Disc Jam : vinyl, vidi mais pas vici

Disc Jam : vinyl, vidi mais pas vici

Note de l'auteur

Les plus vieux d’entre vous se souviennent certainement de Windjammers, titre phare de l’ère SNK et sorti sur la Neo Geo. Alors qu’il retrouve une seconde jeunesse grâce à une réédition sur les consoles d’aujourd’hui, un petit studio indépendant, High Horse Entertainment, a choisi de lancer un nouveau jeu multijoueur basé sur quasiment le même principe (deux joueurs qui se lancent un disque sur la tronche), Disc Jam.

Disque disque rage

Et tandis qu’un jeu de lancer de disque évoque pour certains deux gars en spandex s’envoyant l’intégrale des disques de Michel Sardou pour marquer des points, il est bon de préciser que le disque en question s’apparente plus à un frisbee survitaminé, capable de prendre de la vitesse et de rebondir sur les parois. Disc Jam se présente comme un jeu de tennis, avec un terrain délimité par un « filet » et un angle de caméra digne des matchs de Roland-Garros. La seule différence réside en ces deux fameuses parois, qui permettent de faire rebondir le disque à travers le terrain afin de le faire sortir du camp adverse à l’avant ou à l’arrière. Les points s’accumulent au fur et à mesure des échanges, et permettent d’avoir une vraie satisfaction lorsque l’on remporte l’ascendant sur un adversaire qui a de la répartie. Les points sont attribués si le disque n’est pas récupéré par le joueur, que ce soit parce que le projectile tombe dans son camp ou parce qu’il traverse les limites du terrain.

Le gameplay fort riche du titre permet des échanges sacrément corsés quand deux adversaires talentueux se font face. Lancer courbé, lift et même lob pour faire transpirer son opposant sont autant de moyens de retourner la partie en votre faveur. Disc Jam possède une réelle profondeur dans son gameplay, en se servant d’une méthode proche des jeux de tennis pour donner de l’effet au disque. Une petite pirouette du stick permettra d’effectuer une courbe afin de feinter l’adversaire en envoyant le projectile là où il ne s’y attend pas. On peut même, d’un mouvement bien placé, faire rebondir le disque le long d’une paroi si vous voyez que le joueur d’en face s’obstine à se coller de l’autre côté. Un lob placé un peu trop rapidement permet même au joueur agile de vite réceptionner le disque et de placer un coup spécial pratiquement impossible à contrer. Mais si c’est la vélocité du disque qui vous importe, il suffira d’appuyer sur la touche de lancer au moment de sa réception pour envoyer un tir au punch carabiné et illuminé d’une lueur violette.

Disc Jam profite de réelles qualités dans ses mécaniques, restant lisible à tout instant grâce à une interface claire. Mais cela n’empêche pas des ratages sur quelques imprécisions et maladresses difficiles à passer, notamment sur les commandes. La touche de lancer est la même que celle du bouclier, et la roulade indispensable pour traverser le terrain rapidement se fait avec le même bouton que pour le lob. Résultat de cette ingénieuse idée : il n’est pas rare qu’après un jeté de dernière minute sur le disque, votre personnage effectue un lob sans le vouloir, permettant à votre adversaire de placer un coup spécial implacable. Et étant donné que le jeu mise tout sur la rapidité d’exécution pour booster la vitesse de son projectile, il n’est pas rare qu’on se fourvoie et que le bouclier se déclenche une fraction de seconde trop tôt parce qu’on a cru que le personnage avait récupéré le disque. Certes, le tout est probablement pensé tel quel, mais cela n’empêche pas une certaine frustration et lassitude quand on sait que cette technique est essentielle pour espérer vaincre son adversaire.

Windjammers l’ami

Comme dit plus haut, Disc Jam est un titre essentiellement multijoueur, et surfe sur une recette similaire à celle de Rocket League, à savoir des matchs en ligne, un mode entraînement et un ghost arcade pour faire quelques matchs contre une IA pas très efficace. Histoire de donner une (maigre) épaisseur à son univers, High Horse propose plusieurs athlètes aux différentes stats, du lourdaud qui se traîne, mais balance des patates de forain à la ninja agile sur le terrain, mais pas douée pour la vitesse de ses lancers. Les matchs en ligne sont essentiellement classés, séparant également les matchs doubles et simples. Sauf qu’à l’heure actuelle, trouver un match devient aussi barbant qu’une salle d’attente, et il n’est pas rare d’attendre plusieurs minutes avant que le jeu démarre. Et lorsque c’est le cas, n’espérez pas forcément avoir devant vous un joueur de votre niveau. Au jeu du hasard, vous tomberez soit sur un parfait débutant incapable d’anticiper les mouvements des disques, soit sur un expert du bouclier tellement doué qu’il passerait presque pour un cheater.

Et malheureusement, entre deux attentes de connexion à un serveur, Disc Jam a bien du mal à attirer le chaland adepte du plaisir en solitaire, sauf si jouer contre une IA pas folichonne est suffisant pour lui. Le jeu ne propose aucun mode histoire, aucun mode défi ou une quelconque folie qui aurait pu contenter les joueurs impatients ou juste gonflés par l’attente systématique d’une partie classée. Il faut dire que les designs très lambda et l’ambiance de mort régnant sur le terrain n’aident vraiment pas à rentrer dans cet univers, là où un Rocket League, malgré son design futuriste de téléfilm, mettait un minimum d’ambiance lors des parties avec le sentiment de participer à des matchs d’exception. Disc Jam ne fera rien d’autre que vous récompenser par de l’argent virtuel (avec la possibilité de gonfler le montant avec de l’argent bien réel) à dépenser dans une machine surprise pour débloquer une skin (une couleur hein) pour votre personnage ou disque, un taunt ou autre élément cosmétique dont on se fout royalement vu le niveau artistique du titre. C’est peu, très peu.

En voulant singer le succès de ses camarades, Disc Jam préfère miser sur un produit compétitif au gameplay profond, mais parfois maladroit, sans jamais motiver le joueur par sa direction artistique. L’attente pour participer à des matchs en ligne, malgré une gestion du cross-plateform, ne motive pas à rester sur ce jeu qui propose pourtant une chouette alternative au concept de base. Disc Jam est tellement axé sur l’expérience en ligne, dans son choix de caméra et de gameplay, que même l’unique mode deux joueurs disponibles force à splitter l’écran tellement la perspective particulière de la caméra n’est pas adaptée au jeu en local ; une volonté extrême de tout miser sur son multijoueur, au risque de laisser les nouveaux venus sur le carreau si le titre n’a pas suffisamment de succès pour garantir la pérennité de son mode en ligne. Et devinez quoi, c’est exactement ce qu’il se passe. Dommage !

Disc Jam

Développeur: High Horse Entertainment
Prix : 15 euros
Plates-formes : PC/PS4/Nintendo Switch

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