Des Clips Et Des Claps, épisode 3 : Spike Jonze

Des Clips Et Des Claps, épisode 3 : Spike Jonze

Il n’y a pas que le ciné et Game of Thrones dans la vie et c’est pour cette raison que pour accompagner votre été, le Daily Mars vous propose un dossier sur une sélection de clips réalisés par de grands, parfois très grands noms du 7ème Art. Que ce soit avant, pendant ou après leurs carrières cinématographiques, que ce soit une tentative isolée ou un exercice répété à plusieurs reprises, leurs détours par le clip ne sont jamais passés inaperçus. Passage en revue des troupes…!
 

Parmi tous les réalisateurs de notre série, Spike Jonze est sans doute le plus insaisissable. Il n’a pas une patte visuelle vraiment définissable dans sa carrière de clippeur, à l’inverse d’un Gondry ou même d’un Chris Cunningham. En listant sa vidéographie, on se rend compte que la grande majorité des traitements de clips pourrait être lue comme une blague. Spike Jonze, c’est un peu le sale gosse des vidéoclippeurs, habitué aux farces et attrapes avec la bande de « Jackass » qu’il a accompagné de MTV jusqu’à leur lucrative trilogie ciné ; le Nelson Muntz de la profession, caché dans les buissons et faisant « Ha-ha » à un public confus ou irrité. Mais Jonze est aussi le meilleur allié de l’esprit du MTV des 90s, une chaîne qui le lui a bien rendu, outre Jackass, en le couvrant de Video Music Awards (4 en tant que réalisateur). De plus, le monsieur n’étant pas vraiment habitué à s’épancher sur son travail de clippeur (voir ses interventions dans une rétrospective de Channel 4 reprise dans le DVD « The Work Of Director Spike Jonze »). On peut donc dégager trois principes dans la foutraque vidéographie de Jonze:

Un concept fort, ça peut mener loin(g)
Beastie Boys- Sabotage


Du chaos, de l’énergie et des moustaches. Les Beasties pastichent Les Rues de San Francisco, et engendrent un des clips les plus mémorables des 90’s. Jonze reprend ses compétences de vidéos de skate pour capter les sauts et autres cascades de Mike D, Ad-Rock et MCA. Balance des dummies du haut d’un pont. Filme quelques plans en 16mm. Des hordes de téléspectateurs regrettent de ne pas avoir la série « Sabotage » à l’antenne. Une génération entière de pasticheurs avec les moyens du bord leur doit une fière chandelle (pas plus tard que cette semaine, les Tijuana Panthers par exemple). (Bonus : Mike D y est brièvement revenu récemment dans une série d’interviews vidéo pour Vanity Fair USA).

 

Notorious B.I.G. featuring 112- Sky’s The Limit


Un clip qui prouve que Jonze est un maître dans l’art de trouver le bon ton pour ses idées. Rap et influence sur les djeunz ont toujours été l’objet de débats pontificateurs, encore plus dans le contexte de la bataille East/West Coast qui coûta la vie à Christopher Wallace. « Sky’s the Limit » est diffusé dans un contexte de volonté d’apaisement. Faire interpréter B.I.G., Puff Daddy par des enfants, avec un pastiche respectueux des codes de Hype Williams et sa fish-eye camera à toutes les sauces, peut basculer dans le mauvais goût. Mais voir les mimiques de mini-B.I.G., son playback plus vrai que nature, même en rappant des menaces comme « This crew’s your crew/Well they might be next » et un esprit de « faire comme les grands » qui habite tout le clip apporte une qualité affectueuse et tendre. A mon sens, le meilleur clip de B.I.G. et très haut dans la liste des hommages posthumes au rappeur de Brooklyn. Tout ça uniquement grâce au traitement satirique impeccable de Jonze.

 

Björk – It’s Oh So Quiet


Le virage le plus inattendu de Post est servi par une vidéo qui voit Björk immergée dans un univers de Jacques Demy. Via un garagiste aux toilettes super sales. Rompre la monotonie et faire basculer l’Islandaise, qui a vraiment l’air d’être comme chez elle, dans une chorégraphie pastichant Busby Berkeley : telle est la compétence de Jonze. Faire collaborer l’artiste jusqu’au bout de son délire. Une stratégie payante, puisque Lars Von Trier la choisira pour Dancer In The Dark sur la foi de cette vidéo, et que le clip participera au succès commercial du titre, et ajoutera au magnétisme de Björk en tant qu’alt-icon du milieu des années 1990.

Farces et attrapes
Weezer- Buddy Holly

Détournement vidéo de « Happy Days », avec une apparition du gérant du diner original pour présenter le groupe. Rivers Cuomo comme on ne l’a jamais vu (ou on le verra jamais). Le montage les faisant interagir avec The Fonz, les raccords en terme de photographie, les doublures du diner…. Un coup monté qui tient encore la route, et qui élèvera Weezer au rang d’incontournables de MTV.

Wax- California

Un mec en feu court en plein Hollywood. Pour attraper un bus. Avec un concept pareil, Jonze l’étire sur deux minutes, joue sur la révélation progressive et termine sur une petite fille visiblement ennuyée qui a loupé le spectacle. La Californie, c’est un peu l’ennui aussi. Une idée de pub diablement efficace pour le groupe oublié Wax, mais honnêtement, cela aurait pu être le traitement pour un clip d’Emir Kusturica que ça n’aurait pas changé grand-chose. Jonze était le maître des concepts cool, concis et un peu bêtes selon MTV. De quoi hypnotiser Beavis.

 

Fatboy Slim – Praise You

Un clip qui a été renié par Jonze, qui a créé le personnage du choréographe à la petite semaine Philip Koufey, et fait une flashmob avec son groupe de danseurs quarantenaires et quinquagénaires dans le clip, en temps réel devant un cinéma californien. Aspect VHS cru, intro, routines qui s’apparentent plus à de l’exercice dominical qu’à de la danse contemporaine…. Le délire est total, et le succès assez immédiat. Avec le clip de « Sabotage » un des meilleurs exemples de l’apport de Jonze au médium.

Un documentaire récent et suédois de 30 minutes sur le making-of du clip et le succès de Fatboy Slim.

 

 

L’artisanal (c’est un métier)

Le côté « bande de potes qui s’amuse en faisant du karaoké » apparaît dans quelques vidéos de Jonze. Un aspect de vidéo amateur, de fun et de lumières crues qui se retrouve dans le clip de « Crush With Eyeliner » de R.E.M. avec des Japonais qui se lâchent en soirée. Ou comment reprendre l’esthétique alt qui fait fureur alors pour la transposer culturellement.

Phantom Planet – Big Brat


Un groupe de potes se retrouve pour faire un court ultrafauché sur une romance entre zombies. Les 2/3 du clip sont le making-of tourné façon vidéo amateur, et la fin ressemble à ces court-métrages de fin d’étude, imparfaits mais tellement plaisants. Un testament de l’affection portée par Jonze à la culture du DIY.

 

 Mike Watt-Liberty Calls


Ou la dure vie de pêcheurs routiers.

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