DOCTOR WHO 7×05 – The Angels Take Manhattan

DOCTOR WHO 7×05 – The Angels Take Manhattan

‘‘And here we are. You and me. On the last page’’ – Amelia Pond Williams

Nous y sommes, au moment annoncé en décembre dernier – mais cela paraît dater d’une éternité – du départ d’Amy et de Rory, le premier changement de compagnons de l’ère du onzième Docteur, avec deux ans et demi de stabilité. Ah c’est malin ! J’espère que tu es fier de toi, Steven ! Tu as réussi à me faire pleurer comme un imbécile devant ma télé pendant vingt minutes…

Le Docteur, Amy et Rory sont à New York. Mais Rory est victime des Anges Pleureurs, et ramené dans les années 30, où il retrouve River Song. Celle-ci a écrit un livre qui permet au Docteur et à Amy de les rejoindre, malgré les perturbations temporelles causées par une véritable invasion d’Anges à Manhattan. Ils ont créé une véritable usine énergétique, un piège terrible dont Rory est bientôt fait prisonnier. Seul moyen de s’en échapper : créer un paradoxe temporel massif qui pourrait rayer New York de la carte…

 

Émotions

Il y a des reviews qui coulent toutes seules, que je déverse rapidement dans l’excitation, ou quelque fois la déception, qui suit la fin d’un épisode. Ce n’est pas le cas de celle-ci. Passé le fait que j’ai adoré son atmosphère, l’ambiance formidable de film noir, le mariage idéal des Anges Pleureurs et du New York gothique, les idées ingénieuses et marquantes comme celle, parfaitement démoniaque, de l’usine énergétique des Anges, passé le fait que j’ai été conquis par la (relative) simplicité de l’intrigue qui laisse toute leur place aux enjeux humains, que j’ai été bouleversé par les démonstrations d’amour des Ponds, et par leur départ, « The Angels Take Manhattan » me laissait un peu sans voix. Il me faut passer outre la tentation de me limiter à ‘‘j’ai adoré’’ et de régler son compte à ce papier en cinq lignes.

Pour moi, « The Angels Take Manhattan » restera à jamais associé à la séquence de Rory sur le toit. Une séquence qui, figurez-vous, m’a renvoyé à une autre deToy Story 3 (je suppose que je dois prévenir que les prochaines lignes spoilent ce génial film Pixar). Dans cette scène, les jouets glissent dans un incinérateur, vers une destruction qui semble inévitable. Ce qu’elle avait de particulièrement incroyable, c’est que malgré l’évidence, j’y ai cru. Je n’ignorais pas regarder un film animé destiné en large partie aux enfants, je n’ignorais, pas qu’il était fort improbable que les scénaristes aient décidé d’infliger à ce public une mise à mort collective en guise de conclusion ; malgré ça, pendant une minute, j’y ai totalement cru. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Rory. Soudainement, cette fin faisait totalement sens. Lui qui avait été si souvent ramené à la vie pouvait puiser là l’arrogance d’y croire une fois de trop. Il pourrait finir comme ça, écrasé sur le trottoir, et même entraîner Amy avec lui dans une sorte de délire d’invincibilité encouragé par leur proximité prolongée avec le Docteur. Oui, pendant une minute, j’y ai totalement cru.

On pourrait alors s’imaginer que j’ai été déçu par la survie de Rory, ou auparavant par celle des jouets de Toy Story 3. Au contraire ! J’ai eu l’impression que Michael Arndt hier, et Steven Moffat aujourd’hui, m’ont offert le beurre et l’argent du beurre. L’émotion de la mort et du tragique, et la satisfaction d’une fin heureuse, quoi qu’elle soit mélancolique puisque ToyStoy 3 et « The AngelsTake Manhattan » se terminent tous deux par une séparation et le début d’une nouvelle vie.

Une partie du public de la série, des fans de la période Russell T Davies en particulier, reproche à l’ère de Steven Moffat de manquer d’émotions – un reproche que je ne partage pas, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer : je pense que l’émotion est différente, plus pudique, plus cachée, mais bien présente.

Quoi qu’il en soit, Steven Moffat a réussi à transcender son caractère d’écossais bourru qui transparaît souvent dans son écriture, pour livrer un épisode de départ des Ponds réellement bouleversant. Dans la série moderne, ces séparations avaient jusqu’ici plutôt placé l’empathie du coté des compagnons, dont on nous faisait partager la douleur de ne plus revoir le Docteur, ou de l’oublier à jamais. C’était certainement le cas pour Rose –cela avait été subtilement préparé par le retour du Sarah Jane Smith plus tôt dans la saison – et pour Donna ; un peu moins pour Martha mais c’était aussi un contre-exemple de séparation positive. De manière intéressante, Moffat renverse cette habitude et nous place du point de vue du Docteur, dont on nous avait expliqué, depuis le dernier Spécial de Noël et au fil de ces dernières semaines, qu’il était incapable de se résoudre à se séparer d’Amy. Pour lui, et donc pour nous, la rupture est brutale :Rory disparaît en un clin d’œil, Amy n’a guère beaucoup plus de temps. Les adieux se révèlent aussi secs que déchirants.

