même partie des gens qui daubaient facilement sur cette série que je jugeais cheap. Mea Culpa. Trois fois mea culpa. Après l’avoir vue dans son intégralité, je peux le dire : Buffy est une grande série. Et Spike, un grand personnage.

Le blog de Stéphane Chéreau : http://serialcritics.blogspot.fr/

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