Demain, une oasis : Ayerdhal, entre amour et humanité

Demain, une oasis : Ayerdhal, entre amour et humanité

Note de l'auteur

La semaine Ayerdhal ne pouvait se finir sans la critique d’un de ses livres. Alors, place à Demain, une oasis, réédité sous peu Au Diable Vauvert.

9791030700237_1_75L’histoire : Il était médecin à Genève. C’était quelqu’un, un rouage de la machine ni plus, ni moins. Il faut dire qu’il n’y réfléchissait pas tant, son monde était là-haut, dans l’espace. Puis, un jour, on le kidnappe. Il se réveille dans un camp, en Afrique, aux côtés d’un homme atteint de la gangrène.

Mon avis : Si le postulat de départ semble quelque peu simpliste, voire caricatural, le récit pourtant se compose et se nuance. Notre médecin est quelqu’un de normal, de médiocre dans un sens, il se laisse porter. Il est tiède. Jusqu’au jour où il peut devenir quelqu’un. Ca ne se passe pas tout seul, ça ne se passe pas rapidement. On peut blâmer des puissances extérieures qui le contraignent. Mais en réalité, le changement est avant tout intérieur. Et une fois les yeux ouverts, difficiles de les fermer.

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l’ancienne couverture

Le Diable Vauvert réédite cet ouvrage, qui date de 1992 pour la première parution, mais en l’axant young adult. Ce n’est pas une mauvaise idée, car il s’agit d’un récit relativement court et simple à comprendre. Certes, parfois, le langage se fait technique mais il reste un thème puissant qui accompagne le lecteur. Celui de l’amour.

L’amour est quelque chose dont nous n’avons pas parlé cette semaine. C’est pourtant un des moteurs d’Ayerdhal, l’amour pour une personne et l’amour pour son prochain, une profonde empathie qui rend frères tous les êtres humains. Le roman est écrit à la première personne, une rareté dans ses livres, commence par des mots d’amour offerts à une dénommée Tatiana. C’est aussi un ouvrage qui pose clairement la question, visible aussi dans ses livres depuis La Bohême et l’Ivraie à Rainbow Warriors : la fin justifie-t-elle les moyens ?

Le constat est posé, les ennemis clairement identifiés, et si l’homme est gris, savoir et ne rien faire ne le rend-il pas coupable ? Un ouvrage donc aussi bien pour les jeunes que pour les adultes, certes un peu simpliste par moments.

Si vous aimez : les tableaux de Francis Bacon.

Autour du livre : l’ouvrage a été lauréat du Grand prix de l’imaginaire en 1993 et n’a (malheureusement) pas pris une ride.

Tete

Tête VI. Francis Bacon.

Extrait : « Cette journée m’a laissé de drôles de goûts dans la bouche. J’avais du mal à admettre que tout fût aussi sale et net, mais je ne pouvais pas nier les « rapprochements » du Chat. Toutefois, j’ai décidé d’écarter ces données de mon cerveau déjà bien embrumé, comme j’en ai écarté tout ce qui n’était pas purement médical.
Je travaillais avec Marité, sœur Marie-Thérèse, elle me tenait lieu d’infirmière. Certains l’appelaient « Ma sœur », d’autres « Teresa », d’autres « Mère Thé » et nous Marité, mais tous l’admiraient pour des milliers de raisons différentes. Elle réussissait à faire ce que tout le monde attendait d’elle sans jamais paraître débordée et en s’octroyant, au passage, les corvées que personne n’avait la force d’accomplir.
J’ai parlé de l’équipe médicale… nous étions une vingtaine de vingt nationalités différents, d’origines et de compétences très disparates. Pour ce que j’en savais, j’étais le seul kidnappé, ce qui n’arrangeait pas ma sociabilité déclinante, d’autant que tous semblaient trouver cela très normal. »

Sortie : le 15 novembre, édition Au Diable Vauvert, 251 pages, 15 euros.

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