Nous n’aurons de leur vie ensemble dans le passé qu’un tout petit aperçu – lemême que celui du Docteur – sans basculer sur leur point de vue comme ça avait été le cas avec Rose, par exemple.

 

Spoilers !

C’est sans doute regrettable, parce que la surprise peut procurer des émotions délicieuses, mais il est probablement à peu près impossible pour une série aussi médiatique que l’est aujourd’hui DoctorWho, d’organiser un départ d’acteur qui ne serait pas annoncé au préalable. Même à l’époque des quatre premières saisons, alors que la diffusion d’une saison se terminait juste avant le début du tournage de la suivante, la BBC n’avait pas réussi à garder secrètes des départs tels que ceux de Christopher Eccleston, de Billie Piper ou de Freema Agyeman. Aujourd’hui, alors que Jenna-Louise Coleman tourne pour la série depuis déjà six mois, le départ de Karen Gillan et d’Arthur Darvill ne pouvait pas ne pas être annoncé longtemps à l’avance. (Une situation dont je peux imaginer qu’elle frustre Steven Moffat en premier lieu, c’est peut-être d’ailleurs une des raisons qui ont conduit à créer la surprise de l’apparition de Coleman dans le premier épisode de cette première partie de saison.)

Pour ne pas à avoir à gérer une ironie dramatique balourde qui ferait que les téléspectateurs en sauraient beaucoup plus que les personnages, la plupart de ces départs ont été annoncés à l’intérieur deshistoires. Russell T Davies réglait rapidement cette question en ayant systématiquement recours à des prophéties, parfois un peu douteuses (on ne voit pas bien par exemple comment le Diable de « The Impossible Planet » pouvait connaître la mort prochaine de Rose, et cela fait encore moins sens compte-tenu de la nature de cette ‘‘mort’’). Moffat, fidèle à ses goûts, a recours au timey-wimey, et à l’idée très maligne du livre écrit par River Song à partir de ces événements et publié dans le passé.

Cette River, le Docteur est en tellement amoureux qu’il en pince même pour sa version personnage de roman, avant de savoir que Melody Malone et River ne font qu’une.

Car « The AngelsTake Manhattan » est aussi l’histoire de deux couples. Steven Moffat avait maintenu une certaine ambiguïté à la fin de la saison précédente, quant au mariage entre le Docteur et River Song – donner au personnage une véritable vie sentimentale, sans même parler de vie sexuelle, reste quelque chose de controversé. Mais ici, il assume et cela m’a fait réellement plaisir : le Docteur et River se désignent l’un l’autre comme mari et femme, ont des attentions réciproques, et StevenMoffat montre même le Docteur se faire beau avant d’aller la voir. On retrouve une River à la fois amoureuse, fière et résolument indépendante, qui s’agace même d’un excès de sentimentalisme de la part du Docteur. Le personnage profite d’une légère mise en retrait, d’être incluse dans une histoire qui ne soit pas à propos d’elle, après l’arc très dense, peut-être un peu trop, de la saison précédente.

Puisque le Docteur était incapable de les abandonner, puisqu’il est impossible de résister à l’attrait des aventures avec lui, la séparation d’avec les Ponds survient de la seule façon qui était possible. Forcée par un événement extérieur, en l’occurrence un empilement instable de paradoxes qui ne laisse plus au Docteur la possibilité d’embrouiller encore plus les lignes de temps, sous peine de créer une catastrophe.

Karen Gillan a insisté dans ses interviews pour dire qu’elle voulait un départ définitif, qu’elle ne voulait pas pour son personnage de retours à l’image de ceux des compagnons de l’époque de Russell T Davies. On verra si cette intention résiste à la tentation d’organiser une réunion de famille à l’occasion du cinquantième anniversaire.

Pour le coup, je partage son avis, et je pense qu’il y a tout à gagner à en rester à cette fin qui boucle la boucle en revenant à une séquence mystérieuse, jusque là inexpliquée, du tout premier épisode avec Amy.

 

Writingbig

 

Cette mini-saison se termine parce qui constitue de loin son meilleur épisode. Même si « Asylum of the Daleks » était aussi plutôt très réussi, à défaut d’avoir su exploiter à plein tout le potentiel de son concept, « The Angels Take Manhattan » restera probablement comme le seul de ces cinq épisodes à marquer durablement les mémoires.

Cette relative déception – relative, parce qu’à mes yeux aucun des épisodes n’était non plus totalement raté, sans intérêt –est aussi le lot d’une série qui innove et qui prend des risques. Et je préfère cela à la voir ronronner. Steven Moffat aurait pu, après avoir résolu les mystères de l’arc River Song et de la mort du Docteur, se plonger immédiatement dans une autre grande intrigue feuilletonnante. Il a voulu tenter quelque chose de différent, renouveler le format, continuer de faire en sorte que DoctorWho prenne une forme différente chaque année, comme c’est le cas depuis quatre ans. Je ne crois pas une seule seconde que ce changement de format ait été imposé par la BBC, comme certains ça et là l’avancent, notamment la critique américaine Maureen Ryan. D’abord parce que Ryan ne semble pas réaliser que la manière de traiter les auteurs est sensiblement différente en Grande Bretagne par rapport aux Etats-Unis, à fortiori sur la BBC qui les sacralise quasiment ; mais surtout parce qu’en réalité, la dernière chose que souhaite une corporation, c’est changer un format qui marche. Si la branche commerciale de la BBC avait son mot à dire, alors nous aurions eu depuis quatre ans la répétition du format installé par Russell T Davies, et pas l’année de spéciaux, l’année d’hyper-feuilletons, ni la division et l’espacement des saisons pour des raisons narratives.

