On a lu… Demi-Sang d’Hubert et Gatignol

On a lu… Demi-Sang d’Hubert et Gatignol

Note de l'auteur

Il y a un an, nous avions rencontré Hubert et Gatignol, à l’occasion de la sortie de leur bande dessinée, intitulée Petit. Depuis, elle a reçu le prix de la meilleure BD aux Utopiales de Nantes, en plus d’être acclamée par la critique. Voilà la suite, Demi-sang.

demi-sangL’histoire : Né humain dans un monde de géants, Yori n’a qu’un rêve : devenir chambellan. Mais fils d’un Noble-Né et d’une roturière, il va lui falloir être retors, astucieux, malin pour arriver à ce poste, et prendre soin de sa mère.

Mon avis : Si Petit était un conte sur le déterminisme social, on continue ici sur la lancée, mais du côté des hommes. Il ne s’agit pas d’une suite à Petit, absolument pas, et cela était annoncé dès le début par les auteurs. Non, cette fois, on commence en amont, Petit et Yori se croiseront, ce dernier étant un personnage secondaire du premier tome. Deux planches seront d’ailleurs identiques, sauf que cette fois, nous nous penchons côté humain.

Alors, est-ce aussi réussi ? Oui, oui, oui ! Les attentes étaient élevées pourtant, après la première excursion d’Hubert et Gatignol dans le monde gothique des géants. La première BD avait réussi à monter tout un univers cruel et à délivrer un message politique. Mais en choisissant de délaisser Petit et de s’intéresser à Yori, le lecteur est affranchi de toute comparaison. On sent pourtant le lien entre les deux. L’histoire de Yori était en effet présente en partie dans la première BD, avant d’être coupée au montage, ce qui explique l’imbrication réussie entre les deux récits. On garde l’atmosphère lourde, sombre, mortifère, les tableaux noirs du château, les aplats noirs et les cadrages somptueux de Bertrand Gatignol, les passages écrits d’Hubert. On garde le tout et on raconte.

Demi-Sang-CL’histoire de Yori est finalement l’histoire d’un homme qui se bat contre ses racines, son statut de « demi-sang ». Lui se bat parce qu’il veut devenir chambellan. Et dans sa quête de pouvoir, Yori change, évolue. C’est une histoire qui peut paraître finalement déjà vue, mais qui prend une tournure d’autant plus dramatique que les rois à servir sont des Ogres-Dieux. Le tout est mis en valeur par des cadrages splendides et des dialogues parcimonieux. Une architecture parfaite. Pourtant, ces derniers restent assez absents. Cette fois-ci, ce sont les intrigues politiques des humains que le lecteur découvre. La force, les faiblesses de Yori, sa haine surtout. Son passage de gamin des rues au service des Dieux. On sait ce qu’il est, on apprend comment il l’est devenu.

Un grand moment de BD qui a aussi pour lien, avec le premier tome, une histoire de filiation et de rapport fils-mère malsain. La famille, dans tout ce qu’elle a de cannibale. Sans oublier le très beau travail des Éditions Soleil qui mettent en avant dessin et texte, par un papier épais et brillant, l’usage de dorures, de pages de garde et portraits permettant à Hubert d’écrire le passé des chambellans.

À lire.

En accompagnement : Un verre de vin corsé. Et préparer son doudou pour quand on ferme la BD.

Autour de la BD : Et maintenant ? Un autre personnage, une autre histoire dans le monde de Petit et Yori, celui des Ogres-Dieux ? On ne peut imaginer que ce sera tout. Hubert et Gatignol, c’est une relation qui marche, et que l’on suit avec attention.

Extrait : « Toi, tu t’imagines déjà chambellan ? Mais tu n’es qu’un bâtard ! Tu décrotteras nos bottes et tu diras merci. Alors ne te soucie pas des chambellans. »

Sortie : juin 2016, éditions Soleil, 152 pages, 22,95 euros.

 

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