Deströyer 666 – Wildfire (Season of Mist) [Music Mini Review]

Deströyer 666 – Wildfire (Season of Mist) [Music Mini Review]

Note de l'auteur

Stoppez toutes affaires cessantes, Deströyer 666 sort un nouvel album ! Et avec lui, la perspective de voir à nouveau les mondes du thrash et du black entrer en collision. Après tout ce temps, les Australiens ont-ils encore quelque chose à dire ? Wildfire semble l’affirmer.

Depuis presque vingt ans et cinq albums, les Australiens de Deströyer 666 promènent leur blackened thrash sur les terres hostiles du metal. Une trajectoire rectiligne, sans déviation, sans révolution, pour un objectif qui ne nous prendra jamais à contre-pieds. On pourrait craindre un effet de lassitude devant autant d’économie et peu de surprise, voire de tomber dans l’oubli des sept longues années qui séparent Defiance (2009) de Wildfire. Au contraire, la bande à K.K. Warslut entend défier le temps, façon Dorian Gray, ne subissant ses effets, date d’utilisation optimale bien active.

destroyer666-wildfire-01Il a toujours existé un sentiment paradoxal dans la musique des Australiens. Quand l’énergie brute du thrash rencontre le nihilisme prostré du black metal. L’association fonctionne mais donne naissance à un côté lunatique où l’on est pris d’une frénésie de headbanging pour revenir juste après à une immobilité extatique. C’est l’intro de I Am the Wargod (Ode to the Battle Slain) sur Phoenix Rising (2000) qui invite à une messe ritualiste avant de prendre les armes et de se frayer un chemin à coup de riffs épiques et un rythme élastico-martial.

Wildfire semble revenir à un état plus primitif, souligné par des mélodies carnassières sur des structures décharnées. On ajoute quelques effluves éthyliques dans des hymnes antiques sur lesquels K.K. Warslut quitte provisoirement ses oripeaux de black métalleux et on obtient un thrash rockeux putrescent. On croirait même croiser le fantôme de Lemmy Kilmister (Motörhead) sur un White Line Fever et son chant qui racle bien le fond de la gorge. Du thrash rudimentaire de Traitor et Live and Burn au refrain de Hounds at ya Back, l’efficacité absolue fauchera l’auditeur étourdi, surpris par l’intelligence un peu régressive de l’ensemble.
Seule exception à cet instinct primal, Tamam Shud et sa versatilité enchanteresse. À la belle et longue introduction qui pose l’ambiance, la chanson part dans une supplique qui rappelle A Sermon to the Dead sur Defiance, puis, évolue vers une douce folie accostant sur les terres de Bathory. Un voyage aux paysages multiples, envoûtant et d’une fluidité étonnante compte tenu des bifurcations empruntées.

Wildfire ne ment jamais sur la marchandise : c’est un disque de Deströyer 666. Des riffs d’âmes vendues au diable ; de l’épique belliqueux à conduire le dalaï-lama à la guerre ; une énergie à enflammer un adepte d’André Rieu ; une efficacité perverse à pousser le plus radicalisé des mormons à décapsuler une bière et la vider cul sec. Une année où figure un album de Deströyer 666 est déjà une belle année musicale. Avec Wildfire, on vient peut-être de trouver l’un de ses plus beaux représentants.

Deströyer 666 – Wildfire (Season of Mist), sorti le 26 février 2016

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