Dexter (Bilan de la saison 7)

Dexter (Bilan de la saison 7)

Note de l'auteur

La saison 7 de Dexter, le serial-killer le plus sympa des Etats-Unis, s’est achevée dimanche soir. Cette fois-ci, pas de cliffhanger monumental, mais une fin choquante, assez perverse, qui est venue clôturer une saison non sans qualité, mais incroyablement bancale.

 

ALERTE SPOILER : si vous n’avez pas vu le final de la saison 6 et n’avez jamais entendu parler de son twist, ne lisez pas cet article sous peine de gros spoil ! You’ve been warned…

 

Ca fait bien longtemps que Dexter ronronne. La série, ultra-tendance lors de sa sortie, qui offrit une saison 2 absolument remarquable et une 4 mémorable, ne prend strictement aucun risque, et ce depuis bien longtemps. Cette année, donc, Dexter aura été confronté à un mafieux ukrainien avec un accent britannique (Issak Sirko, interprété par l’excellent Ray Stevenson), à une supérieure hiérarchique (La Guerta, interprétée par la calamiteuse Lauren Velez), et une serial killeuse blonde (Hannah Mc Kay, jouée par Yvonne Stahovski).

Tout commence avec le final de la saison 6, et Debra qui trouve Dexter face au cadavre de Travis Marshall. Dexter va essayer de l’embourber dans des explications, et ainsi cacher sa véritable nature (mais aussi faire perdre le temps du téléspectateur qui n’attend que les révélations promises en fin de saison passée). Durant l’épisode, Mike Anderson, fraîchement débarqué l’an dernier, se fait assassiner par un membre de la mafia ukrainienne, que Dexter tue dans la foulée. Cet acte va donner naissance à la première arche de la saison, avec la « kashka brotherhood » et Sirko, venu à Miami pour venger la mort du mafieux.

Sont pas cromeugnons, tous les deux ?

Après avoir fait la connaissance du serial killer Wayne Randall (qui aidait la police à retrouver les corps de ses victimes), Dexter rencontre son ex-petite amie, la très agréable à regarder Hannah Mc Kay. C’est la seconde arche de la saison, entre-mêlée avec la première, l’arche « moments doux, papouilles et assassinats ». Enfin, alors que Maria LaGuerta a trouvé un des échantillons de sang appartenant à Dexter sur les lieux du meurtre de Travis Marshall, elle est persuadée que le « Bay Harbour Butcher » est toujours en activité, et donc qu’il ne s’agissait pas de Doakes. C’est la troisième arche narrative, qui couvre timidement la saison (4-5 minutes par épisodes, plus le final), qu’on appellera « cette piste narrative capitale menée par un personnage dont on se fout depuis 6 ans ».

Un bordel monstre, pas très maîtrisé, qui donne l’impression d’avoir été plus improvisé que planifié. La saison du « et pis aussi »… Dexter est durant toute la saison, le cul entre deux chaises: d’un côté l’aspect hyper-feuilletonnant du récit, qui entrecroise 4 fils rouges autour de son personnage principal (il ne faut pas oublier que les confrontations Dexter-Debra autour de sa vrai nature prennent un temps de récit considérable, en plus des trois arches pré-citées), mais aussi les fils rouges pour les personnages annexes. De l’autre, la volonté de créer une narration avec une trame contenue dans un épisode. Pour certaines séries, cet équilibre fonctionne à merveille, pour la saison 7 de Dexter, c’est plus chaotique.

Le premier épisode de la saison n’est pas particulièrement brillant (à l’inverse de l’an dernier). On en parlait dans ces pages, mais la verbalisation des limites du système Dexter par la bouche de Debra viennent décrédibiliser le personnage. Debra pose les questions qu’il ne fallait surtout pas poser, comme si elle s’érigeait en critique de la série. Du coup, ce qui fonctionnait avant dans un univers admis semble maintenant non-naturel. Heureusement, les auteurs en sont conscients, et finissent par intégrer ce questionnement dans le récit, faisant progressivement réaliser à Dexter que son « code » est une grosse connerie, que son « dark passenger » était juste un moyen pour lui de créer de la distance entre lui et les horreurs qu’il commet. La série, pour autant, aura-t-elle le courage de poser Dexter Morgan en antagoniste plutôt qu’en anti-héros ? Le final est assez ambigu à ce sujet…

Isaak Sirko, grand potentiel, gros gâchis

Le grand méchant de la saison, Sirko, est formidablement charismatique. Le duel à distance qu’il se livre avec Dexter Morgan est assez jubilatoire. Il donne même lieu à une scène tout droit empruntée à Heat. Lorsque Sirko, désavoué par ses supérieurs, se réfugie dans un bar gay (où il se sent à l’aise, wink-wink), il est rejoint par Dexter Morgan. S’en suit une conversation à coeur ouvert entre les deux hommes. C’est simple: c’est la première fois depuis au moins trois ans que Michael C. Hall semble se réveiller, redevenir un acteur. Stevenson le stimule, et ça se sent. Cette confrontation (qui mènera, l’épisode suivant, à une conclusion ridicule et en contradiction totale avec cette scène brillante) révèle le grand défaut de Dexter, et explique pourquoi la série ronronne depuis des années.

Afin de justifier le fait qu’aucun flic ne percute que Dexter Morgan est un taré, les auteurs ont mis en place un système très simple: la seule personne intelligente de son entourage professionnel, c’est sa soeur. Elle est donc incapable de déceler la vérité. Tous les autres sont des imbéciles incapables. Quinn est un queutard sans cervelle, en plus d’être un flic pourri (c’est flagrant cette année). Masuka est un idiot, caricature du « japonais pervers ». Angel Batista est un gentil imbécile, avec l’accent mis sur imbécile. Et Maria LaGuerta… quel personnage atroce. Ca fait 7 ans qu’on change sa personnalité, sans jamais qu’on ressente une évolution. Les saisons de LaGuerta peuvent se titrer comme des bouquins de « Martine »: en saison 5 « Maria est amoureuse », en saison 6 « Maria a une promotion », en saison 7 « Maria devient un flic ».

« -On a déjà résolu une affaire ?
-Ta gueule et continue de sourire connement. »

Autour de Dexter Morgan, plongé dans le noir et le sang et de Debra, à la vie romantique désespérante, il y a une cohorte de personnages qui semblent tout droit sortis d’une mauvaise sitcom (1). Motif de satisfaction, peut-être: les auteurs semblent décider à faire le ménage dans le cast. On peut commencer à flipper pour les Morgan, à l’idée que de bons flics soient recrutés, à moins que le problème de la Miami Metro ne vienne de son service RH (2).

La fin de saison traîne en longueur. Une fois Sirko mit de côté, on passe par un épisode « de transition », qui oppose le père d’Hannah McKay (Jim Beaver, terriblement mal utilisé) au jeune couple qu’elle forme avec Dexter. L’avant-dernier épisode règle le compte de cette union de fortune. Le dernier clôt toutes les pistes. Là encore, la série frôle l’épique sans y toucher. La confrontation Dexter-LaGuerta pouvait donner quelque chose de fort. Au final, tout semblera expédié, comme si Dexter n’avait rien à craindre. En même temps, voilà, confier la responsabilité du suspense à LaGuerta, c’est confier un ordinateur à un poulet.

Sorti de quelques images fortes (la confrontation dans le bar entre Sirko et Dexter, les derniers plans de la saisons), mais aussi, hélàs, d’autres particulièrement ridicules (Dexter et son google magique qui trouve tout de suite le bon lien quand il cherche un nom très répandu ; la future victime qui se fait piéger à courir après un gamin, et qui s’arrête pile dans l’ouverture du coffre de la voiture de Dexter; la scène de sexe entre Dexter et Hannah dans le village du Père Noël… et pourtant jamais je ne me serais imaginé rire lors d’une scène hot avec Yvonne), la saison 7 laisse une impression de grand bordel cacophonique, paradoxalement assez ennuyeuse. Un ton au-dessus de la calamiteuse saison 6, mais pas tant que ça.

Comme on l’a dit plus tôt, la confrontation Dexter-Debra arrive bien trop tard dans la série pour éveiller l’intérêt, même si elle provoque des scènes intéressantes. La série restant un carton, on se prend à craindre que non, la saison 8 ne sera pas la dernière. Et pourtant, il serait temps.

DEXTER, Saison 7 (Showtime)

Développée par James Manos Jr

Showrunnée par Scott Buck

Avec : Michael C. Hall (Dexter Morgan), Jennifer Carpenter (Debra Morgan), David Zayas (Angel Batista), Lauren Velez (Maria La Guerta), James Remar (Harry Morgan), C.S. Lee (Vince Masuka), Ray Stevenson (Isaak Sirko), Yvonne Strahovski (Hannah McKay)

(1) : Vivement le spin-off « Very Bad Cops », « There’s something funny at Miami Metro Police », « Quinn and Batista, partners in mediocrity »
(2) : La voilà, la justification des actions de Dexter, devant nos yeux : il est obligé d’agir ainsi parce que tous les flics de Miami sont des incompétents notoires et des abrutis complets. Si seulement c’était ça, la raison !

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