District 9 : bon film ? Oui. Révolution ? Non !

District 9 : bon film ? Oui. Révolution ? Non !

Bondia aux aminches ! Ouais, dudes, j’ai mis le temps. Beaucoup de dérangements dans la vie sur Terre tout ce mois d’août qui ont perturbé le bon fonctionnement de ce blog. Je croise les ventouses pour que septembre soit plus propice à la régularité. Mais foin de digressions oiseuses. Voici humblement livrée ici ma pensée sur District 9, l’étrange fable de SF horrifique signée Neill Blomkamp et produite par Peter Jackson, dont la sortie se voit précédée d’un buzz dythirambique.

Un petit rappel de l’objet avec le tout premier trailer :


Bande Annonce District 9 trailer 720p
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Der Pitchosfski :

Au début des années 80, un vaisseau extra-terrestre en perdition s’immobilise dans le ciel terrestre juste au dessus de Johannesburg, Afrique du Sud. Ses occupants (un bon million), dans un état de détresse manifeste, sont rapatriés au sol et parqués dans un immense bidonville, bientôt baptisé le « District 9 ». Ne sachant pas quoi faire des freaks from outer space, les Nations Unies confient à la société privée MNU (Multi-National United) la gestion de leur sort. Un consortium dont le véritable objectif est de percer à jour la technologie des visiteurs – sans succès.

Vingt huit ans plus tard, alors que les tensions s’enveniment sur le terrain entre humains et aliens, MNU décide de relocaliser ces derniers dans une zone plus éloignée du centre-ville. Mais en plein transfert des créatures, le responsable des opérations, Wikus van der Merwe (à vos souhaits – ndJP), agent de la MNU, ingère accidentellement une substance noirâtre qui va chambouler son ADN. Et peu à peu le transformer en hybride mi-homme mi-visiteur… capable de faire fonctionner les armes surpuissantes des aliens. Pourchassé par MNU, devenu un véritable paria, Wikus n’a plus qu’une seule solution : se réfugier dans le District 9.

Die Kritikskaïa :

La première idée qui me saute au cervelet relève d’une lapalissade vieille comme Catherine Laborde : ne jamais trop attendre d’un film. Et sur District 9, par Odin que l’attente fut grande ! Depuis ce premier teaser fulgurant, alignant des plans furtifs mais bluffant de réalisme d’aliens parqués dans un immense bidonville d’Afrique du Sud, la curiosité n’avait cessé d’enfler pour muer en excitation monomaniaque (District 9 ! District 9 ! ad lib…) à la lecture des premières critiques.

Nous étions fin juillet, à l’issue du Comic Con de San Diego, où fut projeté le film en avant première. Harry Knowles et ses sbires du site de référence AICN hurlaient au chef-d’oeuvre. D9 se voyait taxé de tournant capital pour la SF et le cinéma de genre, comme le furent en leur temps Blade Runner, The Thing ou Les Fils de l’homme. Et Plissken de se remémorer ses émotions à la vision des diamants sus-cités et d’aboyer avec la meute : « Moi vouloir voir District 9 coûte que coûte, arf, arf ! (immitation de Setter irlandais mâle)  »

Et puis… le jour même de la projection, tout de même, une appréhension. La dernière bande annonce visionnée, pour autant impressionnante, avait provoqué l’allumage de quelques voyants d’alerte – « tiens, le mec se prend un vilain gaz noir dans la tronche… il va muter… et prendre fait et cause pour les aliens ?… j’ai pas déjà vu ça quelque part ? ». Maiiiis non, allez, dégage vilaine pensée Cassandresque, le rideau de l’écran s’écarte, la pénombre envahit la salle, District 9 commence….

A mi-parcours de la projection, la qualité est incontestablement là. Oui mais… pas l’ombre d’une émotion ou d’une surexcitation comparables à celles que l’on éprouve au visionnage d’une gifle filmique, de celles qui marquent durablement votre joue de cinéphage enragé. Et au générique de fin, une certitude : en ce qui me concerne, District 9 n’est pas le séisme attendu. Rââh-gna-gna.

Rien à dire sur l’interprétation : dans le rôle de Wikus van der Merwe (à vos souhaits…), le sud-africain Sharlto Copley en impose d’autant plus qu’il s’agit là de son premier rôle à l’écran (exceptée une brève apparition dans Alive in Joberg, le court métrage qui donna lieu à D9). Ami de bahut du réal’, Copley est dans la vraie vie producteur télé et fait plutôt beau gosse alors que dans D9, son personnage ressemble à une serpillère de bureaucrate plus-Cogip-tu proutes.

A vrai dire, dans tout le film, Wikus est bien le seul protagoniste humain vaguement sympathique. Sa candeur mièvre, sa bonhommie de boyscout en bras de chemise suscitent un attachement condescendant évoluant vers une pitié teintée d’horreur devant le sort tragique que lui réserve le scénario. Bravo à Copley de savoir, malgré son inexpérience, passer si naturellement d’une caricature de rond de cuir demeuré à un super-mutant paniqué pourchassé par les siens. Et bientôt rongé par la colère.

