DOCTOR WHO « 7×02 – Dinosaurs on a Spaceship »

DOCTOR WHO « 7×02 – Dinosaurs on a Spaceship »

Note de l'auteur

[box]C’est avec une joie non dissimulée que la rédaction de JPoM accueille les textes de Sullivan le Postec sur la septième saison de Doctor Who. Whovians francophones, vous savez où venir pour avoir votre dose de Who, et de le Postec ![/box]

 

‘‘Thought we might need a gang, it’s new’’ – Le Docteur

Comme souvent, Doctor Who cherche à varier les plaisirs. Après l’ouverture sombre et effrayante de la semaine précédente, et alors qu’on s’approche d’un départ des Ponds dont on pressent qu’il risque de ne pas se faire dans la joie et la félicité, Steven Moffat a confié au scénariste Chris Chibnall un pitch dont la première ambition, divertir, est évidente. Un pitch qui tenait à son titre.

An 2367 : l’Agence Spatiale Indienne fait appel au Docteur quand un vaisseau mystérieux s’approche de la Terre en ne répondant pas aux communications. Il doit se rendre à bord et parvenir à le faire s’éloigner, sinon l’agence le détruira par un tir de missiles. Le Docteur réunit la reine Néfertiti d’Egypte, un chasseur de bêtes sauvages des années 1900, les Ponds, qu’il n’a pas vu depuis quelques mois… et aussi Brian Williams, le père de Rory, embarqué par inadvertance ! Ce gang nouvellement formé découvre que le vaisseau est rempli de toutes sortes de dinosaures, et tombe bientôt sur deux robots déglingués. D’où vient ce vaisseau ? Et pourquoi son équipage a-t-il disparu ?

 

Le Docteur et les dinos

Les dinosaures sont des créatures qui occupent une place importante dans l’imaginaire des enfants – en tout cas c’était le cas quand j’en étais un – et il est logique que Doctor Who ait eu envie de s’y frotter. Reste à le réaliser en pratique. Dans les années 70, une tentative scénaristiquement intéressante, « Invasion of the Dinosaurs », qui montrait le Londres contemporain envahi par les lézards géants, s’était trouvée particulièrement affaiblie par des maquettes en caoutchouc pas du tout crédibles, pour ne pas dire totalement ridicules, comme ce tyrannosaure qui demande une dose surhumaine de suspension d’incrédulité :

Dans l’ouverture du final de la saison 6, « The Wedding of River Song », on croisait aussi quelques ptérodactyles. ‘‘Je suspecte que ce soit peut-être ce qui a déclenché cette idée chez Steven,’’ explique Chris Chibnall dans une interview pour SFX. Parce que clairement, The Mill [la société chargée des effets numériques de la série] peut faire ces créatures en HD maintenant’’.

« Dinosaurs on a Spaceship » demandait cependant, pour vraiment fonctionner, quelque chose de diablement plus compliqué que de créer quelques monstres en images de synthèse : il fallait réussir à atteindre une certaine complémentarité entre des dinos numériques et des dinos créés physiquement sur le plateau, pour permettre des interactions entre les acteurs et les créatures. C’est probablement ce qu’il y a de plus difficile, et Doctor Who a souvent échoué dans la transition entre les deux techniques – le plus mémorable de ces ratages étant les Slitheens de « Aliens in London » dans la première saison. La version costumes et la version de synthèse n’avaient à peu près rien à voir entre elles. « Dinosaurs on a Spaceship » réussit ce pari de façon spectaculaire : le Triceratops que chevauchent les personnages est impressionnant.

 

Les mal-aimés

Les épisodes qui penchent fermement du côté de la comédie ne sont quasiment jamais ceux qui montent le plus haut sur les listes de préférés, en grande partie parce que ces listes sont établies par la partie adulte du public. Chez les moins de dix ans, il ne fait aucun doute que « Dinosaurs on a Spaceship » recueillera parfaitement la réponse recherchée : il est rempli de morceaux de bravoure, visuellement abouti, rapide, plein d’idées qui fusent, de gags, de blagues et de personnages assez caricaturaux mais hauts en couleur.

