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Demi-teinte… (critique de L’Etrange Pouvoir de Norman, de Sam Fell et Chris Butler)

Demi-teinte… (critique de L’Etrange Pouvoir de Norman, de Sam Fell et Chris Butler)

Après Coraline, le studio Leika fait une nouvelle fois la preuve de son éclatant savoir faire graphique et poétique… mais reproduit aussi la même pénurie relative d’émotion en raison de personnages secondaires un poil fantomatiques.

 

 

SYNOPSIS : Dans la bourgade de Blithe Hollow, en Nouvelle Angleterre, le jeune Norman Babcock a le don de voir les Morts. Passionné par les univers macabres et le cinéma d’horreur, il se sent hélas bien seul entre sa famille qui le néglige et des copains de classe qui le harcèlent. Jusqu’au jour où, juste avant de mourir, son oncle Prenderghast lui confie qu’une malédiction imminente va s’abattre sur la ville. Une invasion de zombies déclenchée par un mystérieux sortilège centenaire, auquel seuls les pouvoirs de Norman parviendront à trouver une solution.

 

 

Je me souviens avoir ressenti une impression similaire en sortant de la projection de Coraline : un film absolument ravissant, prenant et original mais dont les personnages manquaient d’un je ne sais quoi de supplément d’âme pour m’emporter dans leurs péripéties. Un spectacle hautement recommandable pour son souci de la belle ouvrage mais un tantinet froid, presque ennuyeux. Rebelote avec ParaNorman (titre en V.O plus rapide à taper, fait chaud…), situé même un cran au dessous de Coraline dans la maîtrise du récit. Comme il fait 38° au moment où j’écris ces lignes, mon bulbe en mode spaghetti mou se contentera d’une critique peu ambitieuse (fait rarissime sur blog, tu en conviendras, lecteur chéri), à base de pour/contre. Mélange de 3D et de Stop-Motion (ancestrale technique d’animation image par image popularisée au 20e siècle par Will O’Brien dans Le Monde Perdu et King Kong), ParaNorman a d’abord un immense mérite : faire du cinéma référentiel sans nous le coller sous le nez à grand renfort de name dropping foireux ou coups de coude démago. Dans la brocante geek de ParaNorman, on chine du Sixième sens (un peu), du teenage movie à la sauce John Hughes, énormément de Fog (même thématique, la vengeance meurtrière en moins) et tout l’univers des films Hammer (plus que de Romero) pour un film qui, au final selon les co-réalisateurs, s’apparente à « un épisode de Scoubidou réalisé par Sam Raimi ».

Subtilement distillé, l’amour évident des auteurs pour les univers de l’imaginaire n’est jamais crié à tue-tête , il hante discrètement l’intrigue, via Norman et les échappatoires qu’il trouve à sa solitude. Très attachant avec son petit air triste et ses gros sourcils, le petit gars incompris des siens et harcelé à l’école par le gros Alvin, souffre autant d’un manque d’amour que de son incapacité à faire croire à sa famille qu’il n’est pas cintré. Les Morts sont finalement ses amis les plus proches, au premier rang desquels sa grand mère trépassée, scotchée avec lui dans le salon à se goinfrer de films d’épouvante. Mine d’or émotionnelle potentielle, cette trame est hélas en partie vampirisée par le suspense lié à la malédiction menaçant Blithe Hollow et l’invasion de zombies déclenchée par la « vilaine sorcière » du film. Traînant parfois la patte, forçant un peu le trait sur les cris et autres gags bruyants pas forcément drôles, le scénario néglige les relations entre des personnages insuffisamment creusés pour vraiment nous toucher. L’entourage de Norman se limite à des seconds rôles qui ne sortent jamais vraiment de leur fonction caricaturale (les parents cons, l’insupportable grande sœur bimbo, le copain gros facétieux et son frangin musculeux bas du front…) et semblent traités avec trop de désinvolture. Certains autres protagonistes pourtant potentiellement géniaux, comme l’oncle reclus  Prenderghast, sont même à la limite du bâclage. Même l’affection de Norman pour sa grand-mère et le thème de l’absence restent à l’état de piste présente mais délaissée au profit du sort collectif du bled en question, dont on se fout pas mal, à vrai dire.

 

 

Trop gourmand – comédie fantastique,  épouvante, film de poursuite, chronique familiale… – l’ensemble dose mal les tons et limite son impact à ses prouesses visuelles. Trop rares, les moments d’émotion n’atteignent jamais ici l’intensité des « virages larmichette » presque toujours admirablement négociés chez Pixar et, hormis un joli plan final où enfin, le récit provoque une vibration, on reste un peu en rase campagne côté gorge nouée. Intéressant dans son évocation d’une Amérique à l’ADN gorgé de superstitions depuis l’ère des pilgrims, ParaNorman délivre aussi un message d’appel à la raison contre les haines collectives issues de la peur de l’autre, qui ne peut pas faire de mal. Assez radicalement macabre et lugubre malgré le cahier des charges comique (je n’y emmènerais pas un enfant de moins de 7 ans), il propose une œuvre  artistique intègre à la superbe facture technique. Marionnettes incroyablement expressives, poésie des décors et d’une photo aux nuances de couleurs éblouissantes, inventivité d’une mise en scène criblée de détails… c’est vraiment du très beau boulot. Dommage, hélas, que malgré tous ses charmes, ParaNorman nous donne le sentiment d’une grande promesse jamais tenue.

 

L’Etrange Pouvoir de Norman, de Sam Fell et Chris Butler (1h27). Sortie le 22 août.

 

 

 

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