Le principal problème de cette approche à base de gros épisodes indépendants, outre le fait qu’on réalise rétrospectivement qu’il n’est pas évident de trouver des ressorts scénaristiques à la hauteur de titres ou de posters promotionnels grandiloquents, c’est qu’elle a plutôt tendance à accentuer certains défauts d’écriture de Moffat, qui a des difficultés à faire évoluer de façon délicate et progressive ses personnages, préférant procéder par à-coups et virages brusques négociés hors-champ (c’était déjà le cas dans la saison 6 qui couvrait 200 ans de la vie du Docteur et ellipsait toutes les étapes de la relation entre le Docteur et River situées entre le premier baiser et le mariage). Il a eu d’autant plus tendance à privilégier cette approche au fil de ces cinq épisodes dont la diffusion aurait surement gagné à être étalée sur quelques mois, comme en 2009, plutôt qu’enchaînée de façon moyennement cohérente en cinq semaines.

Avec le recul, le traitement du divorce des Ponds, par exemple, laisse un goût amer. Autant je peux comprendre la révélation brusque de leur séparation, autant j’aurais réellement préféré les voir retomber amoureux l’un de l’autre au fil des quatre épisodes suivants, jusqu’à cette conclusion romantique, plutôt que de faire comme si rien ne s’était passé dès l’épisode 2. Mais cela nous ramène aux conditions d’écriture que j’évoquais dans ma dernière critique. Pour écrire une telle évolution progressive, il faut soit un véritable atelier d’écriture à l’américaine, soit que Moffat soit plus dirigiste et réécrive davantage les épisodes des autres scénaristes…

DoctorWho sera de retour pour un Spécial de Noël, suivi de huit nouveaux épisodes début 2013. Mon principal souhait est de revenir à une chronologie plus classique, qu’on en finisse avec les séries de quelques épisodes couvrant des périodes de temps insensées. Après ces deux dernières saisons, ce serait un changement de format important, ce qui me donne une raison d’espérer être exaucé.

 

Le bilan : à mes yeux, un départ très réussi pour Amy et Rory, dont l’atmosphère est exquise, et qui m’a profondément touché. Je ne suis pas blasé des WeepingAngels, surtout que ce retour s’accompagnait de suffisamment d’innovations, qu’elles soient grosses (l’usine énergétique) ou petites (les chérubins, l’ange souriant) pour ne pas me laisser sur une impression de déjà vu. Moffat ne veut pas s’ennuyer et ne veut pas s’ennuyer lui-même. Il expérimente beaucoup avec la narration. Toutes ses expériences d’écriture ne sont pas réussies, et la carrière des Ponds aura été marquées par certaines réussites majeures comme par un certain nombre d’échecs. En attendant, la routine ne semble plus avoir cours dans DoctorWho.

 

Le ravalement de façade de la semaine

En cinquième semaine, le gimmick du générique atteint déjà sa limite puisque les graphistes n’ont pas trouvé d’idée de calque convaincant à appliquer au logo. On a donc le droit à apercevoir de façon peu lisible la couronne de la statue de la liberté. Même si rien n’a été annoncé officiellement, je pense (ou j’espère) qu’un générique entièrement nouveau sur le plan visuel et sonore sera étrenné avec la nouvelle compagne. Vivement !

 

La statue de la liberté

Et oui, on peut se demander comment la statue de la liberté a pu bouger. Sauf qu’on peut quand même dire que le New York des années 30 n’est pas tout à fait celui de 2012, que cela se passe en pleine nuit, que l’usine énergétique rend ces Anges plus forts que jamais, et que la bande-son s’attache à nous démontrer que son avancée est hachée, souvent interrompue quand elle est regardée. Enfin, imaginez ce que vous penseriez de quelqu’un qui a fait une nuit blanche et qui vous assurerait le lendemain qu’il a vu la statue de la liberté à différents endroits pendant la nuit : vraisemblablement qu’il doit arrêter la vodka en soirée, et pas que son témoignage est d’une absolue crédibilité. Mais sinon, l’explication principale reste que c’est très très cool comme image, et que je n’aurais pas voulu m’en passer !

 

Dites, c’est bientôt Noël ?

DOCTOR WHO, épisode 7×05 (BBC)

The Angels Take Manhattan

Scénario : Steven Moffat ; réalisation : Nick Hurran.

Avec : Matt Smith (The Doctor), Karen Gillan (Amy Pond), Arthur Darvill (Rory Williams), Alex Kingston (River Song), Michael McShane (Grayle), Rob David (Sam Garner).

Note de l'auteur
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