Deutschland 83, De L’autre Côté (en direct de Séries Mania)

Deutschland 83, De L’autre Côté (en direct de Séries Mania)

Note de l'auteur
©RTL

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1983, en pleine Guerre froide. Alors que le monde est au bord de la catastrophe nucléaire, la Stasi envoie un jeune espion de l’Est, infiltrer l’armée de l’Ouest. Il a pour mission de trouver les secrets de la stratégie militaire de l’OTAN.

L’espion est un corps vierge sur lequel s’écrit des histoires. A l’image d’un générique (qui devrait subir des modifications pour sa diffusion sur Canal +) où l’on projette des images d’époques, contextuelles, sur le corps, nu, du jeune Martin Rauch. Une page blanche que des narrateurs remplissent de mensonges, de vérités détournées, de croyances en manipulation. L’espion incarne une promesse, celle d’un récit fait de faux semblants, de manipulation, de mensonges entourés de vérités. Il exerce également un pouvoir quasi fétichiste par sa longue descendance où peu importent les époques, les pays, les camps, il finit par susciter l’attraction. L’espion figure cet état indécis, ce trait d’union entre deux oppositions et finit, par son jeu trouble, à questionner notre rapport à l’identité.

Les deux premiers épisodes diffusés nous montrent les fondements d’un récit où se partagent fétichisme de la reconstitution et mécanique de l’espionnage. Les premières images se regardent un peu dans son orfèvrerie méticuleuse. Attention répétée sur les décors, les voitures dans des choix de cadres à l’exubérance m’as-tu-vu. Vite balayé quand la série cherche à raconter son histoire. Une histoire d’opposition, une plongée derrière le miroir où l’on apprend ce que c’est de vivre de l’autre côté. Un autre côté que l’on fantasme, que l’on maudit, figuration de l’ennemi à l’esthétique légèrement appuyé pour montrer les différences. La dernière série a avoir joué ainsi que les faux reflets était Fringe. On y retrouvait, parfois, cette autre qui investit un monde qui ressemble au sien avec une légère altération, comme si elle avait prit un chemin de traverse.

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En exploitant un jeune adulte de 24 ans, les auteurs s’offrent le luxe d’une matière malléable. Un esprit encore manipulable, dont la contamination peut s’opérer des deux côtés. Persuadé d’espionner l’ennemi, de sacrifice pour sa nation, meurtrie quand il s’agit d’être arraché aux siens. Les deux épisodes sont une grande histoire de séparation. Celle d’un homme à sa mère, à sa petite amie, d’un citoyen à son pays, d’une identité à une autre. Une histoire d’abandon, un neveu par sa tante, des parents par une fille rebelle, d’un père militaire par un fils pacifiste. Une histoire de solitude, celle d’un espion derrière les lignes ennemie.

C’est aussi un récit passionnant qui sait ménager des séquences de tension avec une économie intelligente, pleine de maîtrise et beaucoup de retenue. Aidée par une réalisation souvent impeccable (inspiré par les frères Coen confessent les auteurs), un habillage sonore qui prolonge le travail de reconstitution et nous plonge dans cet esprit 80’s où l’on fredonnera le 99 Luftballons de Nena quelques heures après la fin du second épisode.

Créé par : Anna Winger, Joerg Winger ;
Ecrit par : Joerg Winger
Réalisé par : Edward Berger
Avec : Jonas Nay (Martin Rauch / Moritz Stamm), Sonja Gerhardt (Annett), Maria Schrader (Lenora Rauch),…

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