Tout cela est un petit peu bordélique, mais l’épisode fonctionne parfaitement, pour peu qu’on soit dans le bon état d’esprit. C’est-à-dire à un niveau de cynisme très proche de 0%, et pas déterminé à le détester par avance, juste parce qu’il est écrit par Chibnall. Je suis loin d’être un grand fan des deux premières saisons de « Torchwood », mais pourtant je trouve qu’il en prend beaucoup, bien plus qu’il ne le mérite vraiment. Surtout que si Chibnall n’est pas – ou n’était pas à l’époque, en tout cas – un très bon showrunner, il y avait signé quelques bons scripts, en particulier « Adrift » – sans parler du fait que je n’ai jamais compris ce que les gens reprochaient à « 42 ».

Chris Chibnall profite aussi de l’histoire développée autour des dinosaures pour proposer une quasi séquelle cachée à son double épisode de la cinquième saison, quand il révèle que le vaisseau est une Arche Silurienne – les reptiliens humanoïdes qui se sont exilés sous terre (et donc aussi dans l’espace) quand ils ont cru que la Terre allait être détruite.

 

Dark Docteur

La présence du père de Rory est une coïncidence un peu trop heureuse, parce qu’elle permet de sauver la situation à la fin d’une manière bien pratique, mais l’addition de Brian Williams est bienvenue. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas pu s’identifier à ce point à un Humain ordinaire d’aujourd’hui, découvrant l’univers du Docteur et prenant avec lui le goût du voyage et de l’aventure.

Cependant, malgré l’atmosphère parfaitement délirante de l’épisode, sa conclusion fait un virage inattendu en nous proposant un Docteur plus sombre qu’on ne l’avait vu depuis longtemps. Ce n’est pas une première dans la série, même s’il est déjà beaucoup plus rare qu’il n’intervienne pas quand quelqu’un le supplie de lui laisser la vie sauve. Il faut dire aussi que la séquence aurait sans doute parue moins brutale si les crimes de Solomon n’étaient pas essentiellement commis hors-champs. Nous n’avons rien vu du massacre des Siluriens, et la seule victime à l’écran n’est qu’un Tricératops.

Peut-être aussi faut-il y voir les conséquences d’un Docteur qui redevient solitaire : ses visites et aventures avec les Ponds s’espacent (on apprend d’ailleurs qu’ils ont maintenant 31 ans, ce qui signifie qu’il est une présence dans la vie d’Amy depuis plus de vingt ans et que pas loin de dix ans ont dû passer pour eux depuis « The Eleventh Hour »). Du point de vue du Docteur, il passe d’aventures en aventures sans avoir de véritable Compagnon permanent avec lui. Or, on sait que le Docteur a besoin d’un humain très présent à ses côtés pour lui garder les pieds sur Terre…

 

Le bilan : « Dinosaurs on a Spaceship » remplit parfaitement son objectif, être un divertissement hyper-distrayant et spectaculaire. Ce n’est pas l’épisode le plus mémorable pour un adulte, mais un enfant soutiendrait certainement le contraire, et Doctor Who doit satisfaire tous ses publics. Il pose aussi des questions sur l’état psychologique actuel du Docteur, et l’impact que pourraient avoir sur lui la manière inhabituelle dont il vit ses actuelles aventures, les Ponds étant devenus des Compagnons intermittents. Reste à voir si ces pistes aboutiront à quelque chose de concret.

 

Le ravalement de façade de la semaine :

Cette saison, le logo de la série est actualisé chaque semaine en tenant compte de la thématique de l’épisode. Un habillage « peau de reptile » est appliqué à cet épisode.

 

DOCTOR WHO, épisode 7×02 (BBC)

Dinosaurs on a Spaceship

Scénario : Chris Chibnall ; réalisation : Saul Metzstein.

Avec : Matt Smith (The Doctor), Karen Gillan (Amy Pond), Arthur Darvill (Rory Williams), Rupert Graves (Riddell), Riann Steele (Queen Nefertiti), Mark Williams (Brian Williams)

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