Hormis Wikus, tous les autres terriens (sa femme, ses collègues beaufs, ses crevures d’employeurs, les militaires hystériques, les chefs de gangs sanguinaires du township, les Nations Unies lâches…) reflètent la misanthropie ambiante d’un film dans lequel la race humaine équivaut à une belle bande de détestables fumiers. Je ne suis pas fan du parti pris.

Comme le capitaine Smith avec Pocahontas ou encore le lieutenant Dunbar avec les Sioux de Danse avec les loups, Wikus incarne la figure de l’homme blanc (on est en Afrique du Sud de surcroît, lourd symbole) révolté par l’inhumanité avec laquelle ses congénèrent traitent l’autre. Wikus mue en rebelle dont l’empathie pour les victimes de la saloperie de ses pairs ira jusqu’à faire cause commune avec l
es persécutés. Dans le cas de Wikus, pas vraiment le choix : sa dégoûtante mutation (je vous préviens : c’est assez gerbant) et ses conséquences (son organisme peut faire fonctionner les superflingues des aliens étudiés depuis des années par MNU) le contraignent à se planquer dans le District 9 pour s’allier à ses nouveaux frères d’ADN.

Et c’est bien le problème. Tout au long de D9, une impression désagréable de déjà vu, malgré l’apparent chrome novateur du film, ne vous quitte jamais. J’ai évoqué plus haut le récit de Pocahontas et Danse avec les loups. Mais la métamorphose progressive d’un homme en monstruosité, détaillée cliniquement avec les petits riens bien atroces (les dents qui tombent, la peau qui s’écaille, les ongles qui s’font la malle…), ça ne vous rappelle rien ? (un indice : bzzzz bzzzz…). Même la vision, superbe il faut le reconnaître, de l’immense vaisseau E.T stationné au-dessus de la ville en appelle d’autres familières – V, Alien Nation, ID4… Ok, pas le haut du panier mais bon… Je n’irai pas plus loin pour ne pas spoiler, mais le final recèle également de plusieurs idées très familières des fans de cinéma de genre. Je vous laisse les découvrir en allant voir le film.

Même la mise en forme soit-disant inédite du récit m’a plutôt laissé sur ma faim. Blomkamp a recours à une narration mixant le vrai-faux documentaire et la fiction. Les scènes purement dramatiques (filmées en vidéo caméra à l’épaule) alternent avec de réelles images d’archives de townships piquées à des agences de news type Reuters, ainsi qu’à d’autres plans simulant un documentaire tourné par la télé sud-africaine sur le District 9. En quoi ce procédé, est-il si révolutionnaire après des films comme Le Projet Blairwitch, Cloverfield, Rec ou tant d’autres qui m’échappent (il est 1h17 du mat’ au moment où je tape ces lignes, les aminches) ?

Le résultat est certes original et n’appartient qu’à District 9. La métaphore sur le sort des townships en Afrique du Sud ou sur la situation planétaire Nord/Sud contribue par ailleurs à l’ampleur et l’atypisme du projet (bien que le réalisateur se défende d’un propos politique). Mais l’intention de nous faire croire à la réalité d’une fiction, via le coup du vrai/faux reportage, relève quant à elle d’un procédé bel et bien vu et revu à maintes reprises depuis un pacson d’années au cinéma. Et encore je ne compte même pas dans la liste Little big man et Zelig !

Autre détail enquiquinant : les aliens. Je n’y ai pas cru. Blomkamp a beau leur coller une langue imbitable, un faciès de fruit de mer (on les surnomme « crevettes » dans le film) et une motricité improbable… rien à faire, je les trouve trop humanoïdes : ils ont deux bras, deux jambes, une tête et communiquent avec les humains exactement comme Chewbaccah avec Han Solo. Ils parlent leur langue, on leur répond dans la nôtre et miraculeusement tout le monde se comprend. Ils habitent des baraquements pourris, raffolent du caoutchouc (Alf c’était les chats, chacun son truc), foutent le dawa partout où ils passent…Mouais… en fait je me répète mais je n’y ai pas cru. Ils font trop humains. D’accord me rétorque-t-on, c’est plus efficace pour la métaphore. Mais n’empêche…

Par ailleurs, le film rencontre
ici et là quelques baisses de rythme un peu fâcheuses, malgré une poignée de scènes d’action franchement violentes et scotchantes, surtout eut égard au budget relativement modeste de l’entreprise (30 millions de dollars). Enfin, le final en forme de cliffhanger appelant une suite (non je ne dirai rien !) conclue sur une impression plutôt positive ce qui reste un excellent thriller de SF atypique, radical et exotique, certes, mais sûrement pas révolutionnaire.

J’ai sans doute trop attendu de District 9. Une seconde vision sera probablement nécessaire pour me faire une opinion plus sereine mais en attendant, je ne hurle pas au chef-d’oeuvre.

Peut-être qu’une fois refroidis par ma critique, vous nivellerez un brin vos attentes et du coup serez agréablement surpris. Sifu Plissken prône l’optimisme même dans le désarroi. Quel martien, respect quoi merde…

Bon… Avatar next ?

End of transmission…

District 9, de Neill Blomkamp. Sortie nationale le 16 septembre.

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