Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es (critique de Izombie 1.01 à 1.06)

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es (critique de Izombie 1.01 à 1.06)

Note de l'auteur

Une soirée sous le signe du sang, c’est le nouveau concept de France 4 désormais le vendredi soir, avec en première partie, la série intitulée Izombie. Une décision finalement logique, après la diffusion des titres teenage de la CW comme The 100 ou encore Teen Wolf, qui reste le cœur de cible de la chaîne.

 

Rien qu’à l’évocation de son titre, Izombie embarque avec lui un préjugé. En tout premier lieu, une impression nauséeuse de nous servir une énième histoire prétexte à base de morts vivants, en capitalisant sur le succès de titres du même genre. Bien sûr, on ne frôle pas l’indigestion non plus via le petit écran. Mais après les méandres trop verbeux des survivants de The Walking Dead, de son récent spin-off somnolant au possible, quand ce n’est pas un Z Nation décérébré qui pointe le bout de son tibia, nous n’avons pas forcément envie de remettre le couvert une nouvelle fois à déguster du macchabée. Pourtant, Izombie, tiré du comics éponyme de Chris Roberson et Mike Allred, joue une carte totalement différente du genre dans lequel on souhaiterait l’acoquiner immédiatement, et arrive à se démarquer par quelques menues idées plutôt futées.

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Olivia « Liv » Moore, étudiante en médecine surdouée, joue de malchance. A quelques semaines de se marier, la seule soirée qu’elle s’octroie entre deux patients, se transforme en une soirée dégénérée dans laquelle une brusque épidémie de zombies affamés débarquent de nulle part. S’éveillant dans un sac mortuaire, Liv constate que le mythe du mort vivant est bel et bien présent dans sa réalité à elle désormais. Zombie en l’état, maquillée abondamment d’autobronzant pour cacher la pâleur permanente de sa nouvelle épiderme, l’ex-doctoresse a donc échappé à la mort de justesse. Mais a récupéré en contrepartie un paquet de complications dans sa nouvelle existence. Car ses besoins alimentaires ont évidemment changé et la seule manière de sustenter son envie irrépressible de se nourrir n’est non pas de dévorer le premier individu venu… mais uniquement son cerveau.

Ici se trouve en fait toute l’originalité de la série. Liv, afin de ne pas dépérir, et accessoirement de ne pas tuer son prochain via une bouchée mal venue, travaille désormais dans une morgue et récupère l’encéphale des défunts. Un problème à moitié réglé en fait. Car manger les neurones de n’importe quel quidam lui procure ses souvenirs, ses émotions, son caractère et parfois même, ses compétences. Flanqué d’un flic doué mais peu commode, notre nouvelle zombie in town se voit obligé de se faire passer pour une voyante pour l’aider dans ses enquêtes… et ainsi, peut-être faire la lumière sur ce qui s’est passé durant cette fameuse soirée.

izombieposter-jpgIzombie construit son récit avec des relents de procedural drama, tout du moins dans ses débuts. Chaque épisode se suffit plus ou moins à lui-même, exploitant une enquête au travers d’une victime, dont Liv aura, au préalable, dévoré le cerveau. Tout l’intérêt se situe d’ailleurs dans la manière qu’à Liv d’appréhender les scènes de crime et de continuer à vivre le plus normalement possible. Tour à tour endossant la peau de multiples personnalités, du tueur à gages sans pitié à l’artiste peintre passionné jusqu’au hacker indélicat à l’alimentation exécrable, le quotidien de Liv est devenu désormais un méli-mélo de volontés qui se succèdent à chaque épisode. Notre zombie schizophrène doit donc gérer sa nouvelle existence tout en endossant celle des autres. Bien sûr, l’entourage de notre morte vivante occupe aussi un espace non négligeable dans l’intrigue. Pas forcément toujours utilisé à bon escient il faut bien l’admettre, il sert au préalable à mettre en exergue les différentes tonalités qu’abhorre Liv, pour finir par prendre, au fur et à mesure, de l’épaisseur. Son ex-fiancé par exemple, aux airs de boy scout assez exaspérants de prime abord, récupérera assez vite une storyline concrète et bien plus importante que l’on ne pouvait imaginer. De même, si la résolution des enquêtes n’est pas de prime fort passionnante, le concept de la série génère une trame qui ne demande qu’à s’exprimer pleinement mais demande un peu de temps.

iZombie-pilot-olivia-raviAux commandes du projet, on retrouve Rob Thomas, créateur de la géniale série Veronica Mars. A l’instar de la jeune détective privée, Liv nous confie ses pensées en voix off tout au long des épisodes, nous témoignant des situations qu’elle affronte ainsi que de ses avatars décédés. Un gimmick qu’apprécie Rob Thomas, ici clairement utilisé pour souligner avec un léger cynisme le monde tel qu’il apparaît aux yeux de notre demoiselle zombie. Si Veronica Mars, encore elle, avait d’ailleurs besoin d’un rodage certain pour montrer une narration plus ambitieuse, il en sera de même pour Izombie. Ce n’est qu’une fois la moitié de la saison atteinte que la mythologie de Izombie pose ses premiers jalons véritables. La série en devient alors plus conséquente et embarque avec elle de plus en plus de promesses et d’attentes, exposant un univers bien plus riche qu’elle ne le laissait entendre jusqu’alors.

Largement référencée par de nombreux traits à la pop culture dans ses dialogues, de Georges Romero en passant par Le Roi Lion (ça ne s’invente pas !), la série ponctionne des idées auprès de séries bien connues du grand public. On pense évidemment à Sam Beckett (Code Quantum) ou encore Jarod (Le Caméléon) qui endossait les identités d’inconnus pour rendre une certaine forme de justice. Mais Izombie se démarque tout de même car Liv, si elle, sait bien qui elle est, finit par en douter en raison de sa nouvelle condition. C’est là d’ailleurs toute la subtilité de la série. À travers les trépassés qu’elle engloutit, elle réapprend à exister parmi ceux qui étaient autrefois ses semblables et s’autorise petit à petit à les côtoyer davantage. En se nourrissant de ses victimes, elle capte finalement l’essence de la nature de chacun, et se permet de se rappeler, tout simplement, ce que être humaine signifie. De même, elle ne peut plus rien faire pour les victimes et ne peut que se charger de trouver les criminels. Paradoxe teinté d’ironie : ce sont en fin de compte les meurtriers qui lui permettent de se sustenter.

Izombie détruit une majeure partie des codes du genre zombie pour proposer une exploitation différente. Si parfois on souhaiterait la série plus concrète dans sa mythologie et ses enquêtes plus approfondies, elle sait néanmoins parsemer avec pertinence les différentes directions qu’elle propose et saura vous surprendre si vous lui en laisser suffisamment le temps. Donc, prenez patience avec la nouvelle création de Rob Thomas. Sa narration s’étoffe largement, passé une poignée d’épisodes, et vous proposera de bien belles surprises, fardée par un concept et un titre finalement très éloigné de ce à quoi il prétend généralement.

 

Izombie de Rob Thomas et Diane Ruggiero-Wright

Rose McIver : Olivia « Liv » Moore
Malcolm Goodwin : Clive Babineaux
Rahul Kohli : Dr Ravi Chakrabarti
Robert Buckley : Major Lilywhite
David Anders : Blaine DeBeers

 